Plumes de scène
Anne Brochet, Évelyne Dress et Julie Jézéquel sortent chacune un livre. Si elles brillent sous les projecteurs ou sur les grands écrans, elles sont à l'aise également en écriture. Découverte. De notre correspondant à Paris Serge Bressan
Cinéma, théâtre, télé… leur vie, c'est sur les plateaux, la scène. Elles sont avant tout comédiennes. Toutes trois françaises, elles ont pour nom Anne Brochet, Évelyne Dress et Julie Jézéquel. Leur point commun : elles présentent un solide CV et ont travaillé avec des pointures. Mais elles nourrissent une autre passion : l'écriture. Et le hasard de cette rentrée littéraire les réunit dans les rayons des librairies. Trois femmes, trois comédiennes mais aussi trois livres- Un tour en ville, Le Rendez-vous de Rangoon et Retour à la ligne, hautement fréquentables.
Anne Brochet
Un tour en ville
(Seuil)
Elle avait annoncé son renoncement au théâtre. Parce qu'«on se couche tard, dans ce métier»... L'an passé, elle avait ébloui la production littéraire francophone avec un recueil de nouvelles, La Fortune de l'homme. Ces temps-ci, alors qu'elle est revenue sur sa décision concernant le théâtre (on peut la voir sur scène à nouveau à Paris), Anne Brochet s'est aussi glissée, en cet automne naissant, en librairie.
Un de ces petits livres qui font plaisir aux yeux et à l'esprit. Un tour en ville, donc… et voilà que les «détenteurs de la vérité» littéraire se mettent à pousser de hauts cris. Quoi? Comment? Ce livre, ce ne serait donc, à les entendre, que des clichés sur des clichés… Bien sûr, Anne Brochet ne fait pas dans le pavé bien lourd, bien indigeste - elle a passé un après-midi de juillet 2008 à Libourne, près de Bordeaux. Elle y a pris des photos. Retour à Paris, elle écrit des textes. Courts, vifs, denses, cinglants…
Une expérience qu'elle avait déjà tentée - et réussie - dans Trajet d'une amoureuse éconduite, mais là avec Un tour en ville, expérience tout en radicalisme et épure, surgit un monologue intérieur, sourd qui vibrait en elle cet après-midi de juillet 2008. Un monologue tout en confidences intimes. Dans les photos d'Anne Brochet, il y a l'évidence d'un œil captateur- et dans ses mots, la fulgurance d'un esprit en permanence éveillé, attentif. Qu'on aurait aimé effectuer ce tour en ville en la compagnie d'Anne Brochet- on se contente, délicieux plaisir, de tourner, lire et regarder les pages!
Évelyne Dress
Le Rendez-vous de Rangoon
(Alphée éditions)
On l'a vue et connue au théâtre et au cinéma - entre autres, dirigée par Ettore Scola. On l'a croisée réalisatrice pour le cinéma. Depuis 1993 et Pas d'amour sans amour, elle écrit aussi. Ainsi, elle revient avec son quatrième roman, Le Rendez-vous de Rangoon. Nous voilà embarqués avec Thérèse Ornstein. Elle a 33 ans et décide de tout envoyer balader. On ne fait pas dans la nuance : elle largue son boulot d'animatrice à la télé, vend son bel appartement parisien. Ne veut plus entendre parler de sa mère qui ne l'a jamais aimée et dont le médecin lui a demandé de décider de la garder en vie ou de la débrancher, ou encore de sa judéité qu'elle a du mal à assumer…
Elle prend un billet d'avion pour le bout du monde- direction, la Birma-nie. Au pays des pagodes et de la douceur de vivre, Thérèse découvre l'envers du décor- la dictature militaire, les libertés bafouées, la pauvreté, les trafics en tout genre,… Tout ça dans un pays ravagé par un tsunami en 2004. Dans ce texte en traversée du miroir, inspiré d'une aventure personnelle, à aucun moment Évelyne Dress ne se laisse déborder par son sujet. Une fois encore- et peut-être plus encore que dans ses précédents textes, elle fait preuve d'une grande maîtrise dans l'art de mener le récit. Pour un Rendez-vous à Rangoon, on part sans hésiter …
Julie Jézéquel
Retour à la ligne
(La Table ronde)
Dans le petit monde de la télévision, il n'est jamais bon de retourner un bureau sur les genoux d'une conseillère des programmes. Et pour s'être emportée, Clara Talane, scénariste reconnue et appréciée, va en payer le lourd prix : une traversée du désert. C'est donc là le point de départ de Retour à la ligne, le premier roman de Julie Jézéquel, comédienne - une nomination aux Césars 1983 - et scénariste. Ah! les crimes de lèse-majesté… Conséquence : pour vivre et assurer l'éducation de Léonard, son fils de 14 ans qu'elle élève seule, Clara propose, sur internet, ses services de «nègre».
Son premier client? Le directeur d'une fabrique d'outillage industriel. Il n'y va pas par quatre chemins : il lui demande de lui inventer une vie. Mais ce Bertrand Rosier cache bien son jeu, ce qui amène Clara au centre d'un imbroglio qui, sait-on jamais, pourrait la faire bosser pour la télé. Certains y verront, dans ce Retour à la ligne, un joli sujet pour un film télé- on leur suggérera simplement de tenir Julie Jézéquel pour ce qu'elle est : l'auteur d'un roman réussi parce que résolument contemporain.




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