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«C'est ma réalité et je l'ai acceptée»

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À l'horizon de son 30e anniversaire, le Grand-Duc héritier s'est confié aux journalistes en passant en revue sa jeunesse, ses années d'études, l'actualité luxembourgeoise et les défis de la monarchie.

 


De notre journaliste Christiane Kleer
 
Monseigneur, vous allez avoir 30 ans dans quelques jours. Comment allez-vous fêter cet événement?
J'ai invité quelques amis à fêter mon anniversaire, ici au Luxembourg. J'en profite aussi pour montrer le pays à ceux qui ne le connaissent pas encore. On fera une petite soirée décontractée dans un cadre intime.
Vous parlez d'une fête décontractée... mais vous n'avez pourtant pas les mêmes libertés que d'autres jeunes de votre âge.
Oui, mais c'est ma réalité et je l'ai acceptée. Et il faut dire que c'est une chance de vivre au Luxembourg où je peux, par exemple, aller au cinéma sans problème. Et puis, je me rends souvent à l'étranger où j'ai également la possibilité de vivre pleinement ma vie privée.
Avez-vous l'impression d'avoir pu vivre une jeunesse "normale"?
Heureusement oui. Mes parents m'ont énormément préservé quand j'étais jeune. J'ai fait mon école primaire à Lorentzweiler où j'étais un enfant comme les autres. Mais il est vrai que j'ai eu un peu plus de soucis quand je suis arrivé au lycée à Luxembourg. J'y ai remarqué, tout de suite, que mes camarades me traitaient différemment. C'était très dur pour moi, surtout au début. Après la quatrième, je suis parti à l'étranger. C'est là que j'ai pu pleinement profiter des années de "teenager".
Est-ce que c'est plus facile ou plus difficile, quand on est prince, de rencontrer quelqu'un?
C'est plus facile et plus difficile. Vous pouvez imaginer qu'il faut vraiment faire la part des choses. Il faut être très au clair avec ce qu'on recherche et s'assurer que la personne en face de vous est vraiment là pour ce que vous êtes et non pas pour ce que vous représentez. Mais je pense sérieusement à fonder une famille. J'ai eu la chance de grandir avec de nombreux frères et sœur et c'est une chose que j'aimerais aussi pouvoir donner à mes enfants.
Comment vous préparez-vous à votre future fonction de Grand-Duc?
J'ai grandi tout en sachant qu'un jour, j'allais devenir Grand-Duc. L'éducation que mes parents m'ont donnée était basée sur ce fait. Aujourd'hui, mon rôle de Prince héritier m'aide à me préparer à ma future fonction. Au Conseil d'État, je me familiarise avec le volet législatif de notre pays. Et les missions économiques me permettent de comprendre quel regard l'étranger porte sur le Luxembourg. Enfin, j'ai commencé à m'intéresser au business social et aux préoccupations des jeunes, ce qui me permet aussi de me préparer à l'avenir.
Comment interprétez-vous votre rôle dans les missions économiques?
Mon rôle est de faciliter le contact avec les entreprises étrangères. Le ministre dirige les négociations, moi j'ouvre les portes. Cela vaut surtout pour les États du Golfe, où ma présence est beaucoup appréciée, ce qui aide beaucoup les entreprises luxembourgeoises.
Quelle est, à votre avis, la perception du Luxembourg dans les pays où vous vous rendez pour vos missions économiques?
On connaît le Luxembourg, mais seulement du point de vue des finances. Mais le Grand-Duché est aussi un pays qui développe son industrie, notamment dans le domaine des technologies de l'information et de la logistique. Je pense que de ce point de vue, les connaissances ne sont pas encore assez complètes à l'étranger, d'où la nécessité d'y retourner régulièrement.
Ne jouez-vous pas aussi un rôle politique dans le cadre des missions économiques ainsi qu'au Conseil d'État?
Je ne pense pas. Le Conseil d'État est un organe consultatif, donc évidemment il joue un rôle clé, mais pour moi ma fonction de conseiller est avant tout une école. Dans le cadre des missions économiques, je reste en dehors de la politique. Je suis là pour promouvoir les entreprises luxembourgeoises et non pas pour suivre une politique ou une autre.
Quels sont les souvenirs les plus marquants que vous gardez de vos nombreux voyages à l'étranger?
Je garde un très bon souvenir de mon séjour au Népal avec les scouts. C'était mon premier contact avec la misère qui existe malheureusement sur cette terre. Ce séjour m'a beaucoup touché. J'y ai appris une leçon pour la vie.
À quoi ressemble une journée typique dans la vie d'un Grand-Duc héritier?
Un journée typique, c'est compliqué... Je parlerais plutôt d'une semaine typique, car j'ai un programme très chargé. Le lundi, nous faisons l'agenda de la semaine avec mes parents. Et quand leur semaine est trop chargée, ils me délèguent les rendez-vous qui m'intéressent. Le reste de la semaine, je travaille ici au Palais. Je prépare mes voyages et les réunions du Conseil d'État.
Votre agenda est donc bien rempli. Vous reste-t-il du temps pour vos hobbies?
Oui. J'essaie de jouer au tennis deux fois par semaine, mais j'avoue que ces trois dernières semaines, je n'ai pas réussi à garder ce rythme. Le soir, j'aime bien aller au cinéma, inviter des amis pour manger ou jouer de la guitare. Le weekend, j'en profite pour voir mes amis, soit ici au Luxembourg, soit à l'étranger. J'aime beaucoup voyager, de préférence en Europe. J'aime bien des villes comme Bruxelles ou Genève.
Que répondez-vous aux personnes qui vous reprochent d'avoir une vie facile?
Je les invite à venir voir (rires). On ne le croirait peut-être pas de l'extérieur mais le Palais est une minienterprise. Représenter au mieux le Luxembourg est un vrai travail. Il demande beaucoup de préparation, le rythme est très exigeant et les journées chargées. Nous sommes loin des 40 heures en tout cas.
Comment décririez-vous votre caractère? Quelles sont vos forces et vos faiblesses?
On dirait un entretien d'embauche… (rires) Alors commençons par mes forces: j'ai beaucoup de facilités pour aborder les gens, je pense que j'ai hérité cette qualité de ma mère. Mes faiblesses… (il réfléchit) chacun a des domaines dans lesquels il veut s'améliorer. Moi j'essaie de me cultiver toujours plus, de pratiquer la lecture, mais je dois avouer que parfois je suis un peu trop négligent dans ce domaine.
Si vous n'aviez pas été prédestiné pour être Grand-Duc, quel métier auriez-vous choisi?
J'ai fait des études de sciences politiques, ce qui englobe de nombreuses disciplines. J'ai beaucoup apprécié les cours d'histoire, d'économie et de philosophie. Et je pense que le cas échéant, j'aurais approfondi l'économie et la philosophie pour trouver un travail dans un des deux domaines. J'aurais peut-être créé ma propre entreprise.
Quels sont vos grands projets pour les années à venir?
J'ai envie de motiver les jeunes à s'engager. À oser fonder une entreprise, par exemple, ou à s'engager dans le domaine social. Il existe de nombreuses associations de jeunes très dynamiques et c'est un domaine que j'aimerais soutenir.
Si vous deviez devenir Grand-Duc demain, est-ce que vous seriez déjà prêt à le faire?
Non, je pense qu'il me faudra encore plusieurs années d'apprentissage dans le domaine de la connaissance surtout. Mon père est un homme qui a une connaissance extraordinaire, grâce à son expérience. Et je crois que c'est ce qui me manque et ce que seul le temps peut vraiment résoudre.
Comment voyez-vous votre rôle en tant que futur Grand-Duc?
Le rôle de Grand-Duc est encastré dans la continuité et la tradition. Mais en même temps, je pense que je ne suis pas comme mon père, et je ne ferai sans doute pas tout comme lui. C'est une question de caractère et de tempérament. J'ai une façon d'agir qui est différente de mon père. Mais je pense qu'en général, le plus important c'est que je reste moi-même.
Vous distinguez-vous de vos jeunes collègues européens dans votre façon d'aborder votre future fonction?
Quand je les vois, nous discutons beaucoup de l'avenir de la monarchie en Europe et je crois que nous sommes tous d'accord sur un fait: nous devons regarder en avant et respecter les attentes de nos peuples, sans oublier notre histoire.
Où situez-vous la monarchie de nos jours?
La place de la monarchie est en dehors de la politique. Le chef de l'État a un rôle d'arbitre et c'est une bonne chose. Or, montrer l'identité des Luxembourgeois à l'extérieur fait également partie de nos responsabilités. Nous devons jouer ce rôle avec beaucoup de dignité. Enfin, nous devons également assurer la continuité que la monarchie a connue jusqu'à ce jour au Grand-Duché, sans pour autant avoir peur de prendre des initiatives qui n'existaient pas avant. Les princes héritiers ont tous leurs propres engagements dans le social ou l'environnement, qui sont des domaines dont ne se mêlait pas la monarchie à l'époque. Personnellement, je m'intéresse au "social business" et j'ai un bon contact avec les jeunes. Et leur regard sur moi est respectueux et chaleureux. Donc je ne me fais pas trop de soucis.
En 2009, les pouvoirs du Grand-Duc ont été modifiés. Qu'en pensez-vous?
Pour commencer, je dirais que c'était quelque chose de souhaitable. Mon père voulait qu'on change la Constitution pour qu'il y ait un respect réel de la séparation des pouvoirs. Il y avait une immixtion de l'exécutif dans le législatif qui n'avait pas de raison d'être. Grâce à cette réforme, il y a plus de logique. Je remercie mon père réellement parce qu'il avait le droit d'avoir un conflit de conscience à l'époque. Une telle situation ne se représentera plus jamais grâce à sa décision.
Êtes vous croyant?
Oui, je crois en Dieu et je l'assume. Je vais régulièrement à la messe.
Comment expliquez-vous l'attachement de la communauté portugaise à la maison grand-ducale?
Nous avons aussi du sang portugais dans notre famille (rires). Je trouve que l'intégration des Portugais a vraiment très bien fonctionné. Ils se sentent Luxembourgeois, ils parlent la langue et ils apprécient notre famille. Nous en sommes très reconnaissants. 

 

Une interview hors du commun


L'occasion qui se présentait était précieuse pour les journalistes luxembourgeois. Les membres de la famille grand-ducale s'expriment rarement dans la presse nationale. Or, à l'occasion de son 30e anniversaire, le Grand-Duc héritier Guillaume a proposé lui-même de se prêter au jeu des questions. Le 26 octobre dernier, les journalistes de la presse écrite avaient rendez-vous au Palais grand-ducal pour réaliser une interview commune du futur souverain. La délégation y a été reçue par un Prince souriant et surtout très communicatif.
Pendant l'interview, réalisée dans la salle à manger du Palais, les journalistes présents ont pu poser leurs questions à tour de rôle. Les propos recueillis ci-contre ne sont donc pas exclusifs, mais donnent une impression complète de l'entretien, qui était sous embargo jusqu'à aujourd'hui.


Naissance et famille
Le Prince Guillaume est né le 11 novembre 1981 à la maternité Grande-Duchesse-Charlotte à Luxembourg. Il est le fils aîné du Grand-Duc Henri et de la Grande-Duchesse Maria-Teresa. Ses frères et sœur sont le Prince Félix (1984), le Prince Louis (1986), la Princesse Alexandra (1991) et le Prince Sébastien (1992).

Formation scolaire
Le Grand-Duc héritier a fait ses études primaires à l'école de Lorentzweiler, près de Mersch. Il a ensuite fréquenté le lycée Robert-Schuman jusqu'en quatrième avant de poursuivre ses études au collège Alpin Beausoleil en Suisse où il a obtenu le bac français en 2001. Après des études en politique internationale en Angleterre, le Prince a poursuivi son cursus dans ce domaine en France. En juin 2009, il a obtenu une licence avec mention en Lettres et Sciences politiques à Angers en France.

Armée
De septembre 2001 jusqu'en août 2002, il a suivi une formation d'officier à l'Académie royale militaire de Sandhurst en Grande-Bretagne. Assermenté en décembre 2002 comme officier de l'armée luxembourgeoise, le Prince porte actuellement le grade de major.

Fonctions officielles
Le 18 décembre 2000, le Prince Guillaume est nommé officiellement Grand-Duc héritier, fonction qu'il assume pleinement depuis son retour au Luxembourg en 2009. Depuis, il s'engage régulièrement dans les missions économiques du ministre Jeannot Krecké.
En tant que membre du Conseil d'État, depuis le 24 juin 2005, le Prince Guillaume assiste régulièrement aux séances plénières ainsi qu'aux différentes commissions.

Patronages
Le Grand-Duc héritier a accordé son Haut Patronage à la Fédération du sport cycliste luxembourgeois, à la Centrale des auberges de jeunesse, à l'Association nationale des victimes de la route et à l'Orchestre d'harmonie des jeunes de l'Union européenne.

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joseph kenneth malone sur 2011-11-25 21:53:15
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C'est bon de voir l'institution de monarchisme continuent partout le monde.
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