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Un silence très parlant


Ludor Citrik (g.) et L Pollu cherchent à tout prix à se libérer des bruits, de tous les bruits qui nous entourent, partout et sans arrêt. (Photo : Kulturfabrik)

Le festival Clowns in Progress de la Kulturfabrik s’ouvre jeudi soir avec une création de Ludor Citrik et Le Pollu, Ouïe – le sens du son. Un travail de clown contemporain drôle et pertinent sur le son et surtout le silence.

Un apéro-clown ouvrira la soirée et donc cette septième édition du festival Clowns in Progress, dès 18 h. Puis sera projeté le documentaire Clowns d’Yves Riou et Philippe Pouchain. Enfin, à 20 h 30, place à deux des plus grands clowns actuels : Ludor Citrik et Le Pollu et à leur création Ouïe – le sens du son.

Quand on parle de clown, tout le monde a à peu près en tête le clown blanc et l’auguste du cirque. Mais la Kulturfabrik ouvre grand ses portes pour la septième fois de suite au clown contemporain. Un «auguste qui aurait mangé son clown blanc», lance Ludor Citrik, un clown moderne qui se veut un amuseur au nez rouge (l’auguste) tout en ayant intégré en lui le sérieux et la profondeur du clown blanc.

Voilà donc qui résume bien le travail de Ludor Citrik et Le Pollu. Si les deux comptent bien faire rire leur public avec leur création, Ouïe – le sens du son, ils comptent aussi (surtout?) faire réfléchir les spectateurs.

«Le spectacle est issu de deux ans et demi de recherche, explique Ludor Citrik. Au départ, il y a un rapport de bioacousticiens qui ont repéré à peu près 50 sanctuaires, c’est-à-dire les lieux où il n’y a aucun bruit humain pendant au moins 15 minutes. On s’est alors dit que le silence est rare, avec tout ce bordel qu’il y a constamment autour de nous tous. On s’est alors mis à écouter le monde.» «On a voulu faire entrer le son en nous, l’écouter, ajoute son partenaire de scène, le Pollu. C’est rare qu’on se pose pour écouter vraiment quelque chose attentivement. C’est rare qu’on privilégie ce sens qu’est l’ouïe.»

Les deux compères ont alors imaginé deux personnages, deux clowns, qui dans un monde chaotique cherchent un refuge sonore. Un lieu où le silence serait total. Ils se réfugient donc dans un théâtre et tendent l’oreille.

«On ne part pas du principe que c’est un spectacle, qu’il y a du public. Nous on vient faire une recherche. Après, on fabrique des jeux entre nous», notent les deux artistes qui cherchent là, «une praxis, c’est-à-dire une théorie qui se reconnaît dans la pratique». Bref, un spectacle très réfléchi et très écrit empli de profondeur, mais qui demeure «un art populaire qui s’appelle le clown», assument-ils.

De la tragédie avec de la bonne humeur

Selon les créateurs, ce spectacle serait une «tentative de réconciliation entre John Cage et Carlos Dolto». Le propos est surprenant. Le premier est le compositeur, poète et plasticien américain qui, en 1952, a créé le très controversé morceaux 4’33 », souvent décrit comme quatre minutes trente-trois secondes de silence, mais qui est, finalement, composé des bruits de la salle. «Selon une étude, le public à lui seul fait déjà 12 décibels, rien qu’en étant là, en respirant, etc.», souligne Le Pollu. Le second n’est autre que le chanteur Carlos à qui on devait de grandes chansons du répertoire festif telles que Big Bisou ou Papayou. Sacré grand écart. «On est toujours dans les oxymores, reprend Ludor Citrik, entre le dérisoire et le sublime, la gravité et la légèreté, la tragédie et la comédie.»

Mais en bons clowns, les deux entendent bien faire rire petits (le spectacle est conseillé à partir de 8 ans) et grands. Avec «deux clowns qui font les cons», avec leur «masque de jubilation, de joie et de connerie», assument les deux artistes qui aiment «déplacer le rire», proposer «un drôle de rire», annoncent-ils, et faire un spectacle avec une «certaine tension» et du silence. Une sorte «de tragédie qu’on a filée à la bonne humeur des clowns», concluent-ils impatients de présenter enfin leur spectacle, ce soir, au public lors de cette création à la Kulturfabrik d’Esch-sur-Alzette, un véritable «refuge», selon eux, pour les clowns.

Pablo Chimienti

Kulturfabrik – Esch-sur-Alzette.
Jeudi soir à 20 h 30. Présoirée dès 18 h.

Le festival Clowns in Progress se poursuivra vendredi et samedi. Au programme :

Vendredi :
– 18 h : apéro-clown
– 18 h 30 : Les Clowns, de
Federico Fellini (VO st. fr., 1971).
– 20 h 30 : Bienvenue en Corée du Nord

Samedi :
– 18 h : apéro-clown
– 18 h 30 : ciné-concert burlesque avec André Mergenthaler et Charlie Davos sur des courts métrages muets de Charlie Chaplin, Buster Keaton, Laurel et Hardy…
– 20 h 30 : Cabaret Clowns

www.kulturfabrik.lu

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