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Cœur d'ivoire et d'ébène

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Quatre mains noires et blanches virevoltent et plaquent deux claviers. Maria Aseeva, tellement russe, et l'un de ses élèves nigérians interprètent le concerto n°2 de Rachmaninov, dans sa version pour deux pianos.

Depuis 13 ans, cette pianiste de Samara a posé ses valises et une partie de son cœur à Lagos.
Dans la famille de Maria, une joviale sexagénaire, tout le monde joue du piano. Ensuite vient le parcours classique des «bébés pianistes» doués dans la Russie soviétique: elle est repérée à 6ans et demi, poussée et commençant de longues journées: des heures de travail, de gammes, avant ou après l'école. «Au bout de deux ans, mon professeur a dit à ma mère que je pourrais devenir concertiste. Et ce fut la fin de mon enfance heureuse, à huit ans et demi», raconte-t-elle.
Quelques concours plus tard et deux ans de leçons avec Yacob Milstein, le frère du célèbre violoniste, Nathan Milstein, Maria entre dans le saint des saints à 19 ans : leconservatoire de Moscou, où elle étudie pendant six ans. Elle obtient son diplôme en même temps qu'Andreï Gavrilov et Ivo Pogorelich.


«J'étais terrorisée  par l'Afrique»

«Je voulais être concertiste, mais ça n'a pas bien marché en Russie. Le vrai départ a été au Nigeria en 1996», où elle est arrivée par hasard avec son mari, nommé à l'ambassade russe. «J'étais terrorisée par l'Afrique. Et puis rapidement, je me suis rendue compte que les Nigérians avaient du talent», dit-elle. Rapidement, elle est embauchée comme professeur de piano à la Musical Society of Nigeria, qui venait juste d'ouvrir grâce à l'argent du pétrole.
Entre ses cours et quelques récitals, Maria Aseeva s'installe dans sa vie africaine : tantôt subjuguée par le sens musical des Nigérians, tantôt exaspérée par leur manque de rigueur. «Je suis russe, et j'ai été éduquée à la dure dans des écoles de musique russes. Je suis perfectionniste», proclame-t-elle.
Actuellement, elle a cinq élèves nigérians. Maria a rapidement compris ce que serait sa «mission» ici: un échange de cultures et de musiques. «Au départ, la majorité du public dans mes concerts était des expatriés. Aujourd'hui ce sont surtout des Nigérians. Ils sont extrêmement réceptifs. Maintenant, je peux jouer n'importe quel compositeur. Ils comprennent la musique européenne.»
Mais elle aussi, dit-elle, a appris de l'Afrique et ses rythmiques. Elle qui ne «comprenait pas» la musique du hongrois Bela Bartok, a eu un soir une révélation en jouant à quatre mains une sonate du compositeur nigérian Ayo Bankole, avec le fils du musicien décédé. «Ça me rappelait bizarrement quelque chose. En fait, c'était les mêmes arrangements pentatoniques que Bartok. Alors j'ai décidé d'en apprendre plus sur la musique classique africaine.»
Et chaque été, dans ses concerts en Italie ou en Catalogne, elle met toujours à son programme des oeuvres de Bankole et d'autres compositeurs nigérians comme l'organiste Fela Sowande. Comme si elle voulait en être l'ambassadrice. Et ça se comprend... En effet, son mari a quitté le Nigeria il y a quelques années. Contrairement à elle qui est restée... 

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