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«J'ai toujours dit la vérité»

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Charles Aznavour, 85 ans, se confie à l'occasion de la sortie de son autobiographie, À voix basse. Confidences.

Ambassadeur d'Arménie en Suisse (voir ci-contre), l'infatigable Charles Aznavour a toujours du temps pour ses activités artistiques. Pour preuve, la sortie imminente de  Charles Aznavour & The Clayton Hamilton Jazz Orchestra, un disque jazz, attendu le 30 novembre et sa nouvelle biographie, À voix basse, déjà sur le marché. Rencontre exclusive. / De notre correspondant à Paris Serge Bressan

Dès la porte d'entrée franchie, sur les murs des affiches, des disques d'or, des portraits dédicacés... le tout sous le haut patronage de Charles Trenet. C'est là, dans un immeuble parisien, que Charles Aznavour, 85 ans depuis le 22 mai dernier, reçoit. Ces temps-ci, il n'arrête pas. Pour parler de son nouveau livre, À voix basse. Et aussi de musique, de diplomatie... Bref, de la vie qui va. Entretien avec celui que les Américains ont élu «plus grand artiste du XXe siècle»...

En 2003, vous aviez publié Le Temps des avants, un livre de souvenirs. Là, vous revenez en librairie avec À voix basse, un texte autobiographique. Pourquoi avoir travaillé, à nouveau, sur le même thème?
Charles Aznavour : Ces derniers temps, j'ai vu à la télévision des émissions où des jeunes croient que ce métier de chanteur se fait à toute vitesse. Mais cette Star Academy, elle n'a rien d'une académie, elle n'est pas une école et en y allant, on n'y devient pas une star. D'ailleurs, celle qui a vraiment réussi (NDLR : Olivia Ruiz) n'a même pas gagné! Alors, moi qui ai toujours été près de la jeunesse, j'ai pensé qu'il était nécessaire de dire la vérité sur ce métier. Et je peux me le permettre puisque j'ai connu des expériences très difficiles. Par exemple, après un tour de chant, dans un article, on demandait :«Et pourquoi pas un chanteur avec une jambe de bois?»...

Donc, vous suggérez aux jeunes aspirants chanteurs de ne pas aller à ce genre d'émissions...
Il ne faut pas condamner d'emblée. Star Academy, c'estune bonne émission de variétés à la télé... Mais ce n'est pas avec de telles émissions qu'on va devenir en quelques jours star. Il est temps qu'on prenne soin de nos jeunes...

Alors, que leur conseillez-vous?
Le plus facile, aujourd'hui, c'est de faire des études. Je n'invente rien, je pars de mon cas personnel, de mon expérience. J'ai quitté l'école très tôt. Mais ce que j'y aurais appris en un an, il m'a fallu plus tard des années pour l'acquérir.

Certains vont vous rétorquer que les temps ont changé...
Mais moi, j'ai été critiqué plus qu'à mon tour. Aujourd'hui, j'ai l'appui de la presse mais ça n'a pas toujours été le cas. Sûrement parce que j'ai toujours dit la vérité...

... même à votre sujet?
Oui! Je ne suis pas humble, moi. Je connais ma valeur. Et mes limites. Que je n'ai jamais cachées. Si je n'avais pas dit la vérité, je n'aurais pas été défendu par le public. Je n'ai jamais jugé les autres. Et j'ai été le premier à défendre les yéyés puis les rappeurs. Ça n'a pas toujours plu mais il ne faut pas détruire les choses avant même qu'elles n'éclosent. Il faut voir où ça mène... Et on a tendance à l'oublier mais chacun a débuté un jour!

Dans À voix basse, vous écrivez : "Je ne suis pas un poète mais un auteur de chansons." Est-ce de la modestie? Un effet de style?
Je savais que ce que je faisais en tant qu'auteur était de qualité. Mais si j'ai été influencé par Molière, Corneille, Racine, Sacha Guitry et Victor Hugo, je sais mes limites. J'ai toujours refusé d'être un désenchanté. Je n'ai pas écrit, moi, des chansons parce que j'étais un refoulé de la littérature!

Il se dit, ces temps-ci, que vous vous lancez dans un nouveau métier...
D'abord, je reprends mon premier métier! Écrire des chansons pour les autres... Par exemple, la semaine passée, j'avais rendez-vous avec Liane Foly pour lui proposer un texte... Au départ, j'écrivais les textes du duo Roche et Aznavour et puis, dans les années 1950, j'ai écrit Je hais les dimanches pour Juliette Gréco et Jezebel pour Édith Piaf. Après, Maurice Chevalier et Mistinguett m'ont demandé des textes... Et puis, voilà, à 85 ans, c'est vrai, je me lance dans une nouvelle aventure, dans un nouveau métier! Oui, je fais de l'huile d'olives alors que les acteurs et chanteurs font plutôt dans la vigne! J'ai une exploitation dans les Alpilles et j'y vais régulièrement. Ça me passionne, l'olivier est un arbre que j'adore, tellement rempli de symboles...

La production de l'huile d'olives, c'est comme la chanson: un artisanat?
En effet, ces deux activités relèvent encore de l'artisanat. Mais l'écriture d'une chanson, je l'assimilerais plutôt à la maçonnerie. Je cimente des mots, et comme un maçon monte un mur, j'échafaude des phrases, je polis des images, colle des rimes, puis je vernis ce qui deviendra peut-être une chanson... La chanson n'est pas un mot sur une note, ni une note sur un mot. C'est une idée, une émotion, une réflexion, une histoire, un jeu.

À voix basse, de Charles Aznavour.
Don Quichotte éditions. 

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