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Asselborn fait le tour du monde en 80 minutes


Selon Jean Asselborn, le bout du tunnel est encore loin dans les relations internationales. (photo Isabella Finzi)
Selon Jean Asselborn, le bout du tunnel est encore loin dans les relations internationales. (photo Isabella Finzi)

Le ministre des Affaires étrangères a dépeint un monde toujours plus dangereux, déchiré et désorienté, mardi, lors de sa traditionnelle déclaration annuelle au Parlement. Le chef de la diplomatie a fait un état des lieux des relations internationales et appelé au multilatéralisme sur de nombreux dossiers.

Le corps diplomatique accrédité au Luxembourg avait en grande partie répondu présent et pris place au balcon de la salle plénière de la Chambre des députés. Les différents ambassadeurs ont en effet suivi avec attention la déclaration du ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn, qui aura duré près d’une heure et demie et qu’il a conclue en citant une formule de l’ancien chancelier allemand Willy Brandt  : « La paix n’est pas tout, mais sans la paix, rien n’est possible .»

Car le tableau brossé par le ministre était forcément empreint de noirceur, au lendemain du sommet UE-Turquie sur la crise migratoire, une des nombreuses crises évoquées par le ministre. « Les 28 États membres ne sont pas sur la même ligne et la crise remet en question les acquis collectifs au sein de l’UE », a notamment déclaré le ministre à la tribune à ce sujet.

«Pas de solidarité à la carte dans l’UE!»

Jean Asseborn a en effet déploré le fait que les réflexes de solidarité au sein de l’UE ne soient plus automatiques. « L’Union européenne ne peut pas fonctionner sur la base d’une solidarité à la carte », s’est exclamé le ministre, mettant en avant les divergences accrues entre Nord et Sud, mais surtout entre pays d’Europe de l’Ouest et de l’Est.

Au niveau purement national, sur cette question, le ministre a également souligné que le Luxembourg accueillait sur son territoire, à l’heure actuelle, environ 3 000 réfugiés logés par le biais de l’Office luxembourgeois de l’accueil et de l’intégration (OLAI). « La capacité actuelle de logement est de 4 000 réfugiés », a encore tenu à faire savoir le ministre, avant d’enchaîner sur un autre dossier brûlant, à savoir la potentielle sortie du Royaume-Uni de l’UE.

À ce sujet, Jean Asselborn s’est montré confiant  : « Le compromis du Conseil européen n’est pas bon, mais pas catastrophique », a-t-il nuancé, tout en avançant que le compromis en question devrait néanmoins permettre au gouvernement britannique de convaincre ses citoyens de voter en faveur d’un maintien dans l’Union. Crise des réfugiés et menace d’un Brexit représentent un « cocktail explosif pour l’Europe », a encore déclaré le ministre qui a appelé à « montrer à ceux qui veulent profiter de la situation, que l’on croit en l’Europe ».

Au cours de son plaidoyer pro-européen, le ministre est également revenu sur la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE, dont il a tiré un bilan globalement positif. Dans ce cadre, Jean Asselborn a, entre autres, insisté sur la nécessaire mise en œuvre des décisions prises au niveau du Conseil de l’UE, et notamment celle de relocaliser 160  000 réfugiés depuis la Grèce et la Turquie. « L’Union doit mener une politique cohérente, solidaire et responsable », a-t-il estimé. Dans ce sens, Jean Asselborn a également jugé que  « les contrôles aux frontières intérieures ne pourront qu’être temporaires si l’on veut éviter des conséquences économiques graves pour le marché unique ».

Puis le ministre de s’attacher à aborder la politique de voisinage de l’UE, avec le dossier ukrainien, ou encore la politique d’élargissement de l’UE. Jean Asselborn s’est par exemple félicité du fait que la présidence luxembourgeoise ait pu ouvrir de nouveaux chapitres de négociation avec la Turquie, le Monténégro et la Serbie, sans occulter ses préoccupations quant aux récentes atteintes à la liberté de la presse en Turquie. Les autres points chauds du globe ont également été abordés, du Proche au Moyen Orient, en passant par le continent africain. En cas d’impasse dans le conflit israélo-palestinien, le ministre a par exemple évoqué la nécessité de réfléchir à la création d’un État palestinien. « Ce ne serait pas une faveur mais une contribution concrète à la paix », a-t-il estimé.

En attendant, le ministre est d’avis que « le monde est toujours plus dangereux, déchiré et désorienté ». Bref, le bout du tunnel est encore moins visible que lors de sa dernière déclaration au Parlement.

Frédéric Braun

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