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L’UE se renforce face à «l’ogre» chinois


Parmi les entreprises chinoises qui inquiètent les Européens figure le géant chinois des télécommunications Huawei. (photo AFP)

L’UE va mettre en place un cadre européen de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques pour répondre aux préoccupations de ses grands États face à l’appétit de groupes non européens, notamment chinois, à l’instar du géant des télécoms Huawei.

Le Parlement européen a largement donné jeudi son feu vert à un règlement européen (500 voix pour, 49 contre, 56 abstentions), qui doit renforcer la coopération entre les pays de l’UE, avec l’appui de la Commission européenne, lorsque des investisseurs issus de pays tiers s’intéressent à des secteurs européens sensibles.

La portée de ce texte, qui doit entrer en vigueur d’ici 18 mois, reste cependant limitée : la Commission n’aura pas elle-même la possibilité de bloquer un investissement, le dernier mot revenant dans tous les cas aux États membres. « Cette législation est bien sûr totalement neutre et non discriminatoire, mais ce n’est un secret pour personne (…) qu’il y a une question autour de la Chine », a affirmé mercredi la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström.

«Acquérir des infrastructures, des technologies (…) devient un objectif politique»

La France, l’Allemagne et – à l’époque – l’Italie, inquiètes de voir des groupes étrangers, notamment chinois, s’offrir à moindre coût et d’une manière qu’ils jugent déloyale une expertise et des technologies clés en rachetant leurs entreprises, réclamaient de longue date cette législation pour mieux filtrer certaines opérations (appelé « screening » en anglais). En 2016, Berlin et Bruxelles n’avaient pu que constater, impuissants, le transfert de technologies « made in Germany » lors de la reprise du fabricant allemand de machines-outils Kuka par le géant chinois de l’électroménager Midea, pour 4,6 milliards d’euros.

« Acquérir des infrastructures, des technologies ou des intérêts stratégiques devient un objectif politique », a souligné jeudi l’eurodéputé français Franck Proust (PPE, droite), rapporteur du texte pour le Parlement européen. « Malgré la sensibilité du sujet, les quelques réticences et une pression sans précédent, l’Europe prend sa destinée en main tout en restant ouverte », a-t-il estimé.

Le géant des télécommunications Huawei comme épouvantail

L’intelligence artificielle, la robotique, les nanotechnologies, les télécommunications ou encore les terres agricoles font parties des secteurs susceptibles d’être concernés par ce nouveau règlement européen. Concrètement, les États devront fournir, sous certaines conditions, des informations sur un investissement étranger dans leur pays aux autres membres de l’UE, si « l’ordre ou la sécurité publiques sont concernés ». Les pays de l’UE, ainsi que la Commission, pourront donner leur avis sur cet investissement, ce qui pourrait accroître la pression sur le pays concerné, même si « la décision finale reviendra aux capitales », comme l’a souligné Cecilia Malmström mercredi.

Parmi les entreprises chinoises qui inquiètent les Européens figure le géant chinois des télécommunications Huawei, dont les équipements sont soupçonnés de permettre à Pékin d’espionner les communications des pays qui les utiliseraient. « Les investissements dans une infrastructure technologique critique (NDLR : comme la 5G dans le cas de Huawei) sont effectivement une question dont on pourrait discuter » dans le cadre du nouveau texte, a affirmé Cecilia Malmström mardi.

Mais « la Commission n’a pas de position sur une compagnie comme celle-là », a-t-elle ajouté. Le vice-président de la Commission européenne Andrus Ansip avait lui estimé en décembre que l’UE devait « s’inquiéter » de Huawei et d’autres entreprises chinoises de technologies à cause des risques qu’elles font courir en matière de sécurité.

Juncker : «La nécessité de crée des règles au niveau européen»

Pressée par le président français, Emmanuel Macron, malgré les réticences de plusieurs États membres, la Commission européenne avait présenté sa proposition sur le filtrage des investissements en septembre 2017. « La rapidité avec laquelle nous avons pu parvenir à un accord témoigne de la nécessité impérieuse de créer des règles au niveau européen », a souligné jeudi Jean-Claude Juncker. L’UE est la principale destination des investissements directs étrangers dans le monde : ils s’élevaient à 6295 milliards d’euros fin 2017. Quatorze pays européens sont déjà dotés d’un dispositif de filtrage des investissements au niveau national qui leur permet de s’opposer à une opération.

AFP

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