CYCLISME: «Andy ne fait jamais les calculs sans moi»
FRANK SCHLECK file vers ses trente ans et entame sa huitième saison professionnelle pour le compte de la même équipe. Pour lui aussi, la saison 2010 s'avère alléchante.
Au son de la voix de Frank, on comprend parfaitement que la veille, Andy, son jeune frère, nous ait affirmé que lui aussi pouvait remporter le Tour 2010. Posé, mais terriblement motivé, apaisé également, Frank Schleck semble prêt pour une nouvelle grande saison. / Entretien avec notre journaliste Denis Bastien
Hier à Majorque, une pluie fine frappait au carreau. Alors, le staff de l'équipe Saxo Bank a vite tranché. Quartier libre pour tout le monde. Les traces de la très longue sortie d'entraînement de la veille, avec les 200 kilomètres affichés au compteur, étaient dans toutes les jambes.
Que fait-on à Majorque lors d'un jour de repos?
Frank Schleck: On se repose justement, car on a bien bossé jusqu'ici. Nous avons bien fait de quitter le Luxembourg lorsqu'on a vu que le temps n'était pas au top. Mais ce vendredi, on va remettre ça. Cinq heures de prévues. Samedi, ce sera trois heures et dimanche, la première course.
Vous êtes pressé de prendre le départ, dimanche, du Challenge de Majorque?
Oui et non. D'un côté, j'ai peur d'être un peu juste pour reprendre la compétition. Car on n'a quand même pas été gâtés, à chaque fois, entre les stages, lorsque nous sommes revenus au Luxembourg. Heureusement qu'à Fuerteventura, nous avons fait un très bon entraînement. Mais bien sûr, on sait que la nouvelle saison commence et c'est toujours une petite excitation supplémentaire. Alors forcément, le doute s'installe un peu. On se dit : est-ce que je vais marcher? Est-ce que je ne vais pas marcher? Mais je sais qu'il n'y a pas de raison que cela ne se passe pas bien. À Majorque, je ne vais pas courir pour la gagne. Même si en cyclisme, on ne sait jamais. On verra...
Hier, Andy, votre frère, nous indiquait qu'il vous trouvait changé. Vous confirmez?
Encore une fois, oui et non. C'est vrai qu'il y a des nouveautés (rires). Martine et moi sommes impatients de voir la petite naître. Tout cela donne de la motivation, c'est sûr. Et puis, pour en revenir à l'aspect sportif, l'an passé, j'avais dû interrompre ma saison en septembre pour me faire opérer du genou. J'ai dû couper très tôt, alors là, je suis très motivé. J'ai hâte que ça commence pour voir où je me situe.
À l'entraînement, comment sont vos sensations?
À vrai dire, je n'ai pas beaucoup changé mon entraînement. Mais comme l'hiver a été difficile, on a dû s'adapter. Et j'ai plutôt mieux travaillé. On verra si je suis capable de faire les mêmes résultats que l'an passé. Mais encore une fois, il n'y a pas de raison pour qu'il en soit autrement.
Andy, toujours, nous indiquait qu'il vous voyait même capable de remporter le Tour 2010. Vous réagissez comment?
Andy a terminé deuxième du Tour et fort logiquement, il est très sollicité. J'aime d'autant plus Andy qu'il ne fait jamais les calculs sans moi. Et moi, je suis aussi de son avis, je me sens capable de faire mieux que l'an passé où nous étions, sur le Tour comme sur les grandes courses, devant. Toujours ensemble, devant... Pour 2010, je me dis donc : pourquoi pas le podium? Et si je vise le podium, pourquoi ne pas le gagner? Évidemment, je serai très content si Andy se retrouve, lui, en position de le gagner. Et avec nous, c'est vice versa. Tous les deux, nous avons de belles possibilités. Bien sûr, en cyclisme, il faut compter sur la chance et a contrario, sur la malchance. De toute façon, moi et Andy ferons le maximum.
Vous êtes passés professionnels en 2003. Cela commence à dater...
Oui, il s'agira de ma huitième saison professionnelle. Depuis un moment déjà, je n'ai pas peur de prendre mes responsabilités. J'ai évolué. Je pense que je vois assez bien la course. Dans ce métier, tous les ans, on apprend. Ça aide toujours. Si je regarde derrière moi, je me rends compte que j'ai vécu pas mal de choses. Cette expérience m'est profitable.
L'an passé, par exemple, vous avez appris quoi?
J'ai beaucoup appris en 2009. Notamment de Lance Armstrong qui, tactiquement, court vraiment très bien. J'ai aussi appris d'Alberto Contador qui court un peu différemment et n'est pas infaillible. Mais ce que j'ai bien appris, c'est qu'il vaut mieux avoir des amis que des ennemis dans le peloton. Nous sommes certes des concurrents, mais il est bon d'être respecté. De ce point de vue, j'ai aussi appris d'Andy, qui sait toujours rester calme en course. En le regardant agir, j'ai compris que si on reste tranquille, on ne peut faire que le maximum en course...
Cette saison 2010, vous la voyez comment, pour vous et votre équipe?
Personnellement, je suis assez impatient, car je suis très motivé. J'ai par exemple hâte de savoir où je me situe, pour savoir s'il faut que je bosse tel ou tel aspect ces prochaines semaines à l'entraînement. Ces signes m'indiquent qu'il me tarde d'en savoir plus, de progresser donc. Du point de vue collectif, je ne m'en fais pas. On l'a dit et redit, mais j'ai la nette impression que nous sommes encore plus forts. Je donne deux noms: Matti Breschel et Jakob Fuglsang. Matti sera super dans les classiques flandriennes et Jakob sera là à nos côtés dans les Ardennaises. Ce sera une autre possibilité pour nous.
De nouvelles équipes ont été créées. Le marché des transferts a été agité. Pensez-vous qu'on va assister à une sorte de redistribution des cartes?
Vous savez, tous les ans, avant de débuter la saison, nous en sommes là. C'est vrai qu'Astana a été remaniée. C'est vrai que RadioShack et Sky ont été montées. Mais l'an passé, c'était à Cervelo de se lancer dans le circuit. Mais ça continue. Il y avait des coureurs avant nous. Il y aura des coureurs après nous. Je me souviens, lorsque Fabian (Cancellara) a remporté Paris-Roubaix, puis lorsque j'ai remporté l'Amstel Gold Race, on a parlé de nouvelle génération. Avec Andy, deuxième du Giro puis du Tour, on a parlé encore de nouvelle génération. Chaque année il y a des nouveaux qui viennent et il y en aura toujours...
Vous-même, vous êtes fidèle à la même équipe depuis vos débuts. Cela fait donc déjà huit ans...
Oui et je suis vraiment très content. J'ai pu grandir dans cette formation, progresser tranquillement, dans la durée. Alors je serais content si ça continuait encore, au-delà de cette saison 2010 (NDLR : après l'arrêt annoncé de Saxo Bank, Bjarne Riis doit retrouver un nouveau sponsor). J'espère que ça se fera. Ce qui est sûr, c'est qu'Andy et moi, allons toujours rester ensemble. Pour l'instant, on ne fait que du vélo et cela ne doit pas nous contrarier. Ce n'est pas le cas, car on sait qu'on sera toujours sur un vélo en 2011. On en rediscutera après le Tour, puisque notre contrat s'arrête également après le Tour.
Vous vous souhaitez quoi pour 2010?
J'aimerais refaire une saison comme je l'ai faite l'an passé. Depuis 2005, je n'ai cessé de faire de bons résultats. Mais cette fois, j'aimerais tant réussir à remporter Liège-Bastogne-Liège. L'arrivée de notre bébé est prévue dix jours après... Et puis, évidemment, ce serait bien de remporter le Tour ou de terminer sur le podium. Cinquième à Paris, je n'étais qu'à quarante secondes l'an passé. Quarante secondes, c'est le coup de bordure de la Grande Motte ou le retard dans le chrono par équipes. Bon, il faut être aussi réaliste. N'oublions que de nouveaux coureurs se révèleront et que Lance Armstrong et Alberto Contador seront là.
Plus proche de nous, ce Paris-Nice pourrait vous convenir...
Oui, entre Paris-Nice et moi, c'est une longue histoire. J'ai multiplié les places d'honneur et j'ai donc terminé deuxième l'an passé. Cette course me plaît et je suis plutôt toujours bon sur cette épreuve. Ce sera pour moi la première occasion de faire le point. Mais attention, comme je tiens à être au maximum de ma forme pour Liège-Bastogne-Liège, il ne faudra pas que je monte trop vite en forme.
Je serai motivé sur Paris-Nice, mais je ne veux pas être au maximum. Bien sûr, je ferai partie des favoris.
Depuis le début de la saison, Laurent Didier, le petit nouveau, est venu enrichir les rangs de votre équipe. Son adaptation se passe-t-elle bien?
Très bien, il est apprécié par tous et, sur le vélo, il figure à l'entraînement parmi les meilleurs. Il est très motivé et a déjà beaucoup travaillé. Cela va bien se passer pour lui.




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