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Brexit : l’UE prête à « aider » Theresa May, mais pas à renégocier


Theresa May a survécu mercredi à un vote de défiance organisé par son parti, en majorité hostile à l'accord de divorce qu'elle a négocié avec l'UE. Mais une bonne partie de ses collègues a voté contre elle. (photo AFP)

Tout juste rescapée d’un vote de défiance, Theresa May va tenter d’obtenir jeudi à Bruxelles de nouvelles garanties sur l’accord de Brexit, face à des Européens prêts à « l’aider » à convaincre son parlement mais excluant de renégocier les termes du divorce.

La Première ministre britannique s’exprimera dans l’après-midi devant ses homologues des pays de l’Union, réunis pour un sommet de deux jours. Les 27 se concerteront ensuite sans elle, dans la soirée, pour évaluer « ce qu’ils peuvent lui offrir », a expliqué un responsable européen. « Je vais rencontrer la Première ministre Theresa May pour des discussions de dernière minute », avant la réunion à 28, a annoncé jeudi le maître de cérémonie du sommet, Donald Tusk, sur son compte Twitter. Le président du Conseil européen a assuré que les dirigeants des pays de l’UE voulaient « aider » Theresa May, mais sans bien savoir comment.

« La marge est extrêmement étroite, ce sera un exercice de communication », a confié un haut diplomate d’un État membre. Selon des sources diplomatiques, les Européens travaillent à un texte à publier jeudi soir pour apaiser les inquiétudes liées au « backstop », cette solution imaginée dans l’accord de divorce pour éviter le retour d’une frontière physique entre les deux Irlande.

Pas tirée d’affaire

Et qui risque aux yeux de ses détracteurs d’arrimer indéfiniment le Royaume-Uni à l’UE. Theresa May a survécu mercredi à un vote de défiance organisé par son parti, en majorité hostile à l’accord de divorce qu’elle a négocié avec l’UE. Mais une bonne partie de ses collègues (plus d’un tiers) a voté contre elle, laissant présager des difficultés persistantes avec son parlement où un vote va être organisé sur l’accord de retrait en janvier, avant le 21.

« Elle a été et est un partenaire de négociation fiable. Maintenant il est important de se concentrer sur un retrait ordonné », a tweeté Gernot Blümel, ministre des Affaires européennes autrichien, dont le pays tient la présidence tournante de l’UE, en adressant ses félicitations à Theresa May après le vote. Les « Brexiters » conservateurs, comme leurs alliés nord-irlandais du petit parti unioniste DUP, contestent en particulier le « backstop ».

Ce « filet de sécurité » prévoit de créer un « territoire douanier unique » englobant l’UE et le Royaume-Uni après la transition post-Brexit, afin d’éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord, qui mettrait en péril les accords de paix sur l’île. Il ne s’appliquerait que si les négociations à venir sur les futures relations commerciales entre Londres et les 27 ne permettaient pas de garantir l’absence de frontière « dure » entre les deux Irlande.

Mais les « Brexiters » craignent un arrimage permanent du Royaume-Uni à l’UE. C’est pour les rassurer que Theresa May – qui doit rencontrer son homologue irlandais Leo Varadkar jeudi en tête à tête à Bruxelles avant le sommet – espère obtenir une garantie que ce « backstop » ne pourra être que temporaire. Les dirigeants de l’UE, à Bruxelles comme dans les États membres, l’ont toutefois répété sur tous les tons : il n’est pas question de renégocier l’accord de divorce qui a nécessité 17 mois de tractations pour organiser le départ britannique, programmé le 29 mars 2019.

« Peut-être plus en janvier »

« Il ne faut pas attendre que nous sortions avec de quelconques changements » du sommet, a encore prévenu mercredi la chancelière allemande Angela Merkel. Même son de cloche du côté du chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui a tout de même jugé qu’il y avait « une certaine marge de manœuvre pour se rapprocher les uns des autres ». Selon un projet de texte qui circulait jeudi matin, les 27 seraient prêts à écrire dans les conclusions du sommet que le « backstop » ne « serait mis en place que pour une courte période et seulement pour le strict temps nécessaire ». « Il y a le mot temporaire », mais « rien de tout cela n’est nouveau. Il n’y a pas de date pour la fin du backstop », a commenté une source diplomatique.

Les 27 pourraient aussi « examiner si de nouvelles assurances peuvent être fournies » ultérieurement, avec une valeur « juridiquement contraignante », toujours sans dénaturer l’accord de retrait. « On donne quelque chose à May aujourd’hui et en janvier peut-être plus », a expliqué cette même source pour décrire cette stratégie en deux temps.

Si le Brexit va une nouvelle fois susciter toute l’attention lors du sommet à Bruxelles, les chefs d’État ou de gouvernement débattront aussi d’autres sujets importants, dont certains toujours conflictuels comme les migrations. Ils ont également prévu de faire un point sur les négociations du budget post-Brexit de l’UE pour 2021-2027, au coeur d’un intense bras de fer entre capitales européennes. Et ils devraient reconduire des sanctions contre la Russie pour l’annexion de la Crimée. Vendredi, au deuxième jour du sommet, les dirigeants européens devraient approuver des réformes pour la zone euro, destinées à mieux protéger l’Union monétaire des crises à venir.

LQ/AFP

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