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[Roud Léiwen] Ben Payal raccroche : «Ils n’ont plus besoin de guerrier»


A priori, Ben Payal a dit adieu pour de bon aux costumes de la sélection nationale et aux nœuds de cravate qui vont avec. (photo Julien Garroy)

Ben Payal, international aux 72 sélections, a annoncé à Luc Holtz vouloir mettre un terme à sa carrière avec les Roud Léiwen. Entretien.

Depuis quelques mois, c’est dans les cartons. Ben Payal se posait des questions. Temps de jeu en berne avec son club (ce qui avait fini, forcément, par avoir des répercussions sur celui qu’il avait chez les Roud Léiwen), nouveau travail qui ne lui permet pas, a priori, de bénéficier des congés sportifs, lassitude après dix ans à arpenter l’Europe…

Ça a fini par arriver : le petit milieu de terrain récupérateur est allé frapper à la porte du bureau de Luc Holtz pour lui dire qu’il songeait très sérieusement à raccrocher les crampons, comme l’indiquaient hier nos confrères du Tageblatt. L’occasion était belle d’aller mesurer, auprès d’un infiltré, à quel point il avait l’impression d’être devenu anachronique dans cette nouvelle génération montante. Et de comprendre.

Le Quotidien : Officiellement, vous avez annoncé à Luc Holtz que vous souhaitiez arrêter et il vous a dit de prendre votre temps, d’y réfléchir. Alors vous en êtes où, aujourd’hui?

Ben Payal : J’y pense depuis un bout de temps. Avant le match contre la Suède, on s’est vus. Je lui ai dit que pour moi, c’était le moment d’arrêter. Lui m’a dit de prendre deux ou trois mois pour y repenser tranquillement et qu’on se rappellerait. Qu’il avait déjà vu pas mal de joueurs décider d’arrêter et changer d’avis très vite. Donc il va me rappeler début 2017 pour voir si j’ai encore la motivation ou pas.

Mais apparemment, vous ne l’avez plus trop.

J’ai pensé que je pourrais terminer la campagne, mais je me suis rendu compte qu’avec mon boulot, il faudrait que je prenne sur mes congés personnels. Prendre neuf à dix jours par stage, même si l’intégralité des matches de ce groupe est excitante… Et puis on a une super équipe, avec des jeunes vraiment très forts. Non, c’est vraiment le bon moment pour arrêter. Le moment de faire de la place. Pour moi, la décision est prise. Même si ça fait mal de penser à ce que je vais rater. Je me souviens des matches contre la France en 2009, de sacrées rencontres et je sais que je vais souffrir devant ma télé, au café.

C’est comme ça que vous avez vécu les dernières rencontres internationales?

Oui, avec des copains. Et les gens que j’y croise me disent tous à peu près la même chose.

Quoi?

« Dis-donc, tes copains-là, ça joue au foot! » Mais bien sûr que ça joue au foot! Cela fait plusieurs années que je le dis à tout le monde : en 2018, nous aurons une équipe absolument incroyable!

Qu’est-ce qu’on vous répondait avant?

Les gens rigolaient. Ils me disaient : « Tu crois vraiment ce que tu dis? » ou encore « Mais ça n’est pas du football ce que vous jouez. » Et moi je leur disais : « Écoute, je le vois venir! » Normal, à une époque, on jouait 80 minutes sur 90 à onze derrière le ballon. Maintenant, la possession du ballon, on l’a pratiquement autant que l’adversaire, on joue chaque match pour le gagner et d’ailleurs, on marque presque à chaque rencontre. Et c’est un fait : après cette campagne très compliquée, une fois que les jeunes auront bien grandi, on sera prêts!

Attention, vous dites « on ».

Mais je suis resté en contact avec eux tout le stage précédent. Je ne suis pas totalement dehors et ça me fait du bien. Par exemple, j’ai envoyé un message à Dirk Carlson directement après son expulsion à Borisov pour lui dire de ne pas baisser la tête. Je ne suis plus dans la sélection, mais je suis encore là pour elle!

Il y a un de ces jeunes qui est en train d’éclore dans lequel vous vous reconnaissez plus particulièrement?

Non. Aucun en particulier. Il y a dix ans, je arrivé en tant que joueur agressif du milieu de terrain. Mais aujourd’hui, on n’a plus besoin de ça! Attention, les jeunes d’aujourd’hui ont la rage hein, mais ils sont aussi beaucoup plus techniques. Ils n’ont plus besoin de guerrier! Il y en a quand même qui m’ont envoyé un message pour me dire que je suis trop jeune pour arrêter, qu’ils ne veulent pas que je les laisse.

En même temps, cela doit vous faire curieux, à vous qui avez traversé toutes ces années compliquées de reconquête, en partant de rien, d’annoncer que vous arrêtez au moment où justement, les Roud Léiwen vont commencer, tout doucement, à devenir compétitifs, non?

Parfois, je me dis que c’est dommage, que je suis né un peu trop tôt. Bon, j’ai vécu dix très belles années, mais quand on a commencé, c’était… disons pas une catastrophe, mais quand même très compliqué. J’ai pris des 7-0, des 6-1. On était d’ailleurs déjà contents quand on réussissait à mettre un but.

Et aujourd’hui, tous les gens que je croise dans la rue me disent que ça fait de nouveau plaisir de regarder la sélection nationale. C’est sûr et certains : les Luxembourgeois recommencent à aimer leur sélection nationale! Et je crois qu’au final, c’est moi qui vais avoir raison contre eux tous : en 2018, on aura une sacrée équipe. On ne va plus rester longtemps le petit Luxembourg.

Votre retraite encore à moitié hypothétique, mais pourtant bien réelle, vous l’avez déjà annoncé à votre pote Miralem Pjanic?

Non, je ne lui ai pas encore dit. Mais je me dis que si on les rencontre encore, les Bosniaques, je peux peut-être revenir non? Pour faire une sorte de match-jubilé…?

Julien Mollereau

Ben Payal en bref

28 ans

Clubs successifs : Lorentzweiler, Jeunesse Esch (2005-07), F91 Dudelange (2007-13), Fola Esch (2013-2016), Strassen (2016-?)

194 matches de Division nationale

Palmarès : 4 titres de champion (2008, 2009, 2011, 2015), 1 Coupe (2009)

Sélection : 72 capes

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