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Félicité par Trump, Erdogan rejette les critiques sur le référendum


Avec sa victoire, Recep Tayyip Erdogan, qui a échappé à une tentative de putsch le 15 juillet, pourrait en théorie rester à la tête de l'Etat jusqu'en 2029. (photo AFP)

Félicité par Donald Trump, le président turc Recep Tayyip Erdogan a célébré sa victoire au référendum sur l’hyper-présidentialisation du régime avec des milliers de partisans, dans son palais à Ankara, et tancé les observateurs étrangers qui ont mis en doute sa victoire.

Si globalement l’Europe a fait la fine bouche devant sa victoire d’une courte tête, une mission commune d’observateurs de l’OSCE et du Conseil de l’Europe ayant même estimé que le scrutin n’avait pas été « à la hauteur des critères » européens, le président américain a lui pris son téléphone pour féliciter personnellement son homologue.

Donald Trump « a parlé aujourd’hui avec le président turc Recep Tayyip Erdogan pour le féliciter de sa récente victoire au référendum », a ainsi précisé la Maison Blanche dans un communiqué lundi soir, en précisant que les deux hommes avaient également abordé le dossier syrien.

Coutumier des tensions avec les Européens, M. Erdogan a en tout cas rejeté par avance tout rapport critique qui pourrait venir de leur part: « Nous ne voyons et nous ne tenons pas compte de tout rapport que vous pourriez préparer », a-t-il lancé à ses supporters.

Le chef de la diplomatie turque a de son côté jugé les conclusions des observateurs « biaisées » et « inacceptables ».

Les deux principaux partis d’opposition, le CHP (social-démocrate) et le HDP (prokurde), sont eux allés plus loin que les Européens dans leurs critiques, dénonçant des « manipulations » pendant le scrutin. Et ils ont annoncé leur intention de demander le recomptage des voix.

« Contre le fascisme »

En cause, la décision du Haut-Conseil électoral (YSK) de considérer comme valides les bulletins non marqués du sceau officiel des autorités électorales. L’opposition y a vu une manoeuvre rendant possibles des fraudes.

« Des modifications tardives dans la procédure de comptage (des voix) ont supprimé un important garde-fou » contre les fraudes, a confirmé le rapport des observateurs européens.

M. Erdogan a aussi adopté un ton ferme à l’égard de l’Union européenne, évoquant l’organisation d’un référendum pour décider de poursuivre ou non les négociations d’adhésion de la Turquie.

« Ils nous font attendre à la porte de l’Union européenne depuis 54 ans, n’est-ce pas ? (…) Nous pourrons aller au-devant de notre peuple, et nous obéirons à sa décision », a lancé M. Erdogan, sans avancer de date pour une éventuelle initiative de ce type.

La veille il avait déjà lancé l’idée d’un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Paris a averti lundi qu’une telle mesure provoquerait une « rupture » avec l’Europe.

« L’Union européenne menace de geler les négociations. A vrai dire, ce n’est pas très important pour nous. Qu’ils nous communiquent leur décision! », a ajouté M. Erdogan.

Les relations entre Ankara et l’UE se sont fortement tendues ces derniers mois, le président turc accusant même certains dirigeants européens d’avoir eu recours à des « pratiques nazies » en décidant d’annuler des meetings pro-Erdogan, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas.

Avant son discours au palais, M. Erdogan s’était offert une parade triomphale dans les rues de la capitale, à son retour d’Istanbul.

Accueilli par une foule de partisans devant l’aéroport Esenboga, M. Erdogan s’est dirigé en cortège vers le palais présidentiel, sous les vivats de supporters massés le long des routes.

Mais à Istanbul, au moins 2.000 personnes sont descendues dans les rues lundi soir pour contester le résultat du référendum, sous un slogan clair: « côte-à-côte contre le fascisme ».

« Ligne très dure »

Avec sa victoire, M. Erdogan, qui a échappé à une tentative de putsch le 15 juillet, pourrait en théorie rester à la tête de l’Etat jusqu’en 2029. Il a occupé le poste de chef du gouvernement entre 2003 et 2014, avant d’être élu président.

Faisant fi des contestations de l’opposition, le parti au pouvoir (AKP) a d’ores et déjà annoncé qu’il proposerait fin avril à M. Erdogan de retrouver sa place dans ses rangs, appliquant ainsi le premier point d’une réforme –il ne pouvait jusqu’alors pas rejoindre un parti– dont la plupart des volets entreront en vigueur après les élections présidentielle et législatives de 2019.

Dans la soirée, le Conseil national de sécurité turc a approuvé la prolongation de l’état d’urgence, pour la troisième fois depuis son entrée en vigueur après le putsch avorté de juillet.

« Je ne pense pas qu’Erdogan va s’écarter de l’approche musclée de la politique qu’il a adoptée jusqu’à présent », estime Fadi Hakura, du centre de réflexion londonien Chatham House. « Il risque de mettre les bouchées doubles sur sa ligne très dure ».

Mais pour Murat Yetkin, rédacteur en chef du quotidien anglophone Hurriyet Daily News, « cette victoire étriquée ne l’autorisera pas à agir aussi librement qu’il le pourrait avec une marge plus importante ».

Le Quotidien / AFP

Un commentaire

  1. Trump a encore perdu une occasion de se taire au liieu de dire une sottise. Féliciter un nouveau dictateur, ce n’est pas brillant.

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