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La «vache folle» n’affole pas le Luxembourg


Le cas d'ESB découvert dans les Ardennes «n'a aucune conséquence pour le consommateur», avance le ministère français de l'Agriculture. (illustration Editpress)
Le cas d'ESB découvert dans les Ardennes «n'a aucune conséquence pour le consommateur», avance le ministère français de l'Agriculture. (illustration Editpress)

Un cas de «vache folle» a été confirmé jeudi dans les Ardennes françaises. Mais ce cas «isolé» n’inquiète pas les autorités sanitaires, ni en France ni au Luxembourg.

Dans les années 90, le Luxembourg avait été relativement épargné par la crise de la «vache folle» qui avait alors frappé nombre de pays européens. Jeudi, les autorités sanitaires françaises ont annoncé qu’un cas «isolé» d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) a été détecté dans une exploitation proche de la frontière belge, dans le département des Ardennes.

Au Grand-Duché, l’administration des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture ne s’inquiète pas outre mesure de cette annonce, confirme son directeur, le Dr Félix Wildschutz. « C’est un cas détecté en France et qui, de plus, est limité au niveau de l’exploitation. Il est difficile d’expliquer ce cas classique d’ESB, puisque les farines animales à l’origine de cette maladie sont interdites depuis plusieurs années », poursuit-il.

Jeudi, le ministère français de l’Agriculture indiquait, dans un communiqué, que «la suspicion de cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), détecté chez une vache de 5 ans décédée prématurément dans un élevage des Ardennes, a été confirmée le 23 mars par le laboratoire de référence de l’Union européenne». Il s’agit du «troisième cas isolé d’ESB de ce type détecté en Europe depuis 2015» et celui-ci a été «notifié ce jour à la Commission européenne et à l’Organisation mondiale de la santé animale», a souligné le ministère.

De «risque négligeable» à «risque maîtrisé»

Les deux cas précédents ont été détectés en Irlande et en Grande-Bretagne, mais les enquêtes épidémiologiques qui ont suivi n’ont pas permis de découvrir le mode de contamination.

«La détection de ce cas n’a aucune conséquence pour le consommateur, a assuré le ministère. Le mode de contamination n’est en effet sans doute pas le même que lors de l’épidémie de la fin des années 90, puisque les farines animales, alors en cause, ont été depuis interdites pour l’alimentation du bétail.

Les vaches appartenant à la «cohorte» de l’animal mort de l’ESB seront abattus d’ici 30 jours, selon le ministère. Selon le préfet, cela concerne une soixantaine d’animaux sur l’exploitation et une quarantaine qui ont été exportés.

La France, qui n’avait pas connu de cas d’ESB depuis 2011, avait été requalifiée en 2015 comme pays à «risque négligeable» pour l’encéphalopathie spongiforme bovine par l’Organisation mondiale de la santé animale. Elle va maintenant revenir au statut de pays à «risque maîtrisé», comme la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Allemagne.

Le Luxembourg entre dans la catégorie «risque négligeable», le dernier cas d’ESB détecté « datant de 2005 », rappelle le docteur Wildschutz, qui rapporte seulement deux autres cas, en 1997 et en 2001, depuis que la maladie a été découverte. Peu de chance aussi qu’un éleveur puisse passer au travers des mailles du filet, car « chaque cadavre de vache est soumis à un test », précise encore le directeur de l’administration des services vétérinaires.

Selon le ministère français, il est «probable» que certains pays qui avaient rouvert depuis 2015 leurs frontières aux exportations françaises – Arabie saoudite, Singapour, Vietnam – les ferment à nouveau. Mais ces pays ne représentent qu’un faible volume d’exportations. Le Canada a indiqué, vendredi, qu’il ne suspendrait pas les importations françaises. Les autres pays de l’UE, destinataires principaux des ventes de viande française, ne peuvent en revanche pas fermer leurs portes au bœuf français.

La découverte de ce cas d’ESB est «une mauvaise nouvelle, mais les conséquences économiques directes et réelles seront limitées», selon le ministère.

L’encéphalopathie spongiforme bovine

La maladie de la «vache folle», ou encéphalopathie spongiforme bovine, qui peut se transmettre à l’humain, est une maladie neurodégénérative mortelle. L’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), dont un cas, le premier depuis cinq ans en France, a été confirmé jeudi dans les Ardennes, est apparue au Royaume-Uni en 1986. L’ESB est connue sous le nom de maladie de la «vache folle», terme évocateur des symptômes présentés par l’animal en phase terminale de la maladie : perte d’équilibre, troubles du comportement (nervosité, agressivité), hyperexcitabilité (au bruit, au toucher, à la lumière), anomalies de locomotion (démarche vacillante). Sa durée d’incubation est de cinq ans en moyenne.

Après l’apparition de la maladie, l’ESB s’est propagée parmi les bovins vraisemblablement par le biais de leur alimentation comportant des farines de carcasses et d’abats d’animaux (bovins ou ovins) atteints d’encéphalopathie spongiforme. L’interdiction de ces farines a d’ailleurs considérablement ralenti la courbe de l’épidémie bovine britannique. L’origine de la contamination des trois cas détectés en 2015 en Europe n’a pas été déterminée. Lors de cette épidémie massive et sans précédent, l’ESB ravageait le cheptel bovin britannique, Londres ayant reconnu, le 13 mars 1996, l’existence d’un «lien» possible entre la maladie bovine et l’apparition de cas d’une nouvelle forme d’une maladie humaine connue, la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), du nom des deux neurologues qui l’ont décrite presque simultanément en 1920 et 1921.

Maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), maladie de la vache folle, et son équivalent humain, la nouvelle variante de la MCJ (nvMCJ), appartiennent à une famille de maladies neurodégénératives toutes mortelles, appelées encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST). L’origine de la contamination des trois cas détectés en 2015 en Europe n’a pas été déterminée. Toutes les encéphalopathies spongiformes donnent au cerveau une allure d’éponge (spongiose) et sont marquées par la présence d’une forme anormale d’une protéine dénommée prion. Les spécialistes sont certains d’avoir affaire à une maladie ayant franchi les barrières séparant les espèces, avec la quasi-certitude que sa transmission s’est faite via la chaîne alimentaire. Il n’existe ni vaccin ni traitement contre la forme humaine de l’ESB.

Économie et intox

L’épizootie d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) avait en tout premier lieu touché le Royaume-Uni, où cette maladie bovine avait été décelée en 1986 avant de contaminer d’autres pays européens par l’exportation de farines animales. La crise à proprement dite avait éclaté dix ans plus tard, en 1996. Si le nombre d’animaux atteints par la maladie durant cette crise est estimé à quelque 190 000 têtes, le nombre de bovins abattus pour des raisons préventives a dépassé les 2,5 millions dans l’ensemble de l’Union européenne. À l’époque, le gouvernement britannique, puis la Commission européenne, avait tout d’abord tenté de dissimuler l’existence de cette maladie qui ravageait les élevages et se transmettait à l’humain, avant d’essayer d’en minimiser la portée. En 1991, une note du comité vétérinaire de la Commission européenne préconisait ainsi la discrétion afin de préserver les intérêts économiques des filières bovines britanniques et irlandaises.

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