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Centrale nucléaire de Tihange : le Luxembourg plaide pour la fermeture


Les incidents se multiplient dans la centrale de Tihange. Le réacteur numéro 1 avait redémarré le 16 septembre après un entretien, puis s'était arrêté deux jours plus tard en raison d'une défaillance d'une pompe. (photo AFP)
Les incidents se multiplient dans la centrale de Tihange. Le réacteur numéro 1 avait redémarré le 16 septembre après un entretien, puis s'était arrêté deux jours plus tard en raison d'une défaillance d'une pompe. (photo AFP)

Les centrales de Doel et de Tihange sont dans le collimateur des pays voisins de la Belgique. Les Luxembourgeois plaident pour la fermeture de Tihange. La rencontre entre les autorités luxembourgeoises et belges est prévue le 18 janvier prochain et le Comité national d’action contre le nucléaire fera partie du voyage.

C’est toute une délégation qui va se rendre le 18 janvier prochain en Belgique, emmenée par le secrétaire d’État au Développement durable, Camille Gira, pour rencontrer le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur du Royaume, Jan Jambon. Les pays voisins de la Belgique s’inquiètent de l’état de son parc nucléaire, alors que les incidents se sont répétés ces dernières années sur les sites de Doel et de Tihange.

Les discussions ne concerneront que le site de Tihange, situé à 175 kilomètres de Luxembourg par l’autoroute, et qui a connu de nombreux déboires. En 2012, plus de 2 000 fissures ont été découvertes à Tihange 2, un site qui compte trois réacteurs mis en service dans les années 70 et 80.

« Les rapports officiels du régulateur n’apportent pas vraiment de réponse sur l’origine de ces fissures. Ils nous disent qu’il n’y a pas de problème, sans connaître l’évolution de ces fissures. De nouvelles analyses détaillées de la cuve seront menées dans deux ou trois ans, mais d’ici là, comment la cuve fonctionnera-t-elle? », interroge Roger Spautz.

Contacté par Le Quotidien, le chargé de la campagne «nucléaire» au sein de Greenpeace et membre du Comité national d’action contre le nucléaire, déclare que ces échanges bilatéraux ont du bon parce que le Luxembourg se déplace en nombre. « Il ne s’agit pas seulement d’une réunion entre deux ministres, mais la délégation luxembourgeoise comprend aussi des députés et des représentants de la société civile. C’est en somme tout un pays qui vient s’exprimer », constate Roger Spautz qui faisait partie de la délégation en visite à Paris, en juillet dernier, auprès de l’Autorité pour la sûreté nucléaire (ASN).

Les représentants du gouvernement, du Parlement et de la société civile avaient plaidé pour que la centrale de Cattenom soit considérée, après celle de Fessenheim, parmi les premières dont la licence ne serait pas prolongée dans le cadre de la transition énergétique annoncée par le gouvernement français. Mais cela ne relève pas de la compétence de l’ASN, si bien qu’aucune information n’a pu être délivrée concernant l’avenir de Cattenom, entre les mains d’EDF.

Les choses sont différentes en Belgique. « L’Autorité de sûreté nucléaire donne son feu vert pour redémarrer un réacteur, mais c’est le ministre qui a le dernier mot, contrairement à la France », explique Roger Spautz. C’est donc Jan Jambon qu’il faut convaincre. « Il faut donner un message clair de la population luxembourgeoise : tout le Luxembourg demande la fermeture des centrales transfrontalières », insiste le représentant de Greenpeace.

Pas de consultation pour les Belges

«Les trois réacteurs de Tihange ont été mis en service dans les années 1970 et 1980. Leur activité a été prolongée respectivement jusqu’en 2023 et 2025. Ils se trouvent à une heure et demie de route du Grand-Duché», rappelle le ministère du Développement durable, dans le communiqué annonçant la visite du 18 janvier prochain. «Le gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg avait au plus haut niveau, et à maintes reprises, fait part de ses préoccupations sur les déficiences constatées dans la centrale nucléaire de Tihange. Par ailleurs, la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg, a chargé un expert juridique avec une expertise sur l’arsenal juridique à disposition du gouvernement luxembourgeois, relatif au régime d’autorisation des centrales nucléaires belges et françaises», lit-on encore.

Roger Spautz explique encore que la France, en cas de prolongation de la durée de vie d’un site nucléaire au-delà de 40 ans, « organise une consultation du public des pays voisins sur les incidences environnementales. En Belgique, il n’y a pas eu de consultation. Nos collègues de Greenpeace Belgique ont déposé une plainte à ce propos, mais il n’y a pas encore de décision connue. En revanche, le Conseil d’État belge avait reconnu que les pays voisins et le public devaient être consultés », rappelle Roger Spautz.

Une dernière rencontre informelle au sujet de la centrale de Tihange a eu lieu le 10 novembre 2015, sur demande du Luxembourg, entre le secrétaire d’État Camille Gira et la ministre fédérale de l’Énergie, de l’Environnement et du Développement durable, Marie-Christine Marghem.

Hier, la fraction parlementaire CSV a demandé que soit organisée une heure d’actualité au sujet de la sûreté des centrales nucléaires belges, «suite au redémarrage et incidents intervenus ces dernières semaines dans les centrales de Doel et Tihange».

Geneviève Montaigu

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Un commentaire

  1. Si on comprends bien, le Luxembourg préfère l’électricité produite à partir du charbon, très polluant et fort émetteur de CO2 plutôt que produit par le nucléaaire, peu polluant et émettant zéro tonne de CO. Faudrait savoir ce que l’on veut!

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