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Sept ans requis contre l’ex-curé de Belair accusé de viol sur mineur


Durant le procès, une quinzaine de témoins ont été entendus. Leurs versions des faits divergent. (illustration AFP)

À la barre, l’ancien curé de Belair suspendu de ses fonctions avait reporté la faute sur l’adolescent. Or pour la représentante du ministère public, il n’y a pas de doute sur le viol. Mardi, dans son réquisitoire clôturant les débats dans ce procès de cinq jours, elle a estimé qu’il n’y a pas lieu de retenir de circonstances atténuantes.

« Pendant une semaine, on a parlé en long, en large et en travers du voyage à Taizé en 2008. Vendredi dernier, on a entendu que le prévenu Emile A. reconnaît avoir eu des interactions sexuelles avec le mineur de 14 ans. Pour la question de la fellation, c’est plus difficile. Car il a X versions. Mais vendredi, il a reconnu que l’adolescent lui a fait une fellation : son pénis était dans la bouche de l’adolescent. » Voilà le constat du substitut Michèle Feider, au début de son réquisitoire.

Quelques instants plus tôt, l’avocat à la défense du prévenu avait demandé l’acquittement. «Le choix est laissé aux participants du voyage d’occuper les chambres à leur guise. Le prêtre se retrouve à partager la chambre avec le mineur dont personne ne veut. Donc on ne peut pas dire que c’était prémédité», a plaidé Me Gaston Vogel en soulevant que son client n’a pas d’antécédent dans ce domaine si délicat. Il a donné à considérer que l’adolescent n’avait pas non plus refusé de passer une seconde nuit dans la chambre avec le curé. Même si son client n’a pas eu la force de résister à ses pulsions, il est possible que le garçon de 14 ans aux termes de sa puberté ait également pu contribuer à la genèse.

Alors que la défense plaide l’acquittement pour cause de doute, d’après le parquet il y a bien lieu de retenir le viol. Lors du procès, une quinzaine de témoins ont été entendus. «C’est un fait que personne ne se trouvait dans la chambre à Taizé. Ils ne peuvent pas savoir ce qui s’y est passé. On a déclaration contre déclaration, récapitule la représentante du ministère public. On essaie de dire que l’adolescent est le coupable.» Or, contrairement au prévenu qui a déballé sa sixième version vendredi à la barre, le parquet soulève que l’adolescent a fait preuve d’une certaine constance dans ses déclarations. «Dans ces trois actes sexuels, il a toujours parlé d’une fellation.» L’expertise soutient aussi la crédibilité de l’adolescent, selon le parquet.

«Y a-t-il eu absence de consentement ? C’est l’élément crucial dans ce dossier», enchaîne le substitut tout en revenant sur la personnalité du garçon décrit au cours des débats comme «timide, solitaire et avec un caractère spécifique». «Il a dit avoir peur de ce qui se passerait s’il ne continuait pas», note Michèle Feider en citant, par ailleurs, le rapport d’expertise évoquant «l’état d’assujettissement par rapport à la personne d’autorité». D’après le substitut, il n’y a pas eu consentement de l’adolescent.

15 000 euros réclamés pour la victime

Bref, le parquet estime ne pas avoir vu un homme vendredi à la barre qui a de la compassion, qui regrette ce qui s’est passé : «Huit ans après les faits, il repousse l’entière faute sur l’adolescent. Il campe sur sa position de victime.» Le parquet a fini par requérir sept ans de réclusion à l’encontre du prévenu. Il ne s’oppose pas à ce que la peine soit assortie d’un sursis probatoire comme l’avait prescrit l’expert psychiatre. Enfin, il demande l’application de l’article 378 du code pénal, ce qui signifierait que le sexagénaire n’aurait plus le droit d’exercer une activité impliquant un contact habituel avec des mineurs.

Auparavant, Me Albert Rodesch avait réclamé 15 000 euros de dommages et intérêts pour la victime et un euro symbolique pour son père. «En 2008, une autre législation était en vigueur. Si on avait déjà eu la loi de 2011, le curé serait également poursuivi pour attentats à la pudeur. Et non seulement pour le viol aggravé», avait, par ailleurs, soulevé l’avocat de la partie civile.

En toute fin d’audience, la parole était de nouveau au prévenu : «J’ai fait une grosse erreur. Je ne l’ai pas arrêté. C’est une grosse erreur que je regrette aujourd’hui. Je ne l’ai forcé à rien du tout. Je tiens à remercier tous ceux qui me soutiennent…», a commencé à réciter l’ancien curé avant que la présidente de la chambre criminelle ne le coupe : «On n’a pas envie d’entendre un sermon. Le jugement sera rendu le 20 décembre.»

Fabienne Armborst

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