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Brésil : la nomination de Lula suspendue par un juge


Lula et la présidente Dilma Rousseff, ce 17 mars à Brasilia. (photo AFP)
Lula et la présidente Dilma Rousseff, ce 17 mars à Brasilia. (photo AFP)

À peine investi ministre clef de la présidente Dilma Rousseff, l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a vu sa nomination supendue par un juge, ce qui a encore aggravé la tension politique dans le pays en plein scandale de corruption.

La prise de fonctions de Lula « peut impliquer une intervention indue et condamnable dans l’exercice de l’activité de la police, du ministère public et du pouvoir judiciaire », souligne le juge dans son ordonnance, alors que l’ex-président Lula a été interrogé par un juge enquêtant sur le scandale de corruption autour du géant pétrolier étatique Petrobras.

Moins d’une heure avant, Lula était investi lors d’une cérémonie agitée où ses partisans scandaient « Il n’y aura pas de coup d’Etat » et alors qu’un député opposant hurlait « C’est une honte! » et s’est fait huer.

De quoi faire réagir la présidente de gauche, elle-même menacée d’une procédure de destitution, accusée par l’opposition d’avoir maquillé l’ampleur des déficits pour être réélue en 2014: « Les cris des putschistes ne vont pas me faire dévier de cap ni mettre à genoux notre peuple », a-t-elle proclamé, avant d’ajouter : « S’ils violent les prérogatives de la présidente que feront-ils avec celles des citoyens. C’est comme cela que commencent les coups d’Etat ».

Manifestations devant la présidence

Dilma Rousseff répondait aux manifestations d’hostilité de milliers de personnes qui ont débuté mercredi soir devant la présidence à Brasilia et dans plusieurs villes du pays et qui se poursuivaient jeudi, après les révélations d’une écoute judiciaire.

La présidente a fustigé aussi la publication mercredi soir de cet enregistrement d’une conversation téléphonique entre elle et Lula, suggérant que l’ex-président, soupçonné de corruption, a été nommé ministre pour lui éviter un placement en détention par le juge Sergio Moro chargé de l’enquête sur le scandale de pots-de-vin autour de Petrobras.

Dilma Rousseff y informe son prédécesseur (2003-2010) et mentor politique qu’elle va lui faire parvenir rapidement son décret de nomination. « Ne t’en sers qu’en cas de nécessité », lui dit-elle.

Cet extrait a été largement interprété comme la confirmation que l’un des objectifs de la nomination de Lula au gouvernement était de le protéger contre un éventuel placement en détention imminent dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.

Attendu comme le messie

Dans cette affaire à rebondissements, les autorités judiciaires suisses ont annoncé jeudi avoir bloqué en Suisse 800 millions de dollars (706 millions d’euros), soit le double de ce qui avait été précédemment annoncé.

Attendu comme le messie par un gouvernement qui tangue dangereusement, Lula prenait ses fonctions quelques heures seulement avant l’installation par la Chambre des députés, à partir de 17 heures (heure locale), de la commission spéciale qui doit décidé si l’ouverture d’une procédure de destitution de la chef de l’Etat, soupçonnée de maquillage des comptes publics, se justifie.

Dimanche dernier, plus de trois millions de personnes avaient exigé le départ de la présidente de gauche dans les rues du pays.

Le Quotidien / AFP

Lula au gouvernement, une dernière cartouche… « mouillée »

La nomination de Lula était pourtant présentée par les analystes comme l’une des dernières cartouches restant à Mme Rousseff pour arriver à la fin de son second mandat (2014-2017), et éviter la procédure d’impeachment que l’opposition a lancée au Parlement. Mais cette cartouche se révèle de plus en plus « mouillée ».

Les partisans de Lula et du gouvernement cherchaient d’ailleurs à se mobiliser, à la veille d’une journée de manifestations convoquées par le Parti des Travailleurs (PT) au pouvoir, de la Centrale Unique des Travailleurs (CUT) et autres organisations sociales.

Dès les premières heures jeudi, militants et sympathisants de Lula, vêtus de rouge, s’étaient rassemblés devant le palais présidentiel du Planalto où la sécurité avait été renforcée dans l’attente de la cérémonie d’investiture de Lula, a constaté un photographe de l’AFP.

Quand Lula a quitté le pouvoir en 2010, le Brésil connaissait une croissance de 7,5% mais aujourd’hui, il est plongé dans la récession, le PIB a reculé de 3,8% en 2015, et le pays se bat contre ses vieux fantômes comme l’inflation élevée (près de 11%) et la hausse du chômage.

Signe de l’intensité de la crise politique et économique qui frappe le pays, la Bourse de Sao Paulo bondissait à plus de 6%, certains analyste comme André Leite, de TAG Investimentos, estimant que « le marché célèbre la fin de ce gouvernement ».

 

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