Double jeu autour de Saab
Le géant américain de l'automobile a annoncé vendredi la mise en liquidation judiciaire de Saab, au moment où plusieurs repreneurs faisaient connaître leur intérêt pour la prestigieuse marque suédoise. Genii Capital, le fonds dirigé par l'Eschois Gérard Lopez, s'est associé au grand argentier de la Formule 1, Bernie Ecclestone, pour tenter de remporter le morceau./ De notre journaliste Fabien Grasser
Àquoi joue General Motors? C'est la question que se posent depuis vendredi les syndicats et les responsables politiques suédois, quelques heures après le dépôt de plusieurs offres de reprise de Saab. Le placement en liquidation judiciaire, vendredi, de cet ancien fleuron industriel suédois n'empêche certes pas un rachat ultérieur, mais il accentue encore un peu plus les doutes sur les intentions réelles de General Motors (GM).
«Il est incompréhensible et irresponsable de nommer un liquidateur sans avoir pu analyser les offres sérieuses qui existent vraiment pour Saab», s'emportaient vendredi Stefan Löfven, le président du syndicat suédois IF Metall, même si la nomination d'un liquidateur offre un répit momentané aux 3400 salariés de l'entreprise.
En connaissant des hauts et des bas depuis une vingtaine d'années, la très innovante marque créée au lendemain de la Seconde Guerrre mondiale a vu son carnet de commandes fondre depuis le début de la crise, ne vendant plus que 93000 véhicules en 2009. Cela fait un an que GM, également au bord du gouffre, tente de vendre Saab.
L'homme qui vaut 3,7 milliards de dollars
En décembre dernier, le constructeur néerlandais de voitures de sport Spyker voyait son offre rejetée par GM, dont le patron, Ed Whitacker, a annoncé à plusieurs reprises le démantèlement du constructeur suédois tout en assurant qu'il suffisait «de mettre l'argent sur la table pour avoir Saab».
Du coup, Spyker a affiné son offre ces derniers jours en même temps que d'autres repreneurs potentiels se faisaient connaître. Un groupement suédois s'est ainsi porté candidat. Il est dirigé par l'ancien patron du fabriquant de camion Man et un ancien directeur-général du groupe de défense Saab, dont l'actionnariat est totalement distinct de Saab automobile depuis 1990, quand GM est entré à son capital, avant d'en prendre intégralement le contrôle en 2000.
Mais l'offre qui semble la plus solide est venue en dernière minute du Grand-Duché et de Grande-Bretagne. Déjà annoncée jeudi soir, l'intention de rachat présentée par le fonds luxembourgeois Genii Capital (Le Quotidien du 8 janvier) a gagné en crédibilité lorsque celui-ci a annoncé être associé à Bernie Ecclestone, le grand argentier de la F1, dont la fortune familiale est estimée à 3,7 milliards de dollars.
Une information annoncée tardivement jeudi soir dans un communiqué publié sur le site internet de Genii Capital, la société luxembourgeoise dirigée par Gérard Lopez, un Eschois de nationalité espagnole qui est entré le 16 décembre dernier au capital de Renault F1 Team et dont le nom est aussi attaché au Fola Esch, qu'il a acquis en 2006. Gérard Lopez, âgé de 38 ans, a fait fortune dans les nouvelles technologies dont il est un spécialiste.
Un vrai projet industriel
Les dirigeants de Genii Capital sont restés muets vendredi sur l'avancée des négociations, alors que le conseil d'administration de Saab était réuni à Trollhättan, le siège de la marque. Bernie Ecclestone, en revanche, a rompu le silence, déclarant à l'agence Bloomberg : «C'est une bonne marque qui a probablement été négligée par ses propriétaires actuels», General Motors.
Loin d'être un caprice de riche, l'intention de Genii Capital de racheter Saab s'inscrit dans un vrai projet industriel pour ce constructeur longtemps à la pointe des innovations dans le domaine environnemental et qui affiche de fortes ambitions dans le développement de l'hybride et du véhicule électrique.
Dans son communiqué diffusé jeudi soir, Genii Capital avance qu'il «peut apporter de la valeur au constructeur automobile, en travaillant sur des synergies avec certaines sociétés de son portefeuille, dans les secteurs des moteurs à faible consommation d'énergie, des pièces détachées et des technologies d'information embarquées et de communication». Reconnaissant «être entré dans le processus d'offres à un stade tardif», Genii Capital et Ecclestone affirment aussi qu'ils travaillent «de façon offensive en vue d'une issue positive de la transaction».
Une «issue positive» dont beaucoup se demandent désormais si elle est aussi l'objectif de GM, dont les intentions paraissent de plus en plus nébuleuses.




del.icio.us
Digg
Postez votre commentaire