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Le Luxembourg veut sa part du croissant

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La chute de la banque Lehman Brothers a signifié le début d'une crise mondiale, mais marquera aussi sans doute les esprits plus tard comme la fin de la finance débridée du XX e siècle. / De notre journaliste Delphine Dard

Aujourd'hui, le secteur veut retrouver la confiance des investisseurs et se cherche une conscience, une morale qu'il a peut-être trouvée avec la finance islamique.

Le XXIe siècle sera peut-être religieux, mais pas au sens premier du terme. À l'heure où la finance cherche à revenir vers la responsabilité sociale pour rétablir un système sain dans lequel la confiance pourrait être rétablie, elle revient vers les principes moraux universels que les grandes religions ont toutes transcrits dans leur livre. Mais aujourd'hui, une seule religion est présente dans la finance, l'islam.
Avec 1 000 milliards de dollars d'actifs bancaires, la finance islamique ne représente aujourd'hui qu'1% des actifs mondiaux. Mais avec 1,7 milliard de musulmans dans le monde, un regain d'intérêt pour les valeurs morales et surtout un marché qui pourrait dépasser les 4 000 milliards d'ici cinq ans, le monde entier s'intéresse à la finance islamique. Le Luxembourg comme les autres places financières veut se tailler sa part du croissant.
C'est pourquoi le Grand-Duché, sous la houlette de l'Institut de formation bancaire, Luxembourg for Finance, l'association des fonds d'investissement et celle des professionnels du risk management ont organisé une conférence de deux jours sur la finance islamique et ses opportunités au Luxembourg. Le pays compte actuellement une trentaine de fonds islamiques mais a bien l'intention, à grands coups d'innovation, de devenir un spécialiste en la matière en Europe grâce à son expertise dans le domaine des fonds d'investissement. Le ministre du Trésor, Luc Frieden, en est convaincu et a créé, dès avril 2008, un groupe de travail chargé d'examiner la façon dont cette finance peut s'intégrer dans le paysage économique luxembourgeois.


L'argent n'a pas de religion

Pour parler finance islamique, les organisateurs de la conférence ont invité Aly Khorshid, docteur en finance islamique. Il est consultant et prend part à de nombreux charia boards.
Et voilà bien un point sur lequel il est d'accord avec Luc Frieden, c'est que «l'argent n'a pas de religion».
La finance islamique repose sur des principes de justesse entre les deux parties prenantes d'un contrat, mais érige aussi en principe de premier ordre la transparence, celle-là même qui a cruellement manqué aux banques pendant la crise.
Mieux encore, elle est basée sur le long terme par opposition à la politique du profit immédiat qui a poussé des banques trop gourmandes à leur ruine pendant la crise. La spéculation excessive, les produits dérivés non tangibles comme les crédits subprime sont également prohibés. Si on met de côté l'interdiction d'investir dans des produits non halal tels que l'alcool ou les armes (encore que des fonds éthiques sans religion suivent ces principes), la finance islamique semble avoir du bon pour moraliser dans son ensemble la finance mondiale.
Les pratiquants même de ce modèle l'ont bien compris : «Nous ne voulons pas combattre les banques classiques, nous souhaitons que le système mondial devienne plus juste», a ajouté, devant un parterre multiculturel de 250 personnes au Hilton de Luxembourg, le docteur Aly Khorshid.
Le créneau paraît d'autant plus attractif que la finance islamique peut être pratiquée par des non musulmans, hommes ou femmes. Reste que les produits qui se disent être en conformité avec la charia doivent toujours être en dernier ressort examinés par un charia board.
Alors oui, le Luxembourg veut se tailler sa part du croissant, dans un monde où un grand nombre de musulmans vivant en Europe sont susceptible d'être intéressés par le sujet. Mais le pays doit se pencher sérieusement sur les principes de cette finance où percevoir des intérêts est interdit et qui possède ses propres formes de titrisation, les sukuk. En attendant, musulmans et non musulmans, financiers et simples curieux ont pu, hier, discuter finance et morale autour d'un buffet halal, s'il vous plaît. 

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