Tunisie: la «larme» de Jean-Claude Juncker
En visite en Tunisie début décembre, Jean-Claude Juncker avait loué un "pays en marche". Il ne croyait pas si bien dire. (Photo: archives lq/Alain Rischard)
En visite en Tunisie début décembre, Jean-Claude Juncker avait loué un "pays en marche". Il ne croyait pas si bien dire.
Je suis dans un état second en quittant la Tunisie (...) J'ai une larme au coin de l'œil.» Cette déclaration émue de Jean-Claude Juncker ne s'adressait pas au peuple tunisien qui a chassé, vendredi, le président Ben Ali du pouvoir, mais à des journalistes tunisiens - forcément triés sur le volet - le 1er décembre lors de son passage à Tunis.
Arrivé la veille dans ce pays du Maghreb pour une visite de deux jours, le Premier ministre luxembourgeois avait surtout discuté de coopération économique entre le Grand-Duché et la Tunisie. Le site tunisien d'informations en ligne tunisia-today.com avait notamment rapporté ce constat du Premier ministre luxembourgeois: «La Tunisie est un pays en marche (...) et nous pouvons faire de belles choses ensemble.»
Les Tunisiens ont en effet beaucoup marché ces dernières semaines, mais pas précisément en direction de ceux avec qui Juncker disait alors avoir eu des entretiens «très riches» : le président Ben Ali et son gouvernement.
«Développement, progrès et modernité»
L'on comprend mieux pourquoi le Grand-Duché, comme les autres pays européens, s'est montré aussi timoré face à la répression sanglante des manifestations des dernières semaines par le régime Ben Ali. Il a en effet fallu attendre samedi pour voir Jean Asselborn dire, dans une interview, le «respect» qu'il ressent pour les manifestants tunisiens.
Cela dit, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères a également semblé avoir eu beaucoup de «respect» pour la Tunisie de Ben Ali. En atteste une dépêche de l'agence de presse officielle tunisienne TAP, datée du 25 avril 2009.
Lors d'une visite à Tunis, Jean Asselborn avait alors affirmé que le Luxembourg et la Tunisie «partagent de nombreux principes». Lesquels? L'agence TAP ne le précisait pas, mais prêtait cette autre déclaration, tout en nuance, à Jean Asselborn: «L'engagement du président Ben Ali, qui a fait le choix d'ancrer la Tunisie à l'UE, est plus qu'un choix politique, c'est un choix de société visant à réaliser davantage de développement, de progrès et de modernité.» Une modernité dont Ben Ali a été soudainement exclu vendredi.
Les positions modérées de Ben Ali
Mais à l'époque nul ne pouvait le prévoir et mieux valait se montrer bienveillant avec les dirigeants d'un pays offrant d'excellentes opportunités d'affaires. Ainsi donc, le chef de la diplomatie luxembourgeoise avait encore exprimé «la considération de son pays pour les positions modérées et le rôle constructif qu'assure la Tunisie sous la conduite du président Ben Ali au service de la paix et du développement dans le monde». Et, cerise sur le gâteau, le ministre luxembourgeois avait, toujours selon TAP, «salué les grands progrès réalisés par la Tunisie notamment au niveau (...) de la répartition des richesses».
Pour rappel, c'est l'absence de perspectives économiques et l'accaparement des richesses par la classe dirigeante tunisienne qui ont mené à la «révolution du jasmin». En décembre, Jean-Claude Juncker s'était tout de même ménagé une porte de sortie, assurant vouloir «travailler avec ceux qui veulent avancer et ont le sens de la conquête de l'avenir». Mieux valait ne pas insulter... l'avenir. Cela permet désormais de travailler avec le nouveau gouvernement.
Fabien Grasser
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