Interview du lundi / Marc Angel: «Small is beautiful»
Le député socialiste et conseiller de la ville de Luxembourg a eu la chance d'être membre de la commission du Tourisme à la Chambre. Il ne manque pas d'idées pour mieux vendre le Grand-Duché et sa capitale, ce bijou encore trop méconnu. / Entretien avec notre journaliste Geneviève Montaigu
Vous avez pris récemment la présidence du LCTO. Pour vous, diplômé d'économie touristique, ancien prof à l'école hôtelière de Diekirch, c'est une forme de consécration?
Marc Angel: Un peu sans doute. J'ai pris goût au tourisme à l'âge de 16 ans quand j'ai décroché mon premier job d'étudiant au bureau du syndicat d'initiative, place d'Armes à l'époque.
Peu après, j'ai passé mon examen pour être guide officiel de la ville et c'est à ce moment-là que j'ai attrapé le virus! Après le bac, je suis parti à Vienne pour suivre mes études. J'ai obtenu un diplôme de traducteur et parallèlement j'en ai obtenu un autre en économie touristique, effectivement.
Pendant mes vacances, j'étais guide à Luxembourg ou encore accompagnateur pour des compagnies de bus luxembourgeoises. Ensuite, je suis devenu membre du conseil d'administration pendant vingt ans, dix ans vice-président et maintenant je suis président.
Mais je crois que ce n'est pas si important d'avoir fait des études dans ce domaine. C'est un plus, mais ce n'est pas un must. Mon expérience sur le terrain vaut encore plus que mes études.
Le LCTO est donc une maison que vous connaissez bien. Comment a-t-elle évolué ces vingt dernières années?
Elle a évolué de manière fulgurante. Il y avait à peine cinq ou six personnes quand j'ai commencé, aujourd'hui il y a 23 personnes employées au LCTO. Tout le mérite en revient à Roland Pinel, un directeur efficace.
Si j'ai pris cette présidence, c'est que je savais qu'il y avait un staff formidable. C'est devenu une véritable entreprise.
Vous êtes également député et conseiller communal de la ville de Luxembourg, voilà qui peut aussi représenter un "plus" dans votre fonction de président.
Après les élections, j'ai eu la chance d'être membre de la commission des Classes moyennes et du Tourisme, ce qui n'était pas le cas ces cinq dernières années. Du point de vue parlementaire, ce sera pour moi un nouveau challenge. Comme Françoise Hetto, la nouvelle ministre, j'ai envie de m'attaquer à ces dossiers.
Le secteur du tourisme est devenu un créneau essentiel de l'économie luxembourgeoise, comme cela est encore rappelé dans le programme gouvernemental. Que faut-il développer en premier lieu dans ce secteur?
Concernant l'activité touristique, nous disposons d'un plan quinquennal que nous venons de voter l'année dernière et qui octroie une enveloppe de 50 millions d'euros pour la politique touristique jusqu'en 2012.
L'accent doit être mis sur le tourisme des affaires, surtout à Luxembourg. Le LCTO a déjà un service qui s'appelle le "Luxembourg Convention Bureau", le LCB, qui fait déjà beaucoup de travail, mais il nous faut plus de ressources pour concrétiser nos idées.
Quelles idées, par exemple?
Nous devons intensifier nos participations aux foires professionnelles, et avoir plus de personnel pour s'occuper de cette promotion. Nous espérons une participation de la Ville de Luxembourg, car la capitale dispose d'une offre hôtelière excellente, que ce soit les grandes chaînes ou l'hôtellerie luxembourgeoise.
Avant même l'ouverture du centre de conférences, nous disposons déjà d'une infrastructure appréciable et il s'agit maintenant de travailler ensemble et de trouver des synergies avec le ministère du Tourisme dans ce domaine.
En parlant d'infrastructures hôtelières, l'offre est-elle assez diversifiée selon vous?
Nous avons l'agritourisme, qui s'est déjà bien développé et qu'on pourrait exploiter encore davantage dans les Ardennes, mais aussi dans la région de la Moselle.
Concernant ce tourisme rural, nous avons encore du potentiel. C'est une forme de tourisme original qui permet au touriste d'être logé dans les fermes, chez les vignerons avec une offre particulière proposée par des animateurs touristiques dans la région, qui font déjà très bien leur travail.
Il ne faut pas penser aujourd'hui que l'on part de zéro dans le tourisme au Grand-Duché. Nous avons connu une belle évolution et il ne s'agit pas non plus de s'arrêter en si bon chemin. Nous avons déjà beaucoup, il nous reste, peut-être, à marquer notre différence.
Le pays est, au départ, effectivement gâté par la nature. Il est question encore et toujours de mieux vendre l'image du pays. Comment s'y prendre?
"Small is beautiful" me semble être un bon slogan, quelque chose dans ce genre-là en tout cas! Et il ne faut pas oublier que nous avons la Grande Région et le Benelux!
On a un peu de tout et c'est sur cette différence que nous devons travailler pour mieux réussir à nous vendre.
Un autre aspect non négligeable que nous pouvons exploiter est notre commerce. Du point de vue shopping, dans la capitale, nous sommes bien équipés et c'est une aubaine pour le tourisme urbain.
On peut tout combiner au Grand-Duché, dans la mesure où le monde rural est collé à nos zones urbaines. Sans compter que la ville de Luxembourg propose une offre culturelle énorme. C'est un petit territoire qui vaut le détour...
C'est ce qu'en pensent ceux qui l'ont visitée? De quels outils disposez-vous pour mesurer le degré de satisfaction des touristes?
Concernant les statistiques touristiques, on devra faire quelques efforts dans les prochaines années.
Nous avons très peu de données et de retour d'information. Ceci pourrait représenter un challenge pour les années à venir. On vient juste de lancer notre nouveau site internet au LCTO et on compte aussi sur un retour d'information de la part des visiteurs.
C'est important de savoir où l'on se situe, quels aspects nous pouvons améliorer.
Le plus important dans le tourisme c'est le service: les professionnels du secteur doivent être des gens qui aiment recevoir, aider, donner quelque chose. Il faut qu'ils soient fiers de ce qu'ils ont à montrer. Il faut aimer sa ville, son village, son petit coin de terroir et aimer le vendre aussi.
Comme il faut en parler, avez-vous ressenti les effets de la crise au sein du LCTO dans le courant de l'été?
Oui, nous avons eu moins de fréquentation que l'an dernier et surtout moins de bus et de visites guidées.
Combien de temps parvient-on à garder un touriste à Luxembourg? Et quel est son profil type?
C'est un autre challenge. Comment prolonger la durée de séjour dans notre pays.
Il faut augmenter la moyenne des nuitées et la durée de l'escale du touriste. Son profil? Disons que nous avons beaucoup de bus qui passent par chez nous, mais peu de leurs passagers en descendent pour dépenser de l'argent.
C'est un peu pour cette raison que nous devons développer davantage le tourisme d'affaires, car un congressiste laisse beaucoup plus d'argent dans le circuit qu'un touriste qui s'arrête le temps de boire un verre place d'Armes et qui s'en va déjà manger en Allemagne, en France ou en Belgique.
Le tourisme d'affaires occupe déjà une place conséquente, mais il peut mieux faire. On a les idées, reste à travailler avec le ministère et la Ville pour mieux utiliser le réservoir qui est là.
Ne faudrait-il pas encourager la création d'autres formes d'hébergement comme les Bed & Breakfast ou les chambres chez l'habitant?
Oui, c'est vrai, nous avons très peu de Bed & Breakfast à Luxembourg et c'est très dommage.
Alors que cette forme d'accueil est un formidable échange avec les gens qui viennent découvrir ou redécouvrir notre pays et sa capitale.
Je pense qu'il y a une certaine réticence à offrir ce genre d'hébergement, car ce n'est pas dans la mentalité des Luxembourgeois qui se demandent toujours ce que vont penser les voisins. Je reviens sur ce que je disais plus tôt, il faut être fier de montrer son pays et d'accueillir des touristes.
Quel slogan choisiriez-vous pour vendre l'image de ce pays?
Small is beautiful! On peut attirer ici une clientèle plus urbaine qui peut aussi venir de la Grande Région pour passer un week-end à Luxembourg.
Des gens qui parfois travaillent en ville sans la connaître véritablement. Ceci est valable aussi pour les Luxembourgeois.
La capitale est bien plus qu'une ville administrative... Nous avons des points forts qui se retrouvent dans les infrastructures hôtelières, l'offre culturelle et commerciale.
Mais nous avons encore des points faibles, et parmi ceux-ci ce déficit d'image que nous devons combler.
Nous avons un petit bijou caché, le vrai problème est que Luxembourg est encore trop méconnu.
Avant de nous quitter, comment se sent l'homme politique qui entame son second mandat de député socialiste à la Chambre?
Je suis très heureux de pouvoir siéger dans cette nouvelle législature. En tant que député de la majorité, j'entends soutenir la politique de notre gouvernement.
Je regrette, bien sûr, que le parti (NDLR : LSAP) ait perdu un siège, car le travail réalisé par nos ministres était formidable. Il faudrait voir de quelle manière rendre plus lisible ce travail qui a porté ses fruits.
Nos ministres ont tout aussi bien, sinon mieux, travaillé que les ministres du CSV et cela n'a pas été reconnu aux élections.




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