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«L'art, un besoin spirituel»

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Giora Feidman n'a qu'un but dans la vie : la réconciliation entre les peuples et les cultures. Normal pour ce juif de la diaspora né à Buenos Aires. Une reconciliation qui s'est faite en son sein, au niveau musical du moins grâce au mariage constant qu'il propose entre musique klezmer, jazz, classique, tango, etc. Rencontre./ Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

Vous faites en ce moment une tournée principalement avec votre quartet et votre programme Gershwin. Mais au Trifolion, vous venez avec votre trio et un «special guest». Comment ça se fait et quel sera, alors, le programme de la soirée?
Giora Feidman : Pour répondre à la première partie de la question, je dois dire que ce n'est pas "en ce moment", que je fais un tour, mais ça fait bien cinquante ans que je suis en tournée…. (rires)… Sincèrement ! Après, il faut aussi dire que je prends part à différents projets en même temps. Il y a effectivement le quartet Gershwin qui est pour moi un projet relativement nouveau, monté il y a deux ans seulement alors qu'avec le trio -avec Guido Jäger et Jens-Uwe Popp- avec lequel je serai à Echternach, ça va faire mille ans qu'on joue ensemble. En ce qui concerne le "special guest", il s'agit de Murat Coskun, un Turc né en Allemagne, qui est un percussionniste incroyable. Ce qui est beau, aussi, c'est que, sur scène, nous sommes quatre musiciens, de trois religions différentes, mais un seul idiome musical. Nous participons tous au besoin spirituel de tout un chacun à travers une nourriture qui s'appelle art.
Et le programme de la soirée?
Ce sera de la musique. Une musique composée simplement de sons qui n'ont pas été inventés par l'homme. L'homme ne fait que les utiliser. Comme il utilise cet idiome musical, ce qui est très pratique quand je vais au Japon ou ailleurs, parce que même si on ne parle pas la même langue, quand je monte sur scène avec ma clarinette, je n'ai pas besoin de traducteur, car c'est un idiome commun, compris de tous. D'ailleurs, je ne joue pas, je chante, à travers mon instrument.
Et qu'allez-vous chanter?
Il va y avoir du Gershwin, Mozart, musique juive -si on peut l'appeler ainsi-, on va chanter de la musique de la Galilée…
En somme un mélange de klezmer, jazz, musique classique et de tango. Peut-on dire que votre musique est le miroir de votre propre personnalité ?
C'est difficile d'expliquer la musique, parce que si on y arrivait vraiment, on n'aurait plus besoin de la musique. Ainsi, après une danse du shofar -dont j'imite le son à la clarinette- je joue La cumparsita (NDLR : célèbre air de tango composé au début du XXe siècle). C'est ça mon approche de la musique. Je peux également interpréter un freylech (NDLR danse traditionnelle des mariages juifs) et, juste après, du Mozart. Alors, bien sûr, c'est un miroir très personnel de ma propre vie et de ma propre personne. Je suis la quatrième génération d'une famille de klezmer, mais ce que je dis toujours c'est que, mon père jouait en yiddish, tandis que, moi, je joue en hébreux. Et entre les deux, on est passés par Buenos Aires. Et je ne peux pas effacer le fait que ma maman, quand elle me donnait le sein, écoutait du tango. Ça fait partie de moi.
Vous êtes considéré, par pas mal de monde, comme l'un des meilleurs clarinettistes au monde. Qu'en pensez-vous ?
Laissez tomber. Non, non. Je remercie ceux qui disent ça, mais je ne suis qu'un musicien au service de la société. Je ne sais pas ce que ça veut dire être le meilleur au monde. Tout ce qui compte c'est l'art, et l'art est un paradis : écouter une musique, regarder un tableau, lire un poème…
À vos débuts, qu'est-ce qui vous a attiré dans la clarinette?
Je n'ai pas choisi la clarinette. Je suis né avec. Mon père jouait de la clarinette, il me l'a passée pour que je m'amuse avec. D'ailleurs, pour moi, la clarinette reste un jeu.
Vous avez participé, en 1993, à la BO du film Schindler's List de Steven Spielberg. Racontez-nous comment ça s'est passé.
On m'a contacté souvent pour participer à des BO de films. D'habitude on me montre le film, un ou deux jours avant, je m'adapte et je joue ma part ensuite. Pour Schindler's List, c'était différent. Il y avait un orchestre d'au moins cent personnes. J'arrive et on commence à enregistrer sans que Spielberg ne me montre le film. On a fait deux, trois prises et ce n'est qu'après qu'on nous a montré les images. Et là j'ai compris. Spielberg l'a fait exprès. C'est un musicien : jeune, il jouait du saxophone dans un big-band; il savait qu'on n'arriverait pas à jouer sur ses séquences. Ce sont des images trop fortes. Mais c'était une très belle expérience. Spielberg est resté quelqu'un de vraiment simple; et il sait, non seulement réaliser des films incroyables, mais aussi y intégrer de superbes musiques.

Trifolion - Echternach.
Dimanche, à 20h.
 

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