Voter à 16 ans: le débat continue
Cette jeune fille aura-t-elle le droit de voter à ses seize ans? Rien n'est moins sûr pour l'instant.
Les uns parlent d'un élargissement de la démocratie, les autres redoutent des problèmes juridiques : le débat sur l'abaissement du droit de vote à 16 ans semble se trouver dans une impasse.
De notre journaliste Christiane Kleer
Hier, le Parlement des jeunes a rencontré les membres de deux commissions parlementaires à ce sujet. Et même s'ils sont pour la proposition de loi d'Eugène Berger (DP), les jeunes ont dû reconnaître que la demande est quasiment inexistante.
Un jeune de seize ans est-il assez mûr pour faire des croix sur un bulletin de vote? Et pour commencer, est-il capable de se forger une opinion politique en toute indépendance? Telles sont les principales questions autour desquelles tourne le débat sur l'abaissement de l'âge de vote de dix-huit ans, actuellement, à seize ans. L'initiateur de ce débat est le député libéral Eugène Berger qui a déposé une proposition de loi dans ce sens en octobre 2010. En septembre dernier, le Conseil de gouvernement avait rejeté cette proposition. Et le Conseil d'État a également émis ses doutes.
Hier après-midi, les commissions de la famille et des institutions ont reçu une délégation du Parlement des jeunes (PJ) pour discuter l'affaire. Une réunion qui a montré que la probabilité que la proposition soit votée tend actuellement vers zéro. «Nous ne nous faisons pas trop d'illusions, a confié le président du PJ, Sammy Wagner, à l'issue de la réunion. Mais c'est une bonne chose que le débat soit lancé.»
L'envie de susciter l'intérêt des jeunes pour la politique, de leur permettre de s'exprimer et d'assurer la relève au sein des partis a poussé le Parlement des jeunes à voter une résolution en faveur de l'abaissement de l'âge légal du vote. Tout en sachant que la bataille s'annonçait difficile, non seulement parce que les grands partis n'ont jamais insisté pour faire avancer ce dossier, mais aussi parce que l'intérêt des lycéens est limité. Une réalité dure et pourtant pas infondée, dont les membres du PJ se sont rendu compte lors d'une tournée dans les lycées et les maisons de jeunes. «Les jeunes refusent une obligation de vote à partir de seize ans, parce qu'ils ne se sentent pas assez informés. Le droit de vote facultatif les intéresse plus, mais également à condition qu'ils soient mieux informés», explique Sammy Wagner, qui y voit «un grand signe de maturité» des jeunes.
Les droits civiques et politiques synchronisés?
Et sa proposition d'introduire des cours d'instruction civique pour les élèves de moins de seize ans, plaît même aux députés les plus sceptiques. «L'information politique commence trop tard dans nos écoles», avoue le président de la commission de la famille, Jean-Paul Schaaf. Mais pour le chrétien-social, l'abaissement de l'âge de vote ne serait pas une solution au problème. Au contraire. Selon lui, une telle loi serait à la base de nouveaux problèmes, d'ordre juridique cette fois. L'idée du CSV : les droits civiques des citoyens doivent aller la main dans main avec les droits politiques. Autrement dit : ce n'est que la majorité qui peut ouvrir la voie des urnes. Un argument que l'initiateur de la proposition de loi, Eugène Berger (DP), n'accepte pas. «Jusqu'en 1970, les femmes luxembourgeoises n'avaient pas le droit d'ouvrir un compte à leur nom, mais elles avaient déjà le droit de vote depuis 1919», lance-t-il, pour démontrer qu'il n'y a «jamais eu de synchronisation entre les droits civiques et politiques au Luxembourg».
Eugène Berger estime qu'un manque de volonté politique est à la source du refus des partis majoritaires et n'exclut pas que le CSV redoute un électorat plus jeune par crainte de perdre des voix. Chez les socialistes, le député Marc Angel trouve l'idée «personnellement, plutôt sympatique», mais ne veut pas prendre position pour l'ensemble de sa fraction, qui doit se réunir dans les semaines à venir pour discuter la proposition, tout comme le CSV d'ailleurs. Pour l'instant, seuls le DP, déi gréng et déi Lénk se sont ouvertement exprimés pour l'abaissement. Mais puisqu'il s'agit d'une modification de la loi électorale, une majorité simple ne suffira pas pour faire passer le texte, dont le vote est prévu pour janvier prochain.
L'Autriche donne l'exemple
Dans le cadre d'une réforme du système électoral, le Conseil national d'Autriche a décidé en 2007 d'abaisser l'âge électoral de 18 à 16 ans. Depuis, les jeunes Autrichiens peuvent donc participer à toute les élections dans leur pays, des communales à la présidentielle, en passant pas les législatives. Dans le même contexte, le droit de vote passif a été porté de 19 à 18 ans.
Avec le Brésil, le Nicaragua, l'Iran et Cuba, l'Autriche est le seul pays au monde où les jeunes peuvent voter à partir de 16 ans. Certains cantons suisses et länder allemands acceptent le vote des jeunes âgés de 16 ans lors des élections locales.
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