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Le pouvoir de l'image

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Les superbes collages de l'Égyptienne Nermine Hammam. Saisissant (Photo: Nermine Hammam)

EXPOSITION- «Power! Photos! Freedom!» s'attache à la force de l'image dans un monde arabe en pleine évolution, aussi bien dans sa capacité à cultiver le culte d'une dictature que dans celle d'être le catalyseur d'une révolution.

La considérable collection de clichés libyens réunie par Human Rights Watch, incluant des images rares du colonel Kadhafi tout au long de son régime, est complétée par des projets photographiques consacrés à la Syrie, à l'Égypte et à la Tunisie.

De notre journaliste
Grégory Cimatti

 
Oui, l'image n'a rien d'innocent, surtout quand elle fait ou défait des régimes à travers le monde. On se souvient de la célèbre photographie des soldats russes hissant le drapeau rouge sur le Reichstag, en 1945, ou des vidéos, circulant en masse, de la statue de Saddam Hussein délogée de son trône, subissant les assauts vengeurs d'un peuple libéré. Inversement, elle assoit également des pouvoirs – dictatoriaux comme moins totalitaires – au regard des portraits de dirigeants dans leurs plus beaux apparats, fleurissant dans les rues de Tunis à Damas en passant par Tripoli.
 
«Power! Photos! Freedom!» s'intéresse à ce dualisme, né d'une manipulation voulue ou consentie, au cœur d'un monde arabe, sacrément bouleversé depuis une décennie. Une exposition scindée en deux parties, la plus importante s'attachant à la «carrière» de Mouammar Kadhafi, depuis le coup d'État de 1969 jusqu'à sa fin, 42 ans plus tard, dans un bain de sang. Une avancée pas à pas dans une terreur larvée, celle instaurée par un fringant personnage devenu tyran, un père de famille attentionné qui, sorti de la sphère privée, exécute les opposants à tour de bras. Les photos dévoilées au Pomhouse – dont certaines très rares – sont le fruit d'une collecte de l'organisation Human Rights Watch, qui, par ce geste, a évité la destruction de nombreux et précieux documents, dans le but de laisser une trace d'un noir passé au peuple libyen.
 
«Il est important que ces archives restent aux mains de la Libye», soutient Susan Glen, commissaire de l'exposition, qui explique que cette «mission de sauvegarde» a été faite sur place, les images ayant été scannées à l'endroit même où elles ont été trouvées. Un témoignage sensible, où l'on (re)découvre un Kadhafi caméléon, tantôt Bédouin, père de l'Afrique ou chef militaire. Seules les lunettes noires semblent inamovibles...
 
 
«Qui décide de ce que l'on peut voir, ou pas?»
 
Dans l'autre partie de «Power! Photos! Freedom!», on fait un tour chez les voisins (Tunisie, Égypte, Syrie) à travers les regards d'artistes, activistes et blogeurs sur les régimes en place dans leur pays et les heurts s'en suivant. «C'est une vision plus contemporaine, précise Joachim Naudts, l'autre commissaire. L'objectif est de montrer comment les images sont utilisées durant des conflits.» La meilleure illustration reste ce graffiti, retrouvé sur un mur au Caire : à gauche, un fusil («leurs armes»); à droite, un appareil photo («nos armes»).
 
Parmi les autres créations, notons d'abord les collages de l'Égyptienne Nermine Hammam, aux contrastes saisissants. Dans sa série «Upekkha», avec un regard plein d'espoir, elle oppose de jeunes militaires décontractés à des paysages touristiques, voire utopiques. Un an plus tard, avec «Unfolding», les sourires ont disparu et les violences reprennent. Les rêves d'un monde meilleur enterrés dans l'œuf.
 
Avec «L'Avenir en rose», le Suisse Nicolas Righetti documente, dans «un esthétisme coloré et joyeux» la dernière campagne de Bachar al-Assad (en 2007, il a obtenu 97,62 % des voix des électeurs). Un chiffre qui donne à réfléchir, comme ses citations. Celle-là date de 2007 : «Aucun gouvernement au monde n'assassine son propre peuple, sauf s'il est dirigé par fou», dixit, donc, le futur «boucher de Damas». L'Allemand Florian Göttke, lui, part d'un cliché mis en une de l'International Herald Tribune pour soulever la question suivante : «Qui décide de ce que l'on peut voir, ou pas?»
 
Les photographies du groupe Facebook «Uprising of Women in the Arab World», diffusées – et parfois censurées – montrent des hommes et des femmes prenant la pose, accompagnées de déclarations fortes, tandis que le travail de Issa Touma montre l'omniprésence dans le quotidien des Syriens de la représentation du président. Le journalisme «citoyen» du collectif Mosireen et des vidéos en pagaille – parfois violentes – complètent cet édifiant argumentaire.
 

 
CNA (Display01 & Pomhouse) - Dudelange.
Jusqu'au 18 mai.

 

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