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Au pays des fétiches

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Le musée abrite quelque 300 pièces sur les 1 060 que compte l'ensemble de la collection, principalement originaires du Togo, du Bénin et du Canada (photo: afp)

Du côté de Strasbourg, un tout nouveau musée privé «dédiabolise» le culte vaudou.

 
C'est une collection unique en Europe qu'a voulu partager Marc Arbogast. Amoureux du continent noir, il a ramené de ses voyages une collection d'objets du culte vaudou africain. Inauguré il y a quelques semaines, «son» musée» est exclusivement consacré à ce rite.
 
Largement méconnu en Europe et souvent auréolé de fantasmes, le culte vaudou se dévoile à Strasbourg dans l'étonnant musée d'un homme d'affaires à la retraite, à la tête de l'une des plus grandes collections mondiales dans ce domaine. «Attention, vous ne verrez pas ici de poupées piquées d'aiguilles», prévient Marc Arbogast, qui amasse depuis 50 ans des objets vaudou africains. L'ancien PDG des brasseries Fischer et Adelshoffen a en effet acquis, puis rénové, un ancien château d'eau à l'abandon, dont les cuves servaient autrefois de réservoir pour alimenter les locomotives à vapeur de la gare de Strasbourg, non loin de là.
 
Construit en 1883 et classé monument historique, l'édifice de style néo-médiéval abrite désormais sur trois niveaux quelque 300 pièces sur les 1 060 que compte l'ensemble de la collection, principalement originaires du Togo, du Bénin et du Ghana. D'étage en étage se succèdent d'innombrables fétiches «bochio» (bénéfiques ou maléfiques) destinés à obtenir la réalisation d'un vœu, des représentations des dieux du panthéon vaudou, une collection d'autels portatifs des ancêtres (ou «asen»), ainsi qu'une riche collection de costumes Egungun dans lesquels dansent les revenants.
 
Né dans l'ancien royaume du Dahomey, qui se situait au sud de l'actuel Bénin, le culte vaudou s'est propagé avec la traite des esclaves jusqu'aux Caraïbes (désigné alors sous l'orthographe «vaudou») en Louisiane («voodoo») et au Brésil (candomblé). À la fois religion et art de vivre fortement liés au respect des ancêtres, le vaudou est aujourd'hui pratiqué quotidiennement par des centaines de millions de personnes dans le monde.
 
Ossements animaux ou humains, bois, ficelles, clous ou encore tissus, le tout recouvert d'une couche de matière sacrificielle : de nombreuses pièces «dignes de l'art contemporain», et autant de «rébus qu'il faut décoder», estime le collectionneur. «On peut faire une archéologie de l'ensemble de ces objets. Pourquoi ils ont fait ça? À quoi ça sert? Comment on s'en sert? Ce décryptage est tout simplement passionnant. Dans les autres religions, c'est assez maigre», juge Marc Arbogast, lui-même «adepte d'aucune religion».
 
 
Pouvoirs surnaturels
 
«Je ne vous dirai pas lesquels, mais certains ont des pouvoirs encore actifs», ajoute mi-sérieux, mi amusé ce septuagénaire, qui a financé le musée sur ses fonds propres, sans aide de la ville ni de la région, à hauteur de 2,35 millions d'euros. L'ancien PDG a associé à sa démarche deux spécialistes : Nanette Snoep, conservatrice au musée du quai Branly, qui a sélectionné les œuvres exposées, et Bernard Muller, chercheur en anthropologie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), chargé de la programmation scientifique et culturelle du musée.
 
La passion de cet héritier de brasseurs pour l'Afrique de l'Ouest est le fruit d'un long cheminement, se plaît-il à raconter. Sa mère était proche du Dr Albert Schweitzer, ce médecin humanitaire alsacien qui installa un hôpital au Gabon et qui reçut le prix Nobel de la paix en 1952. Son père était champion de natation et a côtoyé le célèbre nageur Johnny Weissmuller qui a ensuite incarné Tarzan au cinéma : «Petit, il me racontait des aventures fabuleuses» autour de Tarzan. «Depuis, je n'ai eu qu'une envie : aller en Afrique.»
 
À 21 ans, le jeune homme part chasser en Afrique et commence à récupérer ses objets d'art primitifs africains «sur des tas d'ordures» des village, parce que les «Pères blancs obligeaient les Africains à les jeter». Poursuivant son imposante collection, il rachète en 2007 plus de 350 pièces à l'anthropologue et journaliste Jean-Jacques Mandel. Actuellement ouvert uniquement sur réservation en début de semaine et au grand public toute la journée le vendredi et le samedi, le musée espère obtenir des subventions pour pouvoir proposer des parcours pédagogiques mais aussi thématiques autour de la danse, de la cuisine et de la pharmacopée vaudou.
 

 
www.musee-vodou.com

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