«C'est un honneur, mais aussi une pression»
Né en 1960 à Schifflange, Pol Sax suit des études de langue allemande et de philosophie à Heidelberg et à Bruxelles. En 2001, il s'installe à Berlin, ville qui lui sert de base à ce U5. Depuis mercredi dernier il succède, grâce à ce roman, à Anise Koltz au palmarès du prix Servais. Une grande première pour cet écrivain qui n'a publié ce premier livre qu'à l'âge de 48 ans. Rencontre. Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti
Il y a quelques jours, la fondation Servais annonçait qu'elle vous décernait son prix de littérature 2009. Comment l'avez-vous appris et quelle a été votre première réaction?
Pol Sax : J'ai tout simplement reçu un coup de téléphone de Claude Conter, le président du jury, mercredi dernier vers 21h. J'ai été très surpris. Je n'y aurais pas du tout pensé.
Pourquoi?
À vrai dire, je ne savais même pas qu'on connaissait mon livre au Luxembourg. Je savais que mon éditeur avait envoyé un exemplaire au Centre national de littérature, mais c'est tout. Je ne pensais pas du tout que ça pouvait m'apporter un prix. Cela dit, ça fait évidemment très plaisir. C'était une très belle surprise.
Vous êtes désormais le 18e lauréat du prix Servais. Votre nom apparaît au même niveau que ceux, par exemple, de Roger Manderscheid, Jean Portante, Guy Helminger et, tout dernièrement, Anise Koltz. C'est important pour vous?
Oui. Évidemment. Je ne vais pas me comparer à un Roger Manderscheid ou à Anise Koltz. Ce sont de trop gros calibres. Mais, c'est un honneur. C'est très flatteur.
Pourquoi dites-vous que vous ne voulez pas vous comparer à eux?
Un homme comme Roger Manderscheid a toute une œuvre très importante et, surtout, jerepense à un bouquin comme Schacko Klak, parce qu'il a aussi écrit des chefs-d'œuvre en ce qui concerne sa maîtrise de la langue luxembourgeoise.
Vous recevez le plus prestigieux prix littéraire luxembourgeois, dès votre premier roman. D'un côté c'est prometteur mais, d'un autre, vous avez mis 48 ans à le publier. Pourquoi tout ce temps?
Ce n'est pas le premier livre que j'écris, mais le premier pour lequel j'ai trouvé un éditeur. Pour la simple et bonne raison que tout ce que j'avais écrit avant ne valait pas grand-chose. Pour le reste... prometteur? Oui. Ça met aussi un peu de pression. Je n'écris pas très vite. Rien que pour U5, qui est un roman assez mince (NDLR : 172 pages), j'ai mis trois ans. Mon prochain projet est un roman plus gros, donc, je vais mettre plusieurs années, c'est sûr.
Pensez-vous que ce prix va désormais changer quelque chose dans votre vie, dans votre œuvre ou dans votre façon de travailler?
Pour mon œuvre, je ne pense pas. Dans ma vie, je n'en sais encore rien. C'est trop récent. Mais c'est pas mal tout de même. Quand on écrit, on est là, derrière sa table, toujours un peu dans le vide. On se demande tout le temps : "Est-ce que ça vaut la peine?" Recevoir un prix pareil, c'est tout de même une belle récompense. Ça donne du courage pour la suite.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans le résumé que fait le jury de votre roman pour motiver ce prix (lire ci-contre)?
Oui. Quand ils parlent d'une "grande tendresse et une honnêteté cruelle", c'est vraiment ce que j'essayais de faire. À eux de dire si j'ai réussi! Ce qui m'a aussi fait très plaisir, c'est qu'ils remarquent la "précision conceptuelle" du roman. Pour écrire ce livre, je suis parti d'une comptine médiévale, Der arme Heinrich de Hertmann von Aue; j'ai gardé le nombre de personnages, les relations existantes entre eux, etc. Après, il y a aussi des différences. Dans Der arme Heinrich il y a une vierge qui, dans mon texte, devient une prostituée, etc. Bref, j'ai essayé de créer tout un panorama en jouant avec toutes ces possibilités. Paul, par exemple, représente Dieu, il fait de petites figurines en terre, un peu comme dans la Genèse mais, en même temps, il joue aussi avec le feu; il fume tout le temps, comme une sorte de Prométhée... Il représente la terre et le feu. La femme est liée à l'eau, elle danse sous la pluie... Heinrich est décrit comme un oiseau fou qui rêve de voler, il est donc lié à l'air... J'ai essayé de construire une maille avec tout plein de petits nœuds visibles qui cachent l'essentiel qui est plus profond. C'est aussi pour ça que j'ai choisi le métro dans le titre. Il faut savoir que la U5, à Berlin, est une ligne qui va tout droit d'ouest en est et qui n'a pas de croisement. On peut voir les stations du métro, mais pas la ligne. C'est un peu comme mon texte qui est presque plus une nouvelle qu'un roman. Il y a juste un fil tendu qui sert de récit, mais pas mal de choses se passent en dessous de cette surface. C'était vraiment mon but premier. C'est pour ça que cette précision du jury me fait très plaisir.
Parlons de vous. Vous vivez et travaillez à Berlin. Qu'est-ce qui vous a poussé à quitter le Grand-Duché?
Ce n'était pas une intention en tant que telle. J'ai quitté le Grand-Duché pour mes études et puis, de fil en aiguille, la vie m'a amené ici. Et puis j'ai toujours aimé la langue allemande. C'était un des arguments qui m'ont poussé à venir en Allemagne. En plus, je voulais vivre dans une grande ville. Donc, ce n'est pas que je ne veux pas revenir a Luxembourg, mais je ne me vois pas revenir.
Et écrire en luxembourgeois, non plus?
Non, j'écris uniquement en allemand parce que c'est la seule langue que je maîtrise. J'ai fait, il y a quelques années, un petit livre pour enfants en luxembourgeois, mais il n'a jamais été publié. Peut-être que je devrais chercher un éditeur luxembourgeois maintenant.
Pourra-t-on un jour, lire U5 en français?
En tout cas ce ne sera pas moi qui ferai la traduction. Je n'ai tout simplement pas le niveau pour le faire. Si je trouve quelqu'un pour ça, ce sera avec plaisir.
Le prix est doté de 4000 euros. Qu'allez-vous en faire?
Bonne question! Je vais les mettre à la banque. Je vais vivre pas mal de temps avec cet argent! Ça va me permettre de décompresser un peu.
Pour préparer votre prochain livre? Vous pouvez nous le présenter?
Je ne peux pas trop en dire parce qu'il n'est pas encore écrit. Je pense qu'il fera plus ou moins 400 pages. Ce sera aussi basé sur un écrit ancien - enfin, un peu moins que U5 - il sera tiré d'une œuvre du XIXe siècle qui traitera des questions d'image dans l'espace public. Et qui se base, en partie, au Luxembourg.




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