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«Le don doit rester bénévole»

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image Marianne Breuer : «Le premier don est souvent un grand pas, mais une fois que c'est fait les donneurs luxembourgeois sont très fidèles.» (Photo: Didier Sylvestre)

Avec ses 14 000 donneurs de sang, le Luxembourg est un pays exemplaire en la matière. Retour sur un succès.

Marianne Breuer est présidente de l'Entente des associations de donneurs de sang bénévoles qui veille à renouveler les générations de donneurs. / Entretien avec notre journaliste Audrey Somnard

Quel est le rôle des associations de donneurs de sang?
Marianne Breuer: Les personnes peuvent donner leur sang jusqu'à 65 ans, c'est inscrit dans la loi. Chaque année, nous "perdons" 1000 donneurs, parce qu'ils sont malades ou qu'ils deviennent trop âgés. Il faut donc les remplacer par de nouveaux donneurs pour garder un certain équilibre. Notre travail est donc de recruter des jeunes donneurs grâce à notre présence lors de manifestations comme la foire de Printemps ou de l'Étudiant où l'on voit passer presque tous les Luxembourgeois!

C'est important d'avoir une présence plutôt que de communiquer simplement par des affiches par exemple?
Oui, il faut être sur place pour répondre aux questions que les gens se posent et qu'ils n'osent pas demander par téléphone par exemple. Pour les grandes foires, nous touchons un maximum de public, ce qui est facile pour un pays aussi petit que le Luxembourg. Il ne faut pas relâcher notre attention car chaque année, nous pouvons toucher une nouvelle génération de donneurs. Si une personne n'est pas issue d'une famille de donneurs, elle n'ira pas spontanément chez nous pour donner, c'est à nous d'aller vers elle et de lui expliquer ce qu'est le don du sang.

Quelles sont les questions qui vous sont le plus souvent posées?
Je crois que le: "Est-ce que ça fait mal?" remporte la palme haut la main! On me demande aussi si cela prend du temps, ce genre de choses. Mais moi qui ai donné 102 fois, je peux assurer que cela ne fait pas mal, sinon je ne le ferais pas!

Avec 14 000 donneurs, le Luxembourg affiche un score honorable comparé à ses voisins. Comment l'expliquez-vous?
C'est vrai qu'avec nos 14 000 donneurs actuels, le Luxembourg est autosuffisant. Mais cela change tout le temps, avec une épidémie de grippe par exemple, nos donneurs habituels sont du coup immobilisés. Et puis encore une fois, il faut renouveler chaque année les générations de donneurs, le travail est donc sans fin pour nous!
Pour ce qui est du succès du nombre de donneurs, je ne saurais pas l'expliquer. Mais il y a une exception du Grand-Duché par rapport à ses voisins : ici, un donneur donne en moyenne deux fois par an tandis que dans les autres pays, la moyenne est d'une fois par vie. En fait, au Luxembourg, une fois que l'on devient donneur, si on est en bonne santé, on le reste!

Des pays comme la France ou la Belgique ont opté pour un système de collecte mobile. Pourquoi pas au Luxembourg?
C'est vrai que dans ces pays, on voit des collectes organisées à la plage, par exemple. Cela peut être efficace ponctuellement, mais cela ne donne pas du tout des donneurs fidèles! Ils donnent une fois et n'y repensent plus le reste de l'année.
Nous avons un système de rendez-vous préliminaire avec analyses avant le tout premier don qui exclut ce type de collecte mobile. Le pays est petit, il est plus facile pour nous de capter la population, mais nous effectuons néanmoins des collectes dans les entreprises pour faciliter les choses.

Il existe un certificat qui dispense le salarié de quelques heures de travail lorsqu'il effectue son don. Est-ce efficace?
Il est très utilisé par les employés de l'État et des communes, mais également ceux des banques qui prennent 4 heures sur leur temps de travail pour effectuer leur don. Cela marche donc pour eux, mais c'est parfaitement injuste pour les autres professions qui ne peuvent justifier une absence comme les cadres et les professions libérales!

En parlant de salariés, le Luxembourg compte de plus en plus d'étrangers, cela ne pose-t-il pas de problèmes en termes de donneurs?
Cela serait très difficile de tenir avec seulement les Luxembourgeois puisque nous sommes de plus en plus vieux et de moins en moins nombreux! Nous touchons les étrangers dans les entreprises principalement, et puis c'est vrai que ceux qui viennent donnaient déjà dans leur pays d'origine, pour eux c'est une suite logique que de continuer à donner dans leur pays de résidence.

Quel est le profil type du donneur? Les hommes et les femmes sont-ils égaux devant l'aiguille?
Nous avons noté une différence depuis ces dix à quinze dernières années. Avant il y avait plus d'hommes, aujourd'hui les femmes sont plus nombreuses à s'inscrire. Elles représentent 46% des donneurs. C'est un changement dans la société, les femmes disposent peut-être de plus de temps libre pour aller donner leur sang qu'avant. Et quant aux hommes, il ne faut surtout pas qu'ils se vexent bien sûr, mais ce sont eux qui ont le plus peur à la vue du sang et des aiguilles! (rires). Ces cinq dernières années, l'âge moyen du donneur a quand même bien baissé! Nous arrivons à recruter en moyenne 100 donneurs lors de la foire de l'Étudiant par exemple, c'est vraiment très important.

Qu'est-ce qui pousse quelqu'un à devenir donneur?
La première fois est toujours un grand pas pour un donneur. Il est anxieux car il ne sait pas comment ça se déroule, mais il faut savoir que dans la grande majorité des cas, ça se passe très bien. Mais j'avoue que lorsqu'on connaît le don du sang par le biais de ses parents ou de ses proches, c'est bien plus facile.
En général, on devient donneur quand on a été confronté à la transfusion sanguine au cours de sa vie ou de celle de ses proches. Ou alors la personne a été sensibilisée à l'école ou lors d'une foire et franchit la porte du centre de transfusion parce qu'elle peut le faire et qu'elle a un peu de temps à y consacrer.

Rejetez-vous beaucoup de candidats au don? Quels sont les groupes sanguins que vous recherchez le plus?
Environ 20% des candidats au don du sang ne peuvent pas donner, soit temporairement pour des raisons de santé, soit définitivement. Cela est déterminé par l'entretien préalable effectué avec un médecin avant le tout premier don. La grande majorité des dons se passent très bien, mais quand cela se passe mal (en général un petit malaise), il est difficile pour le donneur de revenir avec un état d'esprit serein. Même en parfait état de santé, le mental peut jouer un grand rôle.
Mais il faut savoir que nous avons tous 75% de chances de bénéficier d'une transfusion sanguine dans une vie, c'est beaucoup! Il faut y penser lorsqu'on hésite encore, un jour ce sera peut-être vous. Rien ne remplace le sang, il faut le savoir, c'est comme un organe.
Le groupe sanguin A positif est le plus répandu, c'est donc aussi le plus demandé! Il faut réussir à trouver un équilibre entre les donneurs et les receveurs. Mais c'est vrai que les donneurs de sang O négatif sont très demandés puisqu'il s'agit d'un groupe universel, ils sont donc sollicités très régulièrement!

Pourquoi insistez-vous autant sur le caractère bénévole du don?
Une directive européenne va être mise en place pour privilégier le bénévolat, mais cela n'oblige en rien les États. Si des pays comme le Luxembourg, la France ou la Belgique gardent comme principe la gratuité d'un don désintéressé, ce n'est pas le cas partout en Europe. L'Allemagne connaît le double système, le don gratuit via la Croix-Rouge, ou rémunéré via des services privés. Les dons sont également rémunérés en Autriche. C'est un peu la même problématique qu'avec le don d'organes qui génère un énorme trafic, on voit bien qu'il y a un grand marché.
Dans la plupart des pays, le système est quand même basé sur le bénévolat. À la foire, on me dit souvent : "Si j'étais rémunéré pour faire mon don, je viendrais à coup sûr." Je leur réponds : "Vous préféreriez recevoir du sang qui vient d'un donneur bénévole ou d'un donneur qui a été rémunéré?" Le sang est plus sûr s'il a été donné bénévolement, la tentation est grande de cacher des choses lors de l'entretien préliminaire s'il y a de l'argent en jeu.

Avec un tel succès au rendez-vous, il n'y a pas de raison de changer votre fonctionnement?
C'est vrai que le système de don fonctionne très bien comme cela. Il était à un moment question d'ouvrir les centres de don également le samedi, mais nous avons finalement abandonné l'idée car il aurait fallu traiter le sang le dimanche... Mais par contre, l'ouverture des centres pendant la pause déjeuner il y a quelques années a été une réelle avancée. Beaucoup de gens en ont été très contents, c'est important pour les donneurs qui prennent sur leur temps libre pour faire leur don, même s'il ne s'agit que d'une demi-heure.

La Croix-Rouge a récemment signé une convention avec les établissements du sang de Champagne et Lorraine. Une bonne chose?
Cela ne va rien changer à notre niveau, mais c'est toujours une bonne chose de passer des accords, surtout en cas de catastrophe. Nous faisons partie de la fédération internationale des donneurs de sang, et comparé à la France, nous bénéficions de très peu de moyens financiers! Mais le Luxembourg est un petit pays, donc il y est bien plus facile de gérer les transfusions par rapport à la France qui fonctionne globalement comme nous.

Les associations de donneurs ont-elles le même succès?
Je dois avouer que c'est plus difficile de ce côté-là. Nous manquons de bénévoles et surtout de jeunes pour prendre la relève, un peu comme les donneurs eux-mêmes! Notre rôle est de recruter des donneurs et de médiatiser le plus possible le don du sang. Il faut travailler pour être toujours présent dans la mémoire des gens afin qu'ils restent engagés et qu'ils n'oublient pas de donner régulièrement. Je suis présidente de l'entente des associations du pays depuis dix ans et j'aime ce que je fais, même si je ne serais pas contre de nouvelles recrues qui pourraient apporter de nouvelles idées.
Les gens ont malheureusement moins le temps de s'engager dans les associations, nous ne sommes pas les seuls à s'en plaindre, ce phénomène touche beaucoup d'autres associations. Mais chez nous, le travail n'est pas intense, il faut juste être présent lors des grosses foires pour recruter des donneurs et parler du don du sang aux visiteurs et répondre à leurs questions. Le fonctionnement du don du sang au Luxembourg est quatre étoiles, les blessés et les malades bénéficient de sang grâce à ce système et il faut que cela continue comme ça. 

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