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Une blague à 150 milliards

Quel est le point commun entre la courgette, le tournesol ou l’amande ? Ces végétaux sont totalement dépendants de la pollinisation. En temps normal, ce service écologique est assuré par le vent, la pluie, et surtout, les insectes pollinisateurs. Des petits agents zélés essentiels pour nos fruits et légumes. La Californie en a fait l’amère expérience, il y a près de quatre ans. Premier producteur mondial d’amandes, ses immenses vergers n’ont presque rien donné, faute d’abeilles pour les polliniser. «Résultat, le marché international de l’amande s’est complètement effondré. Et là, on a eu un exemple de ce qui peut se passer si ce manque d’abeilles s’aggravait», prévenait, l’an passé, le regretté biologiste lorrain Jean-Marie Pelt, lors d’une conférence à Luxembourg.

Une affirmation qui vient d’être étayée par la revue Science. Pour la première fois, une vaste étude a été menée sur le terrain pour évaluer les services rendus à l’agriculture par la faune pollinisatrice. Résultat : partout dans le monde, l’abondance des pollinisateurs explique à elle-seule entre 20 et 30% des différences de récoltes. Un déficit d’insectes, et le rendement agricole s’effondre. Un facteur encore plus important que la date et la densité de semis, la lutte contre les ravageurs, ou l’eau, explique l’étude.

Pourtant, on continue à empoisonner ces insectes pollinisateurs à coup de pesticides. Face à cette absurdité, Jean-Marie Pelt nous racontait la «blague de l’homme-abeille» : «En Europe occidentale, on a perdu en 20 ans 40% des populations de nos ruches. Pourtant, certains ont dit que ce n’était pas très grave, car s’il n’y avait plus d’abeilles, on pourrait mettre des gens dans les champs. Ils auront une petite plume d’oie, et mettront la plume sur les étamines, prendront le pollen et le poseront sur le pistil, et ainsi on aura une pollinisation, par nous, les humains.»

Estimation du coût de cette bonne blague : 150 milliards de dollars par an. Mais, ironisait le biologiste, «des économistes un peu cinglés ont la solution : il suffit de créer des diplômes de pollinisateurs. Cela créera de l’emploi !» Remplacer des ouvrières ailées et bénévoles par des humains balourds et salariés : décidément, c’est drôle le progrès.

Romain Van Dyck (rvandyck@lequotidien.lu)

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2 plusieurs commentaires

  1. Et pour m’aider, j’ai lu beaucoup, et notamment des blogs de passionnés comme celui-là : http://www.MaPremiereRuche.com
    Depuis, en plus du miel, j’ai de la propolis pour me soigner, du pollen pour ma santé, etc

  2. Effectivement, la pollinisation est primordiale, et pour l’améliorer il suffit de quelques ruches pour un champs de tournesol. Et avec une ruche dans mon jardin, j’ai depuis peu le « meilleur » des miels : celui de « mes » abeilles ! J’ai eu du mal à me lancer, mais finalement c’est plus facile que je ne croyais !Lancez-vous, et les abeilles vous remercieront 🙂

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