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Pour les proches de patients évacués du Grand Est, le crucial maintien du lien à distance


Plus de 200 patients en état d'insuffisance respiratoire ont été transférés du Grand Est. (Photo / AFP)

Quand à l’angoisse s’ajoute la distance: pour les proches des quelque 200 patients évacués du Grand Est, l’éloignement est douloureux mais les hôpitaux receveurs trouvent des pis-aller pour maintenir le lien, et le retour des premiers « transférés » instille de l’espoir.

Durement éprouvé par l’épidémie avec plus de 1.000 décès recensés, le Grand Est a dû déplacer des patients par dizaines, d’abord vers d’autres établissements de la région, puis rapidement, quand ceux-ci se sont également trouvés à court de places en réanimation, beaucoup plus loin, vers Marseille, Bordeaux ou Le Mans et même l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche ou le Luxembourg. Le directeur général de l’Agence régionale de Santé Christophe Lannelongue a fait état mardi de plus de 200 patients évacués depuis une dizaine de jours, une centaine vers d’autres régions françaises, une centaine vers les pays voisins. Et la région va continuer à avoir besoin de ces transferts pour tenir jusqu’au pic de l’épidémie qui n’est pas attendu avant la mi-avril.

Le quotidien Les Dernières Nouvelles d’Alsace publiait dimanche le témoignage poignant d’un homme dont l’épouse de 73 ans, d’abord hospitalisée à Sélestat (Bas-Rhin), avait été transférée au Mans par le premier TGV médicalisé. Sans ses lunettes, son dentier, ni son téléphone portable. Le retraité avait donné l’autorisation d’évacuer son épouse, également atteinte d’une leucémie, vers une autre région, mais n’avait pas su tout de suite qu’elle était partie au Mans. Le soulagement est arrivé un peu plus tard quand un médecin de réanimation de cet hôpital lui a téléphoné et lui a promis qu’il serait appelé quotidiennement en fin de journée. Puis quand il a eu confirmation de la bonne réception du dossier médical de son épouse.

Mise à disposition de tablettes

Depuis les premiers transferts, des solutions se sont organisées un peu partout dans les hôpitaux receveurs, les nouvelles technologies et la bonne volonté des soignants palliant comme elles peuvent l’absence de contacts réels. A Bayonne, « quelques tablettes seront mises à disposition des équipes pour que les familles, à distance, puissent voir le malade, et que lui puisse les entendre et les écouter, même s’il ne peut pas parler », indique la communication de l’hôpital.

Au CHU de Poitiers, les familles des patients évacués « peuvent appeler l’unité 24 heures sur 24 pour avoir des nouvelles de leurs proches hospitalisés et le service appelle les familles tous les matins pour faire un point sur l’évolution ». Au CHU de Bordeaux, où l’on rappelle « qu’on n’a pas attendu le Covid pour utiliser les liaisons à distance des patients avec leurs familles », « il y a par petite unité, regroupant quatre ou cinq lits, un numéro de téléphone avec, selon les cas, un médecin ou une infirmière dédiés qui répond aux familles et donne des nouvelles, cela dans le cas des patients les plus sévères ».

Soutien psychologique aux familles de patients

Pour ceux qui peuvent s’exprimer, « des appels Skype ou WhatsApp sont organisés avec leur famille depuis le +box+ du patient, soit avec son téléphone personnel s’il est habilité, soit avec un écran, un ordinateur fourni par le CHU qui est positionné à côté du patient, en respectant les distances bien entendu », explique-t-on. En l’absence de visites, de telles liaisons sont aussi organisées pour des patients en réanimation « locaux ». Ces liaisons, même si elles prennent un peu de temps, font partie de la « bonne prise en charge du patient, c’est même indispensable pour les patients », insiste le CHU.

A l’hôpital de Mulhouse, précurseur de ces transferts, « une ligne d’écoute et de soutien » tenue par des psychologues, psychiatres et assistantes sociales est proposée aux familles de patients transférés mais également de ceux qui sont décédés. L’objectif est en tout cas que ces « délocalisations », difficiles à vivre, ne durent pas, afin de ne pas surcharger les hôpitaux receveurs. « Dès qu’ils vont bien, les patients nous sont retransférés », expliquait en début de semaine le Dr Elisabeth Gaertner, cheffe d’un des services de réanimation de l’hôpital de Colmar. « Quand ils sont extubés, ils sont renvoyés aussi vite que possible. Il y en a déjà trois qui sont revenus en service Covid de médecine ». Les patients évacués sont des patients dans un état stable, plutôt en deuxième partie de réanimation, complète Christophe Lannelongue, de l’ARS, faisant état du retour d’un des premiers patients transférés en Allemagne, « réapparu huit jours plus tard, fatigué mais guéri ».

 

LQ / AFP

 

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