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INTERVIEW DU LUNDI: «Belval, cinéma tout public»

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Ce n'est pas tous les jours que sept nouvelles salles de cinéma ouvrent leurs portes. À quelques jours des premières projections à Belval, Raymond Massard, le directeur général de Caramba SARL et, à ce titre, expoitant du CineBelval, a présenté son nouveau vaisseau amiral. Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

Ce n'est pas tous les jours que sept nouvelles salles de cinéma ouvrent leurs portes. À quelques jours des premières projections à Belval, Raymond Massard, le directeur général de Caramba SARL et, à ce titre, expoitant du CineBelval, a présenté son nouveau vaisseau amiral.

Entretien avec notre journaliste Pablo Chimienti

L'ouverture de votre nouveau cinéma à Belval, après quelques retards, est enfin imminente. Pouvez-vous enfin nous dire la date exacte d'ouverture? Et à quoi sont dus ces retards?
Raymond Massard:
La date d'ouverture officielle est ce jeudi 18 décembre. Ce sera une soirée sur invitation où on va projeter 7 films, un par salle, et organiser une petite réception. Dès le lendemain, le vendredi 19, il y aura l'ouverture pour le public, avec le lancement de la programmation normale. Les retards sont dus au fait que les installations techniques du cinéma sont beaucoup plus complexes que celles de toutes les autres cellules du complexe Belvalplaza où il se trouve. Ça a donc pris un peu plus de temps.

Et pour vendredi, vous avez déjà la programmation?
Oui, il y aura, pour les nouveautés, Australia, Transporter III, Les Enfants de Timpelbach et La Famille Suricate pour les tout-petits. Puis, pour les films déjà à l'affiche, Madagascar 2, Burn after Reading et Le Jour où la Terre s'arrêta.

CineBelval, ce sera 7 salles et une capacité de 1520 places...
1506.

... 1506 places. Vous avez vu grand! Ne craignez-vous pas que ce soit trop grand pour Esch?
Non. On est situés dans une zone de chalandise de 250000 personnes et on sait qu'une très grande partie du public qui va aujourd'hui à Luxembourg-Ville, provient de la région. De plus, il y a un public dans les zones limitrophes qui risque d'être intéressé par ce nouveau cinéma, donc, je pense que la capacité est tout à fait adaptée.

On imagine ce multiplexe à la pointe de la technologie. Qu'y a-t-il dans les couloirs, dans les salles et dans les cabines de projection?
Tout à fait. Dans le foyer tout l'affichage et toute l'information se feront à travers des écrans TFT. Il y en aura près de 60 écrans géants, une restauration rapide - qui ne sera ouverte qu'au mois de janvier - et les caisses multifonctionnelles où on pourra acheter indifféremment un ticket, du pop-corn ou les deux. On a également prévu un espace lounge où on pourra simplement s'assoir quelques minutes avant d'entrer dans la salle. La nouveauté, c'est qu'il n'y aura pas, dans le foyer, de contrôle des tickets. Ce contrôle se fera de manière automatique directement dans les fauteuils, qui sont pourvus de senseurs pour détecter la présence du spectateur et qui vérifient si un ticket a bien été vendu pour cette place-là. Car les tickets, qui peuvent aussi être achetés sur internet, seront numérotés. Un des intérêts de ce système est que le spectateur peut, depuis chez lui, choisir son film, son horaire, sa place... puis venir ici en étant sûr d'avoir sa place réservée, sans avoir à repasser par une caisse ou un distributeur. Les salles sont équipées de fauteuils surélevés avec repose-tête, placés à une distance de 130 cm par rapport à la rangée précédente. Ce qui fait pas mal de place pour tous les gabarits. De plus, avec le système de gradins, une visibilité optimale est assurée pour tous les sièges. Enfin, il y a aura quelques fauteuils «love-seats», c'est-à-dire des sièges doubles avec une assise commune et une séparation amovible, pour les amoureux ou les parents qui viennent avec leurs enfants. Toutes les salles sont équipées pour la projection numérique et quatre d'entre elles disposent même d'un double système de projection, ce qui veut dire qu'on peut encore montrer des pellicules. Il faut aussi préciser que la grande salle a un écran de 22 mètres de base. C'est, à ma connaissance, le plus grand de la région. Enfin, trois salles sont d'ores et déjà équipées pour les projections en 3D.

Tout cela a un coût. Combien a coûté ce nouveau cinéma? Et que représente-t-il au niveau de votre chiffre d'affaires? D'emplois?
L'investissement pour ce nouveau cinéma se situe à plus ou moins huit millions d'euros. Il faut préciser que la société qui exploite le CineBelval, c'est Caramba Sud SA et non Caramba SARL. Je n'ai pas le chiffre d'affaires en tête, mais nous tablons sur une fréquentation de 450000 à 500000 spectateurs par an. Mais le plan d'entreprise fonctionne très bien à partir de 300000. Donc, on a de la marge! Au niveau des emplois, il va y avoir, juste au CineBelval, 14 équivalents temps plein, ce qui représente, en tout une trentaine de personnes.

Que vont devenir désormais les «petites» salles du groupe Caramba et surtout l'Ariston et le Kinosch, qui sont géographiquement les plus proches du CineBelval?
Elles vont se retrouver avec une programmation différente visant un public plus cinéphile, tout en gardant des films familiaux et pour enfants. Sept salles pour le CineBelval, ce n'est pas excessif. On a tenu compte de ça pour pouvoir faire fonctionner également nos autres salles. Alors, ajouter les sept salles de CineBelval aux deux autres, pour une ville comme Esch, ça va. On a de quoi nourrir tout le monde. C'est sûr que si on était partis, à Belval, sur dix salles, là, on aurait été bloqués pour les petites salles. Que ce soit clair, le Paris, le Kursaal, l'Ariston et le Kinosch ne vont pas fermer, ni dans l'année, ni par la suite. CineBelval sera donc un cinéma tout public tandis les autres salles serviront pour aller voir des films pour lesquels on cherchera un peu plus d'intimité.

Cela implique aussi une probable chute de la fréquentation des autres salles.
Pas sûr. Vous savez, quand l'ancien complexe a ouvert à Luxembourg (NDLR: l'Utopolis), pendant les deux ou trois premiers mois, il y a eu un retour de vague assez significatif dans les petites salles. Mais, après, ces salles-là se sont développées d'une manière tout à fait exceptionnelle. Parce qu'il faut bien comprendre que les multiplexes attirent, à nouveau, les gens dans les cinémas. Mais tout le monde n'aime pas forcément ces grandes structures. Il y a donc des gens qui se sont rapidement retournés vers les petites salles. Je pense qu'avec cette ouverture, ça va être la même chose. On va attirer plus de monde. Certains vont retrouver ce plaisir d'aller au cinéma, mais tous ne seront pas à l'aise entre 1500 autres spectateurs et auront plus tendance d'aller dans les autres salles.

Cette ouverture va complètement redistribuer les cartes de l'exploitation cinéma au Grand-Duché, dominée depuis plus de 10 ans par Utopia SA. Quelle va donc être votre nouvelle politique cinématographique?
Au point de vue de la programmation, elle sera assez semblable à celle des autres exploitants. Après tout, les films porteurs sont les mêmes pour tout le monde! On va donc retrouver à l'affiche ici essentiellement les mêmes films qu'on peut voir dans tous les grands cinémas de la région. La façon dont nous voulons nous démarquer c'est en étant plus proches de nos clients. Parce qu'il faut comprendre que les capteurs dans les sièges, les cabines numériques et automatiques, etc... ce n'est pas pour faire de l'économie de personnel, mais pour avoir, justement, un personnel plus en contact direct avec la clientèle.

Cette ouverture ne va donc pas élargir le choix des films projetés au Luxembourg.
Si, à travers les autres salles. Qui seront désormais libres pour proposer d'autres films. Une autre nouveauté que nous allons proposer c'est que, pour toutes les grandes sorties, comme Australia, par exemple, nous allons proposer le film en trois versions : originale, française et allemande.

Vous attendez-vous à une augmentation de la fréquentation des salles luxembourgeoises ou juste à une nouvelle redistribution?
Il y aura une augmentation, sans aucun doute. C'est un phénomène international qu'on peut prouver statistiquement; plus les cinéma sont situés près des gens, plus les gens vont au cinéma. En fait, il n'y a pas plus de gens qui vont au cinéma, mais ceux qui y vont, y vont plus souvent! Mais c'est certain, une partie de notre public sera celle qui, aujourd'hui, va à Luxembourg, à Thionville ou à Longwy.

Est-ce que Caramba va désormais avoir une plus grande présence extérieure avec, par exemple, un magazine spécialisé...
Oui. D'ailleurs, c'est déjà fait. Le premier numéro, qu'on va distribuer à 100000 exemplaires sort de l'impression lundi (NDLR: aujourd'hui). Sinon, on a aussi prévu une carte pour le spectateur. Ce ne sera pas un pass mensuel, comme c'est le cas en France, mais une carte qui aura diverses fonctionnalités: carte de fidélité (avec une place de cinéma offerte après 10 places achetées), carte à points pour participer à des concours, carte de payement cinéma à précharger et carte d'accès à des avant-premières et d'autres événements.

En dehors de la VF, comment comptez-vous attirer le public frontalier?
Premièrement, il faut préciser qu'on va distribuer notre magazine au-delà de la frontière. Donc, les frontaliers seront informés de ce que nous faisons. Puis, à travers notre programmation qui donnera toute sa place au cinéma français et francophone. Rien que pour les deux premières semaines d'exploitation, il y aura Les Enfants de Timpelbach, Le Transporteur, De l'autre côté du lit et La Guerre des miss.

Revenant au Grand-Duché. Y a-t-il un lien entre l'exploitant de salle luxembourgeois que vous êtes et la production cinématographique luxembourgeoise?
Oui, bien sûr qu'il y a un lien. On a même une assez bonne relation. Il n'y a jamais eu aucun problème par rapport au fait qu'il y avait un exploitant plus gros et un plus petit. C'est une relation amicale qui se traduit par des séances de films et de courts métrages luxembourgeois, par des sorties simultanées à Esch et à Luxembourg des dernière grandes productions, comme Nuit d'Arabie, par la programmation d'Inthierryview, etc...

Mais Caramba ne compte pas, un jour, s'intéresser à la production.
Non. Nous ne ferons pas de production cinéma. Ce que nous allons faire c'est une petite production, mais uniquement pour du contenu interne. Comme je disais, on a 60 écrans dans le hall, il faut bien que quelqu'un les nourrisse. En plus, nous pouvons faire des productions pour des entreprises qui organiseront des événements chez nous. Car il faut bien être conscient que le grand écran de cinéma a des dimensions bien particulières qui n'ont rien à voir avec un ordinateur, on ne va donc pas projeter un document Power Point dessus. On va alors proposer de faire des choses directement au format cinéma, avec un son et un mouvement adaptés.

Une question un peu différente, ne regrettez-vous jamais la situation d'il y a vingt ans avec plein de cinémas indépendants et de magnifiques salles comme Le Marivaux?
Je ne regrette pas du tout cette époque mais, effectivement, il y avait de très belles salles comme l'Europe, le Marivaux, le Cité aussi avant qu'il soit transformé. Mais c'était plutôt il y a 40 ans. Il y a 20 ans les cinémas fermaient, tout le monde se désintéressait, les salles dépérissaient. C'est l'époque où on faisait quatre salles à partir d'une seule, mais des salles style boîte de chaussures. Il y a quarante ans, oui, là, c'était bien. Mais, d'un autre côté, aujourd'hui, on a la qualité et le confort en plus. Parce que le Marivaux, était très beau, mais avec mon gabarit je n'étais pas à l'aise. Et les personnes derrière moi non plus! C'est vrai que les salles étaient belles. D'ailleurs, on essaie de recréer un peu ces ambiances. Par exemple, la grande salle du CineBelval va avoir un grand rideau rouge devant l'écran qui va s'ouvrir juste avant le film, à l'ancienne. On va donc avoir un peu l'ambiance du Marivaux avec le confort du multiplexe en plus.

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