De la relégation européenne
De passage sur le Vieux Continent, le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, a résumé l'avenir de l'Europe à l'aide d'une métaphore sportive, voire même footballistique : «Le risque pour les économies européennes est qu'elles soient en deuxième division, et non pas en première, avec les États-Unis et l'Asie.»
L'Europe serait-elle au bord de la relégation économique?
On peut même considérer qu'elle est déjà passée en deuxième division en 2009. Dans son panorama du monde 2010, l'assureur crédit à l'export Coface estimait récemment que si depuis quelque temps il existait un équilibre économique mondial entre monde développé et monde en développement, 2009 avait vu pour la première fois cet équilibre basculer en faveur des émergents qui détiennent désormais 51% du pouvoir. La lecture de la feuille de match est éloquente et pourtant elle comprend d'autres pays développés aux côtés de l'Europe. Qu'en serait-il si l'Europe devait jouer en solo face aux émergents?
Le combat serait inégal.
L'Europe a bel et bien été reléguée en deuxième division économique en 2009. Si, comme toute équipe qui se voit dégradée, l'abattement a dans un premier temps dominé en Europe, il est temps cette fois de retrouver la motivation pour se relever. Les autres régions développées qui étaient aussi dans le bas du tableau y travaillent déjà et soignent leurs blessures à grands coups d'innovation. L'innovation, c'est sans doute la combinaison gagnante. Le problème est qu'en Europe, cela fait des années qu'on en parle avec la stratégie de Lisbonne, mais concrètement très peu de pays ont recours à l'innovation, alors même qu'ils ont à leur disposition un équipement qui leur permettrait d'améliorer leur jeu avec notamment les prêts de la Banque européenne d'investissement en faveur du développement technologique et environnemental.
Le problème de l'Europe en général est qu'elle fonctionne un peu comme l'équipe de France de football. Sur le papier, la théorie semble parfaite, mais comme elle manque de pratique et ne joue pas unie, cela ne peut pas fonctionner.
Les États-Unis et les émergents ne fonctionnent pas ainsi, ils préfèrent agir, quitte à tâtonner jusqu'à trouver la combinaison gagnante.
Résultat : alors que cela fait des années que l'Europe veut se positionner comme le leader mondial des technologies vertes, en à peine quelques années, elle a perdu son hégémonie. Elle fut pourtant pionnière en matière de développement durable, mais est aujourd'hui devancée par la Chine, qui est devenue le premier producteur mondial de panneaux solaires, mettant K.-O. l'Allemagne. Quant aux États-Unis, ils ont décidé de se mettre à construire des voitures propres et lorsque la machine américaine se met en route, il est difficile de l'arrêter.
Sur le papier, l'Europe a tout pour gagner cette compétition, mais à trop penser, tout sportif de haut niveau ou pays performant devrait le savoir, on n'avance pas. Quand on sait où on veut aller et que l'on connaît ses atouts, il vaudrait mieux tenter, faire bouger les choses, quitte à essuyer des défaites, plutôt que d'être tétanisé par la peur de ne pas bien faire. Et enfin, faut-il le rappeler aux dirigeant européens, il ne suffit pas d'avoir des bonnes individualités pour gagner. L'Europe n'a qu'une stratégie à sa disposition: jouer en équipe et parvenir à panser ses plaies, puis à gagner ou régresser en tant qu'individualités.




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