Hypocrites !
Bertrand Slézak
Il revient!», «Schumi : le retour!», «Le retour du Baron rouge!». La presse écrite a cette manie d'annoncer les grands événements en ponctuant ses gros titres par un point d'exclamation. Les vieux sages du journalisme disent que ce n'est que pour compenser une perte de sens dans les mots choisis. Pour eux, utiliser ce procédé n'a qu'un seul effet, et il est visuel. Soit. Il n'empêche que si le «!» a pullulé ces deux derniers jours dans les pages sports des quotidiens, c'est que le retour de Michael Schumacher dans le baquet d'une Formule 1 est un événement. Et pour cause. Depuis la retraite de l'Allemand, fin 2006, le sport mécanique numéro un se cherche un roi pour occuper durablement le trône vacant. On y a cru, avec l'avènement du jeune Britannique Lewis Hamilton, mais les failles d'un règlement abscons, notamment exploitées à merveille par les Brown GP, ont eu vite fait de ralentir l'émergence d'un nouveau prodige. Tout du moins pour un temps.
Alors la nouvelle du septuple champion du monde qui rempile pour une pige, au moins, le 23 août à Valence, a eu vite fait de faire s'hérisser les poils des fans en mal de sensations. Schumacher est-il prêt physiquement? N'a-t-il rien perdu de son formidable talent? De sa hargne légendaire? Est-il capable de mettre au pas les Button, Weber, Vettel et compagnie? Les sujets alimentent les dialogues de comptoir, et même ceux des paddocks. Une chose est sûre : Schumacher revient, par le fait du hasard, à un moment où la Formule 1 en a besoin, minée qu'elle est par les luttes intestines. Même les pilotes de la nouvelle génération se lèchent les babines à l'idée de se frotter au maître. Mais c'est très vite oublier qu'en octobre 2006, au soir de la retraite du champion, beaucoup ont poussé un ouf de soulagement, jusqu'à laisser transpirer le fond de leur pensée entre les lignes des journaux, débarrassés qu'ils étaient du cannibale allemand. Et oui, monsieur Schumacher en a agacé plus d'un (!). Un champion, qui s'en est allé après des années de suprématie incontestée, puis qui sort de la retraite, ça ne vous rappelle rien? Indices : «Il revient!», «Armstrong, le retour!», «Le retour du patron!».
Après trois années de Tour de France sans lui, marquées notamment par la mascarade Landis (vainqueur puis déclassé, en 2006, suite à un contrôle antidopage positif), le Texan s'est senti obligé de remonter sur la selle. Faisant grincer les dents de nombre de coureurs peu enclins à accueillir à nouveau un garçon très peu apprécié pour ses qualités humaines, mais, surtout, frappé du sceau de la suspicion. Pendant sept ans, Armstrong a phagocyté le Tour de France par sa présence. Pendant sept ans, il a privé ses rivaux de succès. Alors, oui, forcément, ça irrite. Contrairement à Schumacher, son retour a, sur la place publique, moins suscité d'enthousiasme. Mais Lance Armstrong n'est pas revenu que pour lui, que pour sa soif de vaincre et d'argent.
Non, Armstrong est revenu pour sa «Lance Armstrong Foundation», fondation pour la recherche contre le cancer. Inattaquable. Alors ses détracteurs se sont contentés de ronger leur frein, frustrés, lançant çà et là quelques piques dans la presse, gardant leur venin le plus puissant pour les méandres de la caravane, là où les murs n'ont pas d'oreilles. En se projetant dans l'avenir, on imagine assez la une des journaux quand l'Allemand et l'Américain s'en iront, définitivement, cette fois : «Il s'en va!», «Armstrong : la fin!», «La révérence du Baron rouge!». Quoi qu'en disent les vieux sages du journalisme, on devinera un sens derrière ces points d'exclamation en pagaille. En plus du caractère événementiel, on y décèlera comme une sorte de soulagement.




del.icio.us
Digg
Postez votre commentaire