Home | Editoriaux | Juste par précaution

Juste par précaution

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image

La lecture des journaux de ces deux derniers jours laisse un goût singulier dans la bouche. / Bertrand Slézak

Les éditorialistes se sont goulûment emparés du sujet qui fait débat : le surplus de vaccins contre la grippe A(H1N1) accumulé dans l'Hexagone et au Grand-Duché, entre autres. Quatre-vingt quatorze millions de doses achetées là-bas pour cinq millions consommées, un rapport équivalent ici avec 50000 doses injectées pour 700000 commandées. Allons bon, on a tous compris, c'est encore un coup de ces politiques crapuleux qui ont voulu abreuver leurs amis de Sanofi-Aventis et autres laboratoires pharmaceutiques encore moins scrupuleux.
Ça, c'est pour l'analyse tête baissée. Après tout, c'est le rôle de la presse que de s'ériger en contre-pouvoir et de dénoncer la moindre faille décelée dans une stratégie gouvernementale. On ne cesse d'entendre ceux qui, en pleine médiatisation de la pandémie, criaient : «Non, moi, je n'irai sûrement pas me faire vacciner» dire aujourd'hui : «Je vous l'avais dit». Mais puisque c'est aussi le rôle de la presse que d'éclairer ce qui est dit, on leur rétorquera que rien, à l'époque, ne permettait de tirer de telles conclusions. Pas sûr que même la voyante, interviewée hier dans nos colonnes, n'avait les bons tuyaux.
Cela nous ramène à ce drôle de goût dans la bouche : c'est celui d'une deuxième lecture des faits, d'une analyse à tête reposée. Il amène à se plonger dans le passé récent. La première évocation de la souche H1N1, alors accolée à ce que l'on a brièvement appelé la «grippe porcine», fit froid dans le dos. Car c'est à elle que l'on doit la pire pandémie mortelle de l'histoire moderne : la grippe espagnole qui fit (le débat dure encore) entre 20 et 100 millions de morts.
Il amène à se plonger dans le futur proche, aussi: qui dit que le virus de la grippe A(H1N1) n'est pas encore capable de muter? Qui dit qu'il a terminé de se propager? Sans verser dans la paranoïa, rien ne nous interdit de considérer qu'il vaut mieux être vacciné aujourd'hui que le contraire. Alors ce goût singulier dans la bouche nous dit que les autorités n'étaient pas si loin que cela de la vérité en s'approvisionnant ainsi. La mission première de l'État est de protéger sa population. Le principe de précaution ne cautionne pas tout, mais il justifie parfois de fortes dépenses.
Il sera plus difficile de se décoller des étiquettes politiques concernant le débat autour des fameux scanners corporels et de la sécurité dans les aéroports en général. Les détracteurs dénoncent déjà une violation de la vie privée, les corps apparaissant nus à l'œil du contrôleur. Pas sûr qu'une fouille poussée soit moins inconvenante.
Non, la vraie question nous amène sur un terrain bien plus évasif, celui de l'introspection, de l'évolution du monde et de la remise en cause. L'humanité est aujourd'hui contrainte de lutter contre les dangers qu'elle a créés. La guerre des croyances a enfanté le terrorisme. Le réchauffement climatique, affirme les climatologues, est en train de fabriquer, en Europe, un nid douillet pour les maladies tropicales. Pour ou contre les scanners? Pour ou contre les vaccins? Ces débats existentiels qui empoisonnent la vie des éditorialistes et, par ricochet, celle de leurs lecteurs ne sont que des paravents sur lesquels bute quotidiennement celui qui fonce tête baissée. Quand on lève le nez, certaines décisions apparaissent moins ridicules. Il n'est pas inutile de le rappeler. Juste par précaution.

 

 

Ajouter à: Add to your del.icio.us del.icio.us | Digg this story Digg

Subscribe to comments feed Commentaires (0 posté):

total: | Affiché:

Postez votre commentaire comment

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

  • email Envoyer par email à un ami
  • print Version imprimable
  • Plain text Texte complet
Estimez cet article
0