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Et si le 1er geste sportif était mental ?


Et si les capacités mentales, trop longtemps négligées, constituaient, avec la technologie, les réelles marges de progression ? (Photo : French Connection Films)

En sport, la performance commencerait bien avant ce que l’on pense… C’est en tout cas la thématique d’une projection-débat qui était organisée dans le cadre du festival du Film de chercheur à Mont-Saint-Martin.

À la recherche du sportif parfait. C’est le titre alléchant du documentaire de Benoît Laborde (2016) qui était projeté mercredi 17 mai à la salle du Prieuré de Mont-Saint-Martin, à deux pas de l’église romane, joyau architectural du XIe siècle qui surplombe les trois frontières. « Un film où la performance sportive n’est pas simplement célébrée comme un exploit physique mais comme la manifestation d’une forme d’intelligence propre aux athlètes d’exception », peut-on lire dans la note d’intention.

« Perso, je préfère parler d’athlète complet que de sportif parfait car la perfection est un leurre, elle n’existe pas, précise d’emblée Karine Duclos, maître de conférences en psychologie à la faculté des sciences du sport à l’Université de Lorraine. Et pour le comprendre, il me semble important de l’appréhender dans sa globalité, c’est-à-dire dans ses versants perceptif, sensoriel, émotionnel, physique et mental. »

Plus vite, plus haut, plus fort… Le 15 février 2014, à Donetsk, en franchissant une barre à 6 m16, Renaud Lavillenie a battu le «vieux» record du monde de saut à la perche en salle de Sergueï Bubka, qui datait de 21 ans.

Depuis les années 1980, les dieux de l’Olympe ont de plus en plus de mal à battre les records. A-t-on touché du doigt les limites physiques du corps humain? Peut-être. Et si les capacités mentales, trop longtemps négligées, constituaient, avec la technologie, les réelles marges de progression ?

Car, en effet, tout partirait du cerveau. Pour le perchiste français Jean Galfione, champion olympique à Atlanta en 1996, «50 % du saut se passe en bout de piste avant de s’élancer». Via un travail de visualisation, d’imagerie mentale et de maîtrise du stress et des émotions qui activerait les neurones utiles à la réalisation du geste.

Quand le geste devient réflexe

Dans les situations sportives, il s’avère que le cerveau des champions travaillerait moins – mais mieux – que celui du commun des mortels. Après des milliers d’heures d’entraînement passées à répéter les mêmes gestes, l’athlète aurait musclé son corps mais aussi… son esprit.

À l’image de Logan Da Costa, karatéka du cru (champion du monde de kumite par équipe en 2012) présent dans l’assistance, le sportif se serait fabriqué petit à petit un cerveau sur-mesure, parfaitement optimisé pour le geste parfait. L’action complexe (ex : porter un coup précis) devient alors un réflexe, c’est-à-dire un automatisme acquis. Comment ? Grâce à des circuits neuronaux simplifiés et des connexions réduites. Qui, le moment venu, lui permettent de s’orienter vers le chemin le plus pertinent, à savoir le plus rapide ou le plus intéressant. Cette capacité du cerveau à se réorganiser, c’est ce que les scientifiques appellent la neuroplasticité ou la plasticité cérébrale.

En football par exemple, au moment où l'attaquant arme sa frappe, le cortex moteur du défenseur doit être capable de lire et décrypter en une fraction de seconde son mouvement de hanche et décider de ce qu'il va faire : jaillir, tacler, boucher l'angle de tir... Le sportif de haut niveau sait donc s'adapter, comprendre instantanément. (Photo : AFP)

En football par exemple, au moment où l’attaquant arme sa frappe, le cortex moteur du défenseur doit être capable de lire et décrypter en une fraction de seconde son mouvement de hanche et décider de ce qu’il va faire : jaillir, tacler, boucher l’angle de tir… Le sportif de haut niveau sait donc s’adapter, comprendre instantanément. (Photo : AFP)

Les neurones miroirs, ce fol espoir

Aujourd’hui, l’apport des neurosciences, notamment avec la découverte au début des années 1990 par Giacomo Rizzolatti des neurones miroirs (la visualisation d’une action produit le même effet ou presque sur le cerveau que sa réalisation, ex : lorsqu’un singe saisit ou observe quelqu’un saisir une cacahuète, le même neurone chez lui s’active) ouvre de nouveaux horizons en matière d’entraînement et de rééducation.

Entraînement car la stimulation de ces neurones miroirs, via par exemple le NeuroTracker*, permet de renforcer les facultés d’adaptation (attention, vigilance) indispensables sur les terrains de sport (exemple : le skieur canadien Manuel Osborne-Paradis a utilisé ces techniques d’entraînement cérébrales pour contrôler ses divagations, ses sautes de concentration entre 1’30’ et 1’45’ de course et qui lui occasionnaient des chutes).

Rééducation (motrice) en visionnant des vidéos dans lesquelles des gestes sportifs habituels sont filmés en gros plan (ex : service, coup droit, revers et smash en tennis) pour réactiver les aires cérébrales impliquées dans l’action. Ou encore les bluffantes techniques d’imagerie mentale au service des athlètes blessés : la judokate Scarlett Gabrielli qui, sur le tatami, exécute ses gestes à vide, en shadow (sans opposition) pour nourrir sa représentation motrice, et ainsi les entretenir.

Le flow, cet état de grâce

Chaque athlète a les yeux qui brillent de mille feux et est forcément un brin nostalgique quand vous évoquez ça avec lui : une ou plusieurs fois dans sa carrière, il a connu le flow**, « cet état physique optimal où la performance est vécue sans la moindre sensation d’effort ou de travail ». « On est dans un état second, un état de conscience modifiée. On est dans le rythme, hyper « focus » sur l’objectif, on se sent léger. C’est même, je dirais, quelque chose d’assez planant », assure Fatiha Dowkiw-Zaidane, conseillère municipale de Mont-Saint-Martin et ancienne championne de France espoirs du 1 500 m. Mais pour prétendre à ce genre d’instant de grâce et de plaisir intense, aussi fugace soit-il, il n’y a pas de miracle : il y a en amont, quotidiennement, du sang, de la sueur et des larmes…

Ismaël Bouchafra-Hennequin

* Aujourd’hui, des grands clubs comme Manchester United, le Barça ou encore l’Olympique Lyonnais utilisent cet entraînement cognitif, cette gymnastique mentale, pour former, détecter les meilleurs talents et améliorer leurs performances. Jean-Michel Aulas, le président des Gones, en est persuadé : « Le cérébral va prendre le pas. »

** Le flow est également appelé par les psychologues « la zone » ou « le flux ».

Pour en savoir plus :

– Découvrez la plaquette de présentation du film ici

– Pour louer ou acheter le film rendez-vous sur ce lien

Un commentaire

  1. Encore plus d’infos avec MENTALPESPORTspirit Loïc GOUZERH en France.
    Une approche de la Préparation Mentale à l’origine de 7 podiums olympiques et et 16 titres de champion du monde.

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