Niger: "Tentative de coup d'Etat", le sort du président Tandja incertain
Une tentative de coup d'Etat était en cours jeudi au Niger, selon une source française, où le sort du président Mamadou Tandja, vivement contesté parce qu'il s'accroche au pouvoir, était très incertain.
En milieu d'après-midi, des soldats étaient déployés autour du palais présidentiel de Niamey et dans les rues adjacentes, a constaté un journaliste de l'AFP et des témoins ont affirmé avoir vu les dépouilles de plusieurs soldats.
"Il y a une tentative de coup d'Etat" au Niger, a déclaré à Paris un responsable français, qui a requis l'anonymat. "Tout ce que je peux dire, c'est qu'a priori Tandja n'est pas dans une bonne position", a-t-il ajouté. Pays pauvre du Sahel, mais troisième producteur mondial d'uranium, avec une forte implantation du groupe nucléaire français Areva, le Niger traverse une grave crise politique.
Le ministère des Affaires étrangères du Luxembourg invite toute personne ayant connaissance de la présence de ressortissants luxembourgeois au Niger à informer le Ministère aux numéros suivants: 2478.2381, 621.150.077
Après dix ans de pouvoir, M. Tandja a dissous l'année dernière le parlement et la cour constitutionnelle et obtenu une prolongation controversée de son mandat pour au moins trois ans à l'issue d'un référendum en août. L'opposition, qui avait boycotté cette consultation ainsi que des législatives controversées en octobre, a dénoncé un coup d'Etat et la communauté internationale a condamné les agissements du président. L'Union européenne a suspendu son aide.
Paris a demandé jeudi aux Français de Niamey de rester chez eux. Mercredi, le Premier ministre du Niger Ali Badjo Gamatie avait annoncé "une réunion importante du conseil des ministres" pour ce jeudi.
Ces réunions sont normalement présidées par M. Tandja dont on ne savait pas jeudi après-midi où il se situait. Des témoins ont fait état de tirs jeudi à Niamey, survolée par des hélicoptères de l'armée, selon plusieurs sources. "Il y a 40, 45 minutes, on a commencé à entendre des tirs de mitraillettes, et après, de grosses déflagrations. Ca a fait trembler la maison", a raconté vers 13H00 GMT Claire Deschamps, une Française vivant à Niamey, contactée par l'AFP par téléphone depuis Paris. Ce témoin vit à "une dizaine de minutes en voiture de la présidence". Un autre témoin a déclaré à un journaliste de l'AFP à Niamey que les tirs avaient commencé autour du palais présidentiel.
Un troisième témoin a rapporté sur Radio France internationale (RFI) qu'il était "à la présidence pour voir un conseiller quand ça a commencé". "J'ai entendu des coups de feu. Il y avait des armes lourdes (...) et des obus. Je vois une fumée vers le bureau du président", a-t-il ajouté, interrogé depuis Paris par RFI vers 14H00 GMT.
Une source affirmant se situer à environ un kilomètre de la présidence, a indiqué vers 15H00 GMT ne plus entendre "depuis une bonne heure" les tirs en rafale et d'arme lourde qu'elle avait entendu auparavant. Les corps de plusieurs soldats ont été extraits d'un blindé dont le toit a été détruit et qui était encore stationné jeudi après-midi devant l'hôpital national. "Ca s'est passé devant moi, j'ai vu le missile raser complètement le haut du blindé, trois ou quatre soldats qui étaient à l'intérieur étaient comme déchiquetés et on les a transportés à la morgue" de l'hôpital, a déclaré à l'AFP un vendeur de rue.
Devant le siège de la radio d'Etat Radio Sahel, aucun signe extérieur d'occupation n'était visible et elle retransmettait dans l'après-midi un championnat de lutte traditionnelle. Le Commissaire à la paix et la sécurité de l'Union africaine (UA), Ramtane Lamamra, a rappelé que "l'UA condamnait l'usage de la violence pour tout changement de pouvoir politique, pour le Niger comme pour les autres pays". La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a suspendu le pays en octobre et assure actuellement une médiation en faveur d'un dialogue inter-nigérien de sortie de crise. Ces discussions ont été temporairement suspendues la semaine dernière.
Mamadou Tandja, un ex-militaire mordu de politique et de pouvoir
Coiffé de son éternel bonnet rouge sombre, le président nigérien Mamadou Tandja, cible apparente d'une tentative de coup d'Etat jeudi à Niamey, promène sa longiligne silhouette sur la vie politique nationale depuis 35 ans.
Après plus de dix ans de pouvoir, il devait initialement se retirer en décembre 2009, mais la nouvelle constitution adoptée en août, malgré les protestations de l'opposition, lui a assuré en principe encore au moins trois ans à la tête du pays. Parcours au départ classique pour le jeune Tandja né en 1938 dans le département de Diffa (sud-est), frontalier avec le Nigeria et le Tchad, à un millier de kilomètres de Niamey: après des années de formation militaire au Mali et à Madagascar, on l'envoie diriger plusieurs garnisons dans le pays. Cet obscur militaire commence à faire parler de lui en avril 1974 lorsqu'il participe au renversement du premier président du Niger indépendant, Diori Hamani, par le général Seyni Kountché (mort au pouvoir en 1987).
Le nom de Mamadou Tandja, membre de l'ethnie minoritaire kanouri, est, dès lors, associé à ce régime dont beaucoup de Nigériens ont la nostalgie, les années qui l'ont suivi ayant été marquées par une instabilité politico-sociale et un appauvrissement dramatiques. Sous Kountché, Mamadou Tandja commence vraiment à goûter à la politique et au pouvoir, un virus dont il ne se débarrassera jamais: deux fois préfet, ministre de l'Intérieur, ambassadeur du Niger au Nigeria. Il est encore ministre de l'Intérieur de mars 1990 à mars 1991, dans le gouvernement du président Ali Saïbou. Cette fois on se souviendra surtout de lui pour la sanglante répression en mai 1990 d'une manifestation de Touareg à Tchintabaraden qui avait fait 63 morts. S'en suivirent quatre ans de rébellion touareg (1991-1995).
La question touareg le poursuivra d'ailleurs jusqu'à la présidence: ces deux dernières années, l'ancien militaire à dû faire face à une résurgence de cette rébellion avec l'apparition du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ). Pour le président, pas question de discuter avec des "bandits", dira-t-il souvent quand tout le monde, même le parlement, le pressait de discuter. Avant son accession en 1999 à la magistrature suprême, il avait tenté deux fois sa chance aux présidentielles en 1993 et en 1996. La troisième fut la bonne: le 22 décembre 1999, l'homme aux lunettes jaunes légèrement fumées devenait président et succédait au commandant Daouda Mallam Wanké, au pouvoir depuis l'assassinat le 9 avril de la même année du président Ibrahim Baré Maïnassara. Réélu facilement en décembre 2004, il avait battu au second tour avec 65,53% des voix le chef de file de l'opposition, le socialiste Mahamadou Issoufou. Celui-là même qui a accusé son ancien rival d'avoir monté un coup d'Etat pour se maintenir au pouvoir, alors que constitutionnellement Mamadou Tandja devait se retirer fin 2009.
Il y a un "mystère Tandja", jugeait l'an passé un observateur: le pays est en paix depuis dix ans, l'économie s'est redressée, il a finalement commencé à parler avec les rebelles touareg, les relations avec l'ancienne puissance coloniale (la France) sont bonnes, "il aurait pu partir avec le sentiment du devoir accompli et entrer comme d'autres anciens présidents dans la catégorie des +sages de l'Afrique+".




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