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Carole Dieschbourg : « La COP22 sera celle de l’action »


Une étude sur le tourisme à la pompe doit être présentée en novembre par le gouvernement. Une augmentation des taxes sur les carburants n'est pas exclu.(Photo : Tania Feller)

Carole Dieschbourg va porter la voix du Luxembourg lors de la 22e conférence sur le climat, qui débute aujourd’hui à Marrakech. Après les belles paroles de la COP21, place aux actes.

Montrer les progrès accomplis et les plans nationaux pour lutter contre le réchauffement climatique : la COP22 sera celle de l’action, promet la ministre déi gréng de l’Environnement. Et le Luxembourg veut être exemplaire, notamment en «verdissant» sa place financière.

Voici un an, un accord « imparfait mais historique », selon vos termes, était obtenu à la COP21…

Carole Dieschbourg : Oui, pour la première fois, tous les pays participant à la conférence sont restés à la table des négociations, et ont accepté un accord contraignant et ambitieux. Car cet accord vise non seulement à contenir le réchauffement climatique en dessous des 2 °C, mais même à tendre vers une limitation à 1,5 °C. C’est un accord qui se donne les moyens de ses ambitions, en diminuant les émissions de gaz à effet de serre (GES), mais aussi en réduisant l’impact des changements climatiques, en rendant les flux financiers compatibles avec un développement durable, et en revoyant nos ambitions à la hausse de façon périodique.

Reste que les contraintes sont avant tout diplomatiques, il n’y a pas de fortes sanctions prévues…

Je crois qu’on a réussi à obtenir le cadre le plus contraignant possible. Par exemple, les contributions nationales ne sont pas contraignantes, mais chaque pays doit planifier ses efforts, et tous les cinq ans, les objectifs climatiques seront revus à la hausse. Cela pose tout de même un cadre exceptionnel.

Et les choses vont plus vite que prévu : l’UE a finalement ratifié l’accord avant 2017, bien qu’après la Chine et les États-Unis…

Effectivement, il a été difficile, durant la COP21, de convaincre les États-Unis et la Chine, parce qu’ils avaient posé des conditions, notamment sur le caractère contraignant de l’accord. Mais comme nous avons trouvé des solutions acceptables pour tous, ils ont tenu parole et ratifié l’accord début septembre.

L’Europe, de son côté, a montré une volonté politique forte, début octobre, grâce à une procédure de ratification accélérée. Car pour que l’accord soit ratifié, il faut qu’au moins 55 États représentant au moins 55 % des émissions totales de GES le ratifient. Or, fin septembre, l’UE ne l’avait toujours pas fait, alors qu’il y avait déjà une quarantaine d’États qui l’avaient ratifié, soit près de 49 % des émissions. Car pour ratifier un tel accord dans l’UE, il est de coutume que chaque pays suive une longue procédure. Mais il aurait été absurde d’arriver après tout le monde. L’UE voulait rester en tête de la course, car contrairement à d’autres pays, on a déjà des politiques climatiques mises en œuvre, on sait déjà ce qu’il faut faire pour atteindre nos objectifs. Donc l’UE a décidé d’une procédure accélérée et a ainsi contribué à ce que l’accord puisse entrer en vigueur avant la COP22. Je rappelle qu’il a fallu sept à huit ans pour que le protocole de Kyoto entre en vigueur. Là, l’UE sera à l’heure pour la COP22, un an à peine après la COP21. C’est quand même génial! Cela démontre que s’il y a volonté politique, l’Europe peut être à la pointe de ce combat.

Est-ce que cela va suffire à dépasser certaines divisions dans l’UE, entre les pays de l’Est qui restent dépendants des énergies fossiles, et d’autres pays plus vertueux, mais qui grimacent à l’idée de payer pour les autres?

Il faut accepter que chaque pays ait des caractéristiques différentes, et avancer ensemble. Il faut que l’Europe parle d’une même voix à la COP22. Que cela ne soit pas seulement la France, l’Allemagne ou la Suède qu’on entende, mais l’Union européenne, car unis, on jouera un rôle déterminant, comme à Paris.

La COP21 était présentée comme celle de la dernière chance. Et la COP22?

La COP22 sera celle de l’action. Il faudra démontrer les progrès accomplis. On passe à la mise en œuvre des plans nationaux : qui a fait quoi, où sont les bons exemples. On aura notamment une discussion sur l’agriculture et le climat, car le changement climatique met en danger la production alimentaire mondiale. On aura une journée consacrée aux océans. On aura une journée pour faire le lien entre les objectifs du développement durable et les droits de l’homme et l’égalité des chances. Ce sera un agenda moins technique et plus centré sur l’humain et l’action.

Bref, pousser les États à tenir leurs engagements, et à revoir à la hausse leurs ambitions?

C’est exactement cela. Et c’est démontrer qu’on est en train de travailler, et qu’on n’attendra pas des années pour le faire, car l’urgence est là. Et rappeler que les bénéfices pour tous sont énormes. Par exemple, en termes de qualité de l’air, de création de jobs liés à la lutte contre le réchauffement climatique, ou de la démocratisation de l’énergie.

Où en est le Grand-Duché dans ce combat? À commencer par la réduction des GES…

Le transport représente près de 70 % de nos émissions de GES. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on est sur la trajectoire voulue pour cette réduction (NDLR : le Luxembourg a l’objectif de réduction des GES le « plus ambitieux » des États membres, à savoir 20 % pour 2020 par rapport à 2005).

Le gouvernement réfléchit d’ailleurs à augmenter les taxes sur le carburant. Plutôt périlleux au pays de l’auto reine…

L’étude sur le tourisme à la pompe va être présentée encore en novembre. Il faudra vraiment discuter en transparence de la vente de carburant. Car si on sait qu’il faudra réduire, jusqu’en 2050, entre 80 et 95 % les émissions de GES, il est clair qu’il faudra faire des efforts dans tous les domaines, ce qui concerne aussi la politique de mobilité. Vous savez, la Norvège a annoncé qu’à partir de 2025, elle n’aura plus de nouvelles voitures diesels ou essence sur ses routes! En Allemagne, ce projet est discuté pour 2030.

C’est pourquoi on travaille beaucoup au Luxembourg sur la mobilité douce, le train, le tram, les infrastructures pour les vélos, le carsharing… On est en train de créer un réseau pour les véhicules électriques, avec à terme 800 stations de recharge jusqu’en 2020. Toute la France en a 3 000, donc c’est plutôt ambitieux, non?

Entretien réalisé par Romain Van Dyck

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans Le Quotidien papier de ce lundi.

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