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Le Graal pour Baru

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image Baru est devenu, ce dimanche, le 38e membre de l'académie des grands prix de la ville d'Angoulême. Autrement dit, l'égal de Franquin, Reiser, Moebius, Tardi, Bilal, Pétillon, Gotlib, Margerin, Juillard, Loisel, Zep, Wolinski, Trondheim ou e

BANDE DESSINÉE Le Lorrain Baru est depuis dimanche le nouveau grand prix du festival d'Angoulême.

Il y a Cannes pour le cinéma, Avignon pour le théâtre... le nec plus ultra de la BD franco-belge, c'est Angoulême, dont la 37e édition s'est tenue le week-end dernier. Pendant le festival, les anciens lauréats décernent tous les ans un grand prix à un auteur, pour l'ensemble de sa carrière. C'est le Lorrain Baru, auteur de Quéquette blues, La Piscine de Micheville, L'Autoroute du Soleil ou encore L'Enragé qui a été récompensé cette année. Rencontre. / Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

Grand prix du festival d'Angoulême. Ça représente quoi pour vous?
Baru : Ça ressemble à un couronnement de carrière, sauf que j'espère que ça n'en est pas un dans le sens que ma carrière n'est pas terminée. Ce grand prix, c'est la reconnaissance définitive de mes pairs, puisque ceux qui l'attribuent sont les lauréats passés, parmi les plus grands de la BD, qui me convient désormais à m'asseoir parmi eux. J'en suis très fier. En plus ça me donne une folle envie de continuer à creuser le filon que je creuse depuis que je fais de la bande dessinée. D'une manière plus prosaïque, me voilà débarrassé des récompenses dans la mesure où j'ai la récompense ultime. Ça ne veut pas dire que dorénavant je vais prendre ça avec désinvolture - même dans des petits festivals, quand on vous reconnaît pour votre travail, c'est agréable - mais je peux prendre tout ça avec plus de recul. Le grand prix d'Angoulême, c'est une sorte de Graal.

C'est d'ailleurs la quatrième fois que vous êtes primé à Angoulême après un prix «Espoir» en 84 pour Quéquette Blues, et deux fois prix du meilleur album en 1991 pour Le Chemin de l'Amérique et en 96 pour L'Autoroute du soleil. Ça fait de vous l'auteur le plus primé au festival.
Angoulême m'a vraiment comblé. C'est vraiment ce festival qui m'a donné l'envie et qui m'a permis de poursuivre la veine dans laquelle j'avais commencé. En plus, tout au long de mon parcours long de 30ans, j'ai l'impression d'avoir bouclé la boucle.

Ce grand prix doit avoir un goût particulier par rapport aux prix du meilleur album.
Oui, ça n'a rien à voir. Avec le grand prix vous êtes distingué pour l'ensemble de votre œuvre. C'est vraiment une autre dimension.

Est-ce que l'académie des grands prix a motivé son choix?
Non, elle ne le fait jamais. Enfin, disons qu'elle le motive tacitement depuis qu'elle existe, en distinguant les gens dont le travail contribue à élargir les champs de la BD.

Ce prix fait de vous automatiquement le président du festival de l'an prochain. Peut-on s'attendre à ce qu'Angoulême 2011 ait une couleur plus sociale?
Écoutez, je n'avais, bien sûr, jamais réfléchi à ça auparavant. Là j'ai commencé à y réfléchir et je crois qu'en me décernant le grand prix cette année, ce qu'on me demande de faire c'est d'être moi-même et de représenter mon travail. Et donc de faire en sorte que la BD qui s'intéresse à la marche du monde soit un peu mise en avant. En plus, j'aimerais donner à l'ensemble un aspect plus musical et associer la BD et le rock'n'roll.

Et plus politique aussi? Vous avez déclaré «depuis [que Sarkozy] est élu, il ne se passe pas un jour sans que j'aie envie de me tirer une balle dans la tête»!
Ça, je ne sais pas. Mais c'est sûr que si on me sollicite sur ces aspects-là, je ne vais pas dire le contraire de ce que je pense. Et personnellement, l'organisation politique qu'on subit actuellement en France ne me satisfait pas. Loin s'en faut! Mais bon... moins je parle de Sarkozy et mieux je me porte!

Comment expliquez-vous que ce grand prix tombe cette année, alors que vous n'avez rien publié si ce n'est les rééditions de La Piscine de Micheville, l'intégrale des Années Spoutnik et Noir, un recueil de créations antérieures?
Certes, ce ne sont pas des nouveautés, mais il y a tout de même de l'actualité éditoriale. Mais, je crois que la définition même de ce grand prix c'est qu'il est déconnecté de l'actualité éditoriale. Robert Crumb, quand il a été distingué (NDLR : en 1999), n'avait rien sorti depuis plusieurs années.

Quand on s'était parlé en mai 2008, vous parliez d'un polar potache avec des truands pieds-nickelés qui croisent un jeune clandestin africain. Où en est ce projet?
C'est justement le problème. J'étais avec l'éditeur de ce bouquin, Futuropolis, et il a été très content quand il a appris que j'avais le grand prix, mais il a aussi pâli en se disant "ce bouquin je vais avoir du mal à l'avoir". Le problème est que je suis en train de le faire, que je ne l'ai pas terminé et que j'ai encore à peu près six mois de travail. J'espère avoir assez de tranquillité pour pouvoir en venir à bout dans les délais. Surtout que la publication est prévue pour septembre. Vous savez, la BD est un métier qui nécessite beaucoup de temps et de concentration. Et là, depuis deux jours, je suis incapable de travailler.

Est-ce que ce grand prix ouvre de nouvelles portes ou des nouvelles perspectives?
Objectivement, non. Mais c'est un sacré encouragement.

Après tous ces prix, est-ce qu'il vous reste encore un rêve à concrétiser, un but à atteindre?
La réponse est très simple : on ne travaille pas pour les récompenses. Si on fait ce métier-là, c'est pour d'autres motivations que celle de recevoir une médaille de temps en temps. Moi, je travaille pour dialoguer avec les autres, échanger avec les gens, pour leur parler du monde...

...Oui, vous dites pour "donner le premier rôle aux miens, aux gens de peu"...
...Exactement. Et c'est ce que je vais continuer à faire. Et il y a tellement à dire là-dedans, que j'en ai jusqu'à ma mort.

Votre confrère Sfar vient de sortir son film Gainsbourg (vie héroïque) et vous êtes vous-même un habitué du festival de Villerupt. Un passage derrière la caméra, c'est quelque chose que vous pourriez envisager?
C'est quelque chose que j'ai envisagé il y a quelques années, j'ai eu quelques opportunités, mais c'est un milieu tellement bordélique, avec tellement d'enjeux financiers... que j'ai beaucoup perdu de temps avec le cinéma; j'ai écrit pas mal de scénarios, mais les projets ont toujours été avortés pour manque de financements. Donc, j'ai laissé tomber.

Par contre, votre relation d'amour avec le festival de Villerupt continue...
Oui, je vais d'ailleurs faire, une nouvelle fois, l'affiche de la prochaine édition. Pour moi, c'est un vrai plaisir de faire les affiches du festival, vous imaginez bien, c'est chez moi! 

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