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Viviane Reding : «En Europe, certains chefs d’État déconnent, vraiment»


«L'Europe n'est pas le problème d'ailleurs. Ce sont certains chefs d'État ou de gouvernement qui vraiment
déconnent!», n'hésite pas à dire l'eurodéputée luxembourgeoise. (photo JC Ernst)
«L'Europe n'est pas le problème d'ailleurs. Ce sont certains chefs d'État ou de gouvernement qui vraiment déconnent!», n'hésite pas à dire l'eurodéputée luxembourgeoise. (photo JC Ernst)

Viviane Reding, eurodéputée CSV, a savouré son succès, ces derniers jours, dans le cadre des négociations sur le commerce des services. Le projet européen, elle y croit encore.

Elle ne mâche pas ses mots, parle avec expérience et s’en prend sérieusement au Conseil des ministres, qui empêche le projet européen d’avancer et, pire, qui pourrait le menacer. Viviane Reding, l’Européenne, peut très bien s’imaginer revenir à la politique nationale et occuper «quelque poste que ce soit», même celui de Premier ministre.

Le Quotidien : Vos recommandations dans le cadre des négociations sur le commerce des services ont été très largement approuvées par la commission INTA du Parlement européen. Que retenez-vous de cette expérience?

Viviane Reding : Cela a surtout été ma manière de voir autrement le commerce extérieur et le rôle du Parlement européen. Ce que j’ai appris de la société civile, qui a exprimé ses craintes vis-à-vis du TTIP, c’est qu’il fallait travailler dans la transparence. Les citoyens doivent savoir que leurs élus, qui défendent leurs intérêts, prennent les choses en main. Dès que j’ai été responsable du dossier, en septembre 2014, j’ai instauré un groupe de suivi avec des responsables de chaque grand parti, qui rencontraient le négociateur en chef avant et après chaque round de négociation. Nous étions donc au courant de tout, et avions tous les documents à notre disposition.

La deuxième étape consistait à donner nos revendications par écrit au négociateur en chef. Il faut savoir qu’au final, le Parlement européen a le droit de veto, mais nous voulons accompagner ces négociations, qui sont les plus grandes jamais menées par l’Europe. Il y a 70 % du commerce extérieur en service autour de la table des négociations.

Pensez-vous avoir réussi à rassurer ceux qui sont toujours effrayés par ces accords de libre-échange que sont le TISA et le TTIP?

Tout le monde comprend l’importance de l’ouverture des marchés, non pas les nôtres, ils le sont déjà, mais ceux des autres. Le Parlement a dit très clairement qu’il y avait des règles à respecter. Aucune entreprise ne sera admise sur notre territoire si elle ne respecte pas les règles du monde du travail, les règles environnementales, la protection des données, etc. Surtout, nous sauvegardons notre droit à réguler, et c’est extrêmement important pour le Parlement. Ce droit à réguler, qu’il soit communal ou national, doit être maintenu.

Le vote la semaine prochaine n’est plus qu’une formalité…

Oui, nous allons réussir ce vote. J’ai proposé 800 amendements, dont 69 amendements de compromis qui seront votés la semaine prochaine. C’est le message aux négociateurs et ce sera aussi un modèle pour l’avenir. Montrer comment le Parlement peut opérer pour défendre les intérêts des citoyens et des entreprises en matière de commerce extérieur (…). Nous sommes sortis d’une situation insupportable, due à l’opacité des négociations pour obtenir toute la transparence sur ce dossier en un an et demi. (…) Ce n’était pas toujours facile, parce qu’il y a des acteurs qui s’y opposaient.

Vous parlez des politiques?

Oui bien sûr, je veux parler des États. En Europe, vous avez deux institutions qui fonctionnent bien : La Commission et le Parlement européens. Le Conseil des ministres, c’est du « chacun pour soi », c’est l’égoïsme, le nationalisme, c’est surtout lamentable! C’est le gros problème de l’Europe.

« Il nous faut un noyau de pays qui avancent d’un pas, en laissant la porte ouverte pour que d’autres pays le rejoignent. »

 

Quand Jean-Claude Juncker dit qu’il ignore si l’Europe résistera à l’année 2016, qu’en pensez-vous?

Il y a trop de problèmes qui s’accumulent : la crise migratoire, la dette publique, la mise en cause des bases européennes avec les Britanniques, qui n’ont jamais vraiment adhéré au projet. Schengen est mis à mal et si Schengen tombe, toute notre économie tombe. Pour autant, je ne crois pas que l’Europe va sombrer. L’Europe n’est pas le problème d’ailleurs. Ce sont certains chefs d’État ou de gouvernement qui, vraiment, déconnent, si je peux me permettre. Il nous faut une véritable union politique, mais c’est illusoire avec certains joueurs sur le terrain.

L’idée d’une Europe à deux vitesses refait-elle surface?

Ce qui est sûr, c’est que l’Europe ne parviendra pas à changer des traités avec des acteurs pareils, sachant qu’une unanimité est impensable avec la présence des Polonais, des Hongrois, des Tchèques et de quelques autres. Il faut essayer, à traité constant, de faire un système qui tienne, par exemple, dans la zone euro.

Il nous faut un noyau de pays qui avancent d’un pas, en laissant la porte ouverte pour que d’autres pays le rejoignent. Nous avons réalisé l’union bancaire de la même manière. Je m’imagine qu’une fois réglés les problèmes de referendums chez les uns et les autres, nous irons de l’avant.

Entretien avec Geneviève Montaigu (à lire en intégralité dans Le Quotidien de ce lundi 1er février)

Viviane Reding en bref

État civil. Viviane Reding est née le 27 avril 1951 à Esch-sur-Alzette. Elle est mère de trois enfants.

Commissaire. Elle est membre de la Commission européenne de 1999 à 2014, successivement à l’éducation, à la culture, au multilinguisme et à la jeunesse, puis à la société de l’information et aux médias, enfin à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté.

Eurodéputée. Elle a été élue députée au Parlement européen en mai 2014. Avant d’entrer à la Commission en 1999, elle siégeait déjà au Parlement européen depuis 1989.

Chambre des députés. Viviane Reding a siégé à la Chambre des députés de 1979 à 1989.

Journaliste. Elle étudie à la Sorbonne où elle obtient un doctorat en sciences humaines. De 1978 à 1999, elle est éditorialiste au quotidien Luxemburger Wort.

 

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Un commentaire

  1. Les chefs d’état qui « déconnent » selon elle, ne serait-ce pas ceux qui ont une vision différente de la sienne?Eux aussi pensent sans doute que la Commisiion « déconne », notamment sur le sujet des clandestins et que Mme Reding pense de travers. Tout est relatif, comme disait ce bon Einstein.

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