Des banques à l'avenir complexe
L'efficacité des mesures annoncées jeudi par le président américain Barack Obama pour empêcher une nouvelle crise financière majeure reste incertaine, principalement parce que leurs modalités d'application paraissent complexes.
Inspiré par son conseiller économique Paul Volcker, Barack Obama a décidé de s'attaquer à ce qu'il considère comme deux facteurs de fragilité potentiels du système financier: la taille des banques, un thème récurrent qui a débouché sur le fameux concept du «too big to fail» (des banques trop grandes pour être abandonnées à leur sort), et les opérations à risque qu'elles mènent de leur propre chef, sans avoir été missionnées par leurs clients.
«Le processus de concentration qui a largement précédé la crise financière a abouti à des mastodontes qui constituent un véritable défi, parce qu'ils sont à cheval sur plusieurs activités», résume Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférence à l'université Paris I - Panthéon Sorbonne. Pour autant, la dernière crise financière a prouvé qu'un établissement comme Lehman Brothers, dont la taille n'était, a priori, pas jugée préoccupante, a failli faire imploser le système financier mondial.
En 1998, un exemple encore plus probant avait été donné par le fonds spéculatif américain LTCM, secouru en urgence par un consortium de grandes banques pour éviter un effet domino. «On se focalise depuis longtemps sur la taille, mais un établissement peut être de taille limitée et très interconnecté avec les autres», relève Jézabel Couppey-Soubeyran. Considérant que les géants du secteur présentent un risque de déstabilisation plus élevé, le président américain entend néanmoins «empêcher la poursuite de la consolidation du système» et la formation de nouveaux mastodontes. Mais beaucoup existent déjà, tels Citigroup, Bank of America, JPMorgan Chase ou même BNP Paribas, Barclays et HSBC. «Diminuer la taille de ces établissements me paraît très compliqué», explique Jézabel Couppey-Soubeyran. L'autre cheval de bataille d'Obama concerne les activités dites pour compte propre, c'est-à-dire les opérations de marché réalisées par les banques pour leur propre compte.
Une limite encore floue
La limite est encore floue, mais il semble que l'administration américaine souhaite que seules les banques généralistes, qui reçoivent les dépôts de clients, y renoncent. Les banques d'investissement telles les américaines Goldman Sachs ou Morgan Stanley seraient épargnées, alors que les deux établissements qui ont secoué le monde financier en 2008, Lehman Brothers et Bear Stearns, appartenaient précisément à cette catégorie d'établissements.
«Maintenant que la garantie de l'État s'applique à toutes les banques et même au-delà, tous les acteurs doivent être réglementés», considère Gunther Capelle-Blancard, directeur adjoint du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) à Paris. Charles Geisst, professeur de finance à l'université américaine Manhattan College, rappelle néanmoins que les banques d'investissement ont adopté, au pire de la crise financière, le statut de banque de dépôt et devrait y renoncer pour échapper aux mesures de l'administration Obama. Un changement qui «les obligerait à être plus prudentes dans leurs activités», selon lui.




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