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Mouches, étrons, puanteur : bienvenue à Gonda, la ville la plus sale d’Inde


Voici Awas Vikas, l'un des quartiers les plus "chics" de la ville. (photos AFP)

Des mouches tourbillonnent autour d’étrons, les égouts sont bouchés par les ordures et l’air empeste : vous êtes à Awas Vikas, l’un des quartiers les plus chics de Gonda, labellisée « ville la plus sale d’Inde ».

Même dans les zones les plus aisées de cette ville de l’État pauvre d’Uttar Pradesh (nord), le ramassage d’ordures est une denrée rare. Les déchets polluent jusqu’aux espaces verts et tapent sur les nerfs de ses habitants. « La crasse et la puanteur nous ont rendus célèbres à travers tout le pays », se désole Durgesh Mishra, un résident. D’un geste du bras, il désigne une ornière sur la route remplie d’eau sale où prolifèrent des moustiques.

INDIA-URBAN-PLANNING-WASTESituée à une centaine de kilomètres de la capitale régionale Lucknow, Gonda était une escale anonyme pour les voyageurs se rendant au Népal tout proche ou visitant les temples de la région. Mais l’infamie est arrivée en mai avec la publication d’une étude du gouvernement indien sur la propreté de 434 villes. Gonda a terminé dernière. Si ce dépotoir à ciel ouvert fait le bonheur des vaches errantes, elle est un cauchemar quotidien pour les piétons et les voitures, contraints de slalomer entre les bouteilles en plastique, les emballages de nourriture et les déjections animales.

« C’est vraiment une situation pathétique », s’alarme Durgesh Mishra. « Vous n’imaginez pas comment nous vivons ici… » La plupart des habitants espèrent que l’étiquette honteuse de « ville la plus sale » obligera les décideurs locaux à agir et enrayera l’apathie civique et la corruption, jugées responsables de la situation.

« Les problèmes de main-d’œuvre et d’infrastructures auxquels nous sommes confrontés sont le résultat d’une décennie de développement urbain sans planification », explique Rajiv Rastogi, un commerçant et figure de la scène politique locale. À Gonda, les signes de dysfonctionnement sont partout. Des maisons abandonnées tombent en ruines. Des parcs et des puits sont devenus des décharges. Ceux qui en ont les moyens payent des ouvriers pour qu’ils déblaient les poubelles devant chez eux – même si ce n’est que pour aller s’en débarrasser dans une autre partie de la ville.

Le choléra fait partie du quotidien

INDIA-URBAN-PLANNING-WASTEAu sein de la ville la plus sale d’Inde, le quartier de Kanshiram est réputé en être le plus insalubre. « Nous vivons en mauvaise santé. Des maladies comme le choléra sont un problème de la vie quotidienne », raconte une habitante, Sushila Tewari, en repoussant une nuée de mouches et de moustiques. « Parfois, on ne voit pas l’ombre d’un employé de la municipalité pendant des jours. Quand des animaux errants meurent et restent à pourrir ici, nous devons nous-mêmes les couvrir de terre. »

Parlementaire de l’assemblée régionale élu dans cette circonscription, Kirti Vardhan Singh dit être « bombardé » de messages et d’appels depuis la publication du rapport. « C’était très, très embarrassant », confesse-t-il. « J’ai expliqué à autant de gens que je pouvais qu’en tant que parlementaire, je n’ai pas ni droit de regard ni autorité sur les questions municipales – la mauvaise gestion, l’inaction et la corruption de la dernière décennie. »

Mais quelle que soit l’indigence des autorités, la responsabilité des citoyens, qui jettent leurs détritus sur la voie publique, est pointée du doigt. Le problème de la saleté en Inde est l’un des axes phare du mandat du Premier ministre Narendra Modi, qui présente la propreté comme un devoir national. Peu après son arrivée au pouvoir en 2014, le nationaliste hindou a lancé une grande campagne, « Inde Propre », destinée à nettoyer cette nation de 1,3 milliard d’habitants d’ici à 2019, date du 150e anniversaire de la naissance de Gandhi.

Le Quotidien/AFP

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