Luxembourg: La galère en plein hiver
Seuls quelques irréductibles, fidèles à leur banc sur la place qui s'étend devant l'église de Bonnevoie, se moquent de la chute des températures. La plupart de leurs compagnons d'infortune ont trouvé un refuge pour passer la journée, ou au moins quelques heures, bien au chaud. De notre journaliste Jacques Paturet
Seuls quelques irréductibles, fidèles à leur banc sur la place qui s'étend devant l'église de Bonnevoie, se moquent de la chute des températures. La plupart de leurs compagnons d'infortune ont trouvé un refuge pour passer la journée, ou au moins quelques heures, bien au chaud.
De notre journaliste Jacques Paturet
La Téistuff est intégrée dans le bâtiment qui abrite, rue du Dernier-Sol, les 64 lits du foyer de nuit Ulysse. Sa porte bénéficie d'un accès bien spécifique, sur l'un des côtés de l'édifice. Elle est fermée à clé. Il faut pousser sur une des deux sonnettes, dont l'une semble muette, pour qu'elle s'ouvre.
Personne ne vous demande de montrer patte blanche. Une petite volée d'escaliers mène tout droit à un comptoir. L'accueil y est souriant, les boissons sont gratuites et une fois son verre à la main, il ne reste plus qu'à prendre place à une des tables disposées un demi-étage plus loin.
Hier après-midi, les places libres étaient rares. «Il y a régulièrement une moyenne d'une quarantaine de personnes. Plus la journée avance, plus les températures baissent et plus il y a de monde. Au total, au fur et à mesure des passages, on estime que la Téistuff accueille quotidiennement quelque 120 personnes», affirme René Kneip, directeur d'accueil et solidarité de Caritas, association qui gère ces centres d'accueil.
Entre foyer Ulysse (foyer de nuit) et la Téistuff (foyer de jour), la maison tourne 24 heures sur 24.
Cette structure a vu le jour en 2000, après le transfert et la fusion d'un foyer de jour qui se trouvait dans le Rollingergrund et d'un foyer de nuit qui proposait 35 lits dans la rue du Fort-Neipperg.
Dans la m... jusqu'au cou
Liname, 24 ans, est originaire du Niger. Il a deux frères, trois sœurs à qui il a promis de donner un coup de main quand il aurait trouvé un job. Il a quitté son pays natal pour rejoindre le Maroc. Le bateau lui a permis de rallier l'Espagne et c'est dans un train que, tout juste quatre mois plus tôt, il est arrivé au Grand-Duché. «Je ne connaissais pas du tout ce pays mais en cherchant sur internet, j'avais découvert qu'on y parle aussi français. Comme c'est une langue que j'ai apprise à l'école, j'étais certain que j'avais une chance de me trouver un travail quelque part, d'autant plus que j'ai une formation de cuisinier.»
Mais pas de chance, les espoirs de Liname vont fondre comme neige au soleil quand on lui apprend qu'il est un illégal en terre luxembourgeoise et que par conséquent il n'a pas droit au travail.
Il a même été déjà invité à boucler sa valise. Son retour à la case départ sera accompagné d'une prime de 1 500 euros pour récompenser ce qui est qualifié de «retour volontaire».
«Je ne veux pas de cet argent. Je veux qu'on me donne la chance de montrer ce que je suis capable de faire», rétorque le jeune homme, qui passe ses journées à la Téistuff avant de trouver un lit au foyer Ulysse.
«Je tourne en rond et je ne sais pas comment je vais en sortir. Je n'ai rien. Ici, on donne chaque vendredi 15 euros aux Luxembourgeois. Je suis illégal, j'ai droit à rien!»




del.icio.us
Digg
Postez votre commentaire