Home | Les Loisirs | Musique / Bénabar: «J'essaye de ne rien m'interdire»

Musique / Bénabar: «J'essaye de ne rien m'interdire»

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
image

Bénabar revient au Grand-Duché pour la 5e date de sa nouvelle tournée qui l'occupera toute cette année. L'occasion de parler de son dernier album, Infréquentable, sorti en octobre dernier et plus largement de revenir sur sa musique. Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

Bénabar revient au Grand-Duché pour la 5e date de sa nouvelle tournée qui l'occupera toute cette année. L'occasion de parler de son dernier album, Infréquentable, sorti en octobre dernier et plus largement de revenir sur sa musique.

Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

Vous étiez déjà à la Kulturfabrik au mois d'octobre 2004. Quels souvenirs en gardez-vous?
Bénabar: C'était assez vague dans mon esprit, parce que, en tournée on a tendance à un peu tout mélanger, mais en sortant du bus, je me suis rendu compte que je me rappelais très bien ces bâtiments, cette ancienne usine. Pas tellement de la salle, mais de ce back-stage, oui. Sinon, je crois me rappeler que ça c'était bien passé.
Le concert de ce soir (hier) affiche complet depuis quasiment le jour où les tickets ont été mis en vente. Vous vous rendez compte de cet engouement autour de vous?
Je m'en rends compte, je m'en réjouis, j'en suis très heureux et fier, mais en même temps, je sais que rien n'est acquis, j'ai donc toujours un mouvement de recul par rapport à ça. Mais oui, ça me touche vraiment beaucoup, c'est le but du jeu, quand on fait de la musique, de toucher les gens. J'ai une vraie gratitude envers mon public, mais je ne veux pas me complaire là-dedans.
On a pu lire que vous étiez un des chanteurs français les mieux payés en 2008. Malgré ça, on ne sent pas chez vous les excès du star système.
Puisque vous me tendez la perche, je tiens à dire que les chiffres sont faux. C'est un grand n'importe quoi. Je tiens à le dire parce que je m'inquiète quand je le vois; je me dis: "S'ils se trompent à ce point-là sur moi, ils se trompent peut-être autant sur tel ou tel conflit ou politiquement!" Néanmoins, je suis extrêmement privilégié, je gagne très bien ma vie et j'ai la chance de vendre beaucoup de disques; ça va très bien pour moi, je ne vais pas du tout pleurer sur mon sort. Je dois être honnête, je n'ai plus la même vie que monsieur Tout-le-monde, même si j'essaye. Ça change fatalement. Avec la célébrité t'es obligé de te protéger un peu, t'as le confort de vie. Donc, je suis quand même un peu dans le star-sytème... mais je fais tout pour que ça ne me monte pas à la tête.
Pouvez-vous nous présenter cette tournée?
Elle est dans le même esprit que les précédentes, d'ailleurs, c'est à 80 % la même équipe depuis dix ans, voire 15 ans pour certains; et moi, je reste le même, avec juste trois ans de plus. Après, on s'attache toujours à ne pas reservir la même chose. Il y a les nouvelles chansons et une envie d'aborder ça différemment. On vient avec deux guitares, par exemple, ce sera donc un peu plus pop, mélodique. Maisbon, franchement, les gens qui ne m'aimaient pas avant, je pense qu'ils continueront à ne pas m'aimer. Je ne veux pas leur mentir. S'ils trouvaient vraiment que je faisais de la merde, ils ne vont pas changer d'avis. Pour ceux qui m'aimaient, par contre, ce n'est pas gagné, mais j'espère qu'ils vont continuer. Sinon, un des objectifs de cette tournée c'est aussi de jouer plein de vieilles chansons et de faire un vrai spectacle. Ce n'est pas que la continuité d'un disque, mais la continuité de tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant.
Beaucoup de gens ont découvert avec Infréquentable et surtout avec L'Effet papillon, votre côté "engagé". Pourtant, il suffit de réécouter, ne serait-ce que Qu'est-ce que tu voulais que je lui dise ou encore Saturne, pour se rendre compte qu'il n'est pas nouveau cet engagement.
C'est vrai. Mais peut-être que ces personnes ne se sont pas intéressées à mes chansons avant, ce qui est leur droit, d'ailleurs! Mais là, avec ce côté plus médiatique, tout est plus mis en valeur et plus vu.
Et comment trouvez-vous le bon équilibre entre ces "messages" et le côté déconne de vos autres chansons?
J'essaye de ne jamais me mettre dans la posture de dire aux gens ce qu'ils doivent savoir. Genre "c'est important, vous ne savez pas, moi, je suis un chanteur, je sais les choses mieux que vous, je vais donc vous dire ce qu'il ne faut pas faire..." D'ailleurs ça se voit dans L'Effet papillon, je ne fais qu'enfoncer des portes ouvertes. Tout ce que je dis, tout le monde le sait, en fait. C'était plus une façon de dire les choses sans faire le donneur de leçons. Il n'y a rien qui m'exaspère plus qu'un chanteur qui me donne des leçons et qui me dit que le racisme c'est pas bien. Je suis absolument d'accord avec lui, mais je me sens insulté. Donc, là, je parle de ça, après je fais une chanson qui va parler des copains, une autre rigolote qui va raconter une bêtise, etc. J'essaye de ne rien m'interdire.
Au sujet de vos textes, ce sont souvent de petites histoires qu'on peut très bien imaginer comme des courts métrages. Vous venez du cinéma, est-ce que ce côté visuel de vos textes, vient de là?
Je pense, effectivement, que ça vient de là. J'ai besoin de visualiser les choses et ça se ressent. C'est peut-être, effectivement, un mauvais réflexe que j'ai chopé quand je travaillais dans le milieu du cinéma. Mes textes sont très scénarisés, je m'en rends compte.
Pour parler vite fait de cinéma, ça ne vous manque pas? Vous n'avez pas envie d'y retourner?
J'y suis retourné dernièrement. J'ai fait un film l'été dernier qui s'appelle Incognito (NDLR: sortie prévue en France le 29 avril). J'ai participé au scénario et je suis aussi acteur dedans. C'est réalisé par Eric Lavaine avec Franck Dubosc, Jocelyn Quivrin, Isabelle Nanty, Anne Marivin... C'est un monde qui continue à me passionner. Et puis c'est vraiment un privilège qu'on me propose de faire un rôle. J'ai sauté sur l'occasion.
Et un retour derrière la caméra? Parce que vous avez tout de même réalisé trois courts.
Franchement non. Je ne suis déjà pas du tout sûr d'avoir les capacités d'être acteur - mais bon, ça on sera vite fixés! - mais réalisateur, je ne pense vraiment pas avoir les épaules.
Revenons à la musique, le 28 février prochain vous êtes nommé aux Victoires de la musique, dans la catégorie "album de chanson/variété". On ne va pas vous demander si ça vous fait plaisir, mais est-ce que vous vous reconnaissez dans ce "classement"?
Oui... C'est réducteur, comme tous les classements, mais bon, ça ne me pose pas de problème. Ça fait partie du jeu. Personne n'aime être mis dans des cases, mais bon, on est aussi dans les cases dans lesquelles on veut bien être. Je n'en souffre pas. Mais bon. Pour cette année, je suis très intimidé. C'est évident que je ne l'aurais pas, c'est tout à fait normal, puisque, même moi, je voterais pour Bashung ou pour Cabrel qui sont aussi dans cette catégorie et qui ont fait des albums sublimes. (NDLR : Bashung est bien nommé dans la catégorie, mais pas Cabrel. Les deux autres artistes en lice sont Camille et Vincent Delerm).
On vous demande ça parce que beaucoup voient en vous un auteur et un chanteur, mais peut-être moins le compositeur. Ça ne vous dérange pas?
Disons que c'est quelque chose sur lequel on a beaucoup travaillé sur le dernier album. Je sais qu'il faut qu'on y travaille encore, je me fais d'ailleurs beaucoup aider sur la musique, - il y a même une musique de l'album qui n'est pas de moi - et surtout je travaille beaucoup avec les musiciens et les arrangeurs en amont pour essayer de pallier à mes limites de compositeur que je connais. Mais bon, j'ai aussi plein de limites dans les textes. Après, je dois dire que j'apprécie vraiment les chansons simples tant qu'on ne se complaît pas dedans. Avant, je faisais une musique simple parce que je ne me posais pas trop de questions et pour ne pas m'embarrasser avec ça. Depuis deux albums, j'en suis revenu. J'ai compris que c'est intéressant, voire indispensable, d'aller plus loin dans la musique. Dans ce dernier album j'ai voulu aller plus dans une "variété-pop"; mais selon mes propres critères, c'est-à-dire avec un peu de Bashung, de Coldplay, de Joe Dassin, d'Alain Souchon... Et puis vers un truc plus mélodique, peut être moins basé sur le chant et sur le texte, même si les deux restent toujours très importants. Comme quoi on ne se refait pas!
Une question plus légère, après Le Dîner est-ce que vos amis vous invitent toujours chez eux?
Oui, encore. Pour l'instant j'ai réussi à leur faire croire que ce n'était qu'une chanson et que je ne le pensais pas vraiment. Il y a un espèce d'accord tacite avec mes proches et mes copains.
De nouvelles chansons sont-elles prêtes depuis la sortie d'Infréquentable?
Oui, il y a un inédit qu'on joue de temps en temps.
Est-ce que ça veut dire qu'un nouvel album est déjà prévu?
Non, on n'en est pas encore là... On verra après la tournée.

Ajouter à: Add to your del.icio.us del.icio.us | Digg this story Digg

Subscribe to comments feed Commentaires (0 posté):

total: | Affiché:

Postez votre commentaire comment

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

  • email Envoyer par email à un ami
  • print Version imprimable
  • Plain text Texte complet
Estimez cet article
4.83