Quinze ans de Silvestri sur scène
La petite association Panoplie parvient, vraiment, à faire des merveilles. Avec ses tout petits moyens, elle arrive à faire monter au Grand-Duché la crème de la scène rock indépendant italien. Encore un exemple ce soir et demain avec Daniele Silvestri. Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti
La petite association Panoplie parvient, vraiment, à faire des merveilles. Avec ses tout petits moyens, elle arrive à faire monter au Grand-Duché la crème de la scène rock indépendant italien. Encore un exemple ce soir et demain avec Daniele Silvestri.
Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti
Votre dernier album, Monetine, date de 2008. Il s'agit là d'une compilation...
Daniele Silvestri : Oui, c'est une compilation, mais qu'on a préparée avec la même passion que si ça avait été un nouvel album de chansons inédites. Nous avons tout réenregistré, réarrangé, parfois même en partie réécrit... La grande différence, c'est peut-être que cette envie de compilation n'est pas imposée par un producteur ou une maison de disques. C'est quelque chose qui vient vraiment de moi. J'ai senti le besoin, au bout de 15 ans de carrière, de faire une sorte de bilan et je voulais être celui qui remettrait ces morceaux, pas seulement musicaux, mais aussi de quinze ans de vie, ensemble et dans un ordre pour les raconter.
Doit-on alors s'attendre, sur scène, à un projet similaire?
Oui. En partie. Disons que je me trouve à un moment de transition. Je reprends donc cette idée de bilan; et les concerts de cette minitournée européenne auront donc un côté anthologique. Après tout, j'ai envie de jouer ce qui me fait plaisir, même s'il s'agit de vieilles chansons. D'un autre côté, je me projette clairement vers le futur. Cette tournée à travers l'Europe, qui commence au Luxembourg et nous mènera à Londres, Paris, Bruxelles, Barcelone et Madrid sur une douzaine de jours, est un moment idéal pour écrire, composer et pourquoi pas, aussi, enregistrer.Nous voyageons en train, à l'ancienne. Je suis un inconnu avec une guitare sous le bras. Je peux, si je veux, m'assoir sur un banc et commencer à jouer quelque chose. En Italie, c'est devenu impossible, mais ici très peu de gens nous connaissent. Alors, si, financièrement, nous faisons cette tournée à perte, je suis sûr qu'on va rentrer enrichis dans bien d'autres aspects. C'est important de sortir de chez soi, de retrouver l'anonymat et de jouer dans de tout petits clubs.
Pour les petits clubs, au D:qliq, vous serez servis. Mais comment expliquez-vous que malgré votre célébrité en Italie, vous soyez encore méconnu en dehors de la péninsule?
Oh, il y a certaines raisons parfaitement compréhensibles, ne serait-ce que parce que mes textes sont une composante essentielle de mes chansons et j'ai toujours eu une certaine paresse en ce qui concerne des tentatives de traduction et peut-être aussi que je n'ai pas eu le courage de proposer ces textes en italien à un public qui ne les comprendrait pas. Je suis un peu un diesel, que voulez-vous! En même temps, j'aime bien, à 40 ans, avoir encore la possibilité et l'envie de faire de nouvelles expériences et de me remettre encore un peu question.
Certaines de vos chansons parlent de la prison, des «desaparecidos» argentins, de la peine de mort, de l'objection de conscience, de Che Guevara... vous vous reconnaissez dans le terme de chanteur engagé?
Je pense que si on n'a pas envie de raconter que ce qu'on a à l'intérieur, mais qu'on a également l'intention de raconter un peu le monde qui vous entoure, il est pratiquement impossible de ne pas parler de ces choses sérieuses. Parfois je dois même me réfréner un peu... Mais, par contre, ce n'est pas une volonté claire et précise. Parfois je commence à écrire ce qui devrait être une chanson d'amour et phrase après phrase, ça devient un thème politique. Ou vice-versa! Ce sont des sujets qui me tiennent à cœur, qui me font souffrir, qui me donnent envie de hurler, alors j'en parle. Mais pas pour donner des leçons, je veux avant tout stimuler une réflexion.
Vous avez une carrière pour le moins étonnante, avec une grande liste de prix obtenus, mais aussi quelques désillusions. La première fois que vous avez participé au festival italien de la Chanson de San Remo, vous avez fini dernier.
Oui. Et d'ailleurs, je m'étais promis de ne plus jamais y retourner. Mais finalement, je l'ai fait plusieurs fois. À chaque fois pour faire passer quelques messages ou casser des préjugés. La deuxième fois que je suis allé à San Remo, par exemple, c'était pour présenter ma chanson Aria, qui parle des prisons, de la perpétuité, des conditions carcérales italiennes, etc. Je me suis dit que les quatre minutes que je passerais sur la scène de San Remo seraient peut-être les seules que j'aurais de disponibles pour faire entendre au grand public cette chanson qui n'était pas du tout prévue pour passer à la radio. Une autre fois, j'y suis retourné avec une chanson légère pour casser, un peu, cette image de chanteur engagé qui me collait à la peau. C'est toujours, ce que je disais, prendre des risques et faire quelque chose de différent.
Une mère chanteuse de jazz, un père écrivain, finalement vous êtes un résumé des deux.
Oui, c'est sûr. J'ai, d'un côté, commencé très tôt à jouer un peu au piano, et d'un autre côté, commencé, très tôt également, à écrire de petites comptines et à m'amuser à faire rimer les mots. Et j'aimais beaucoup ça. Alors, quand j'ai découvert que je pouvais réunir les deux, ma vie a littéralement changé. Après, je n'ai jamais vraiment voulu privilégier l'un par rapport à l'autre. Et même si beaucoup retiennent avant tout mes textes, je passe parfois bien plus de temps à trouver le bon accord qu'à trouver le bon mot.
J'ai lu que vous aimez répondre que les Beatles sont votre inspiration première, mais qu'en fait, ce n'est pas vrai. Alors, c'est quoi votre inspiration, vos voyages?
En fait, je crois que les Beatles en font quand même bien partie. C'est une source inépuisable d'inspiration. Pour le reste, effectivement, les voyages me marquent beaucoup. Que ce soit les miens ou ceux de la musique elle-même. Je suis une vraie éponge. À une époque je n'écoutais que le Buena Vista Social Club et je pense que ça s'entend assez dans les chansons que j'ai écrites à ce moment-là. Idem pour les Police que j'ai énormément écoutés dans ma jeunesse et qu'on peut sentir dans mes premières chansons. J'ai aussi beaucoup appris de Radiohead, de Ben Harper, de Bob Marley et de tant d'autres, comme les Italiens Fabrizio De André, Edoardo Bennato, Paolo Conte...
Daniele Silvestri, ce soir et demain
à 21h au D:qliq de Luxembourg.
Les deux soirées affichent complet.




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