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Anouk Bastian, du barreau à la vigne


Anouk Bastian marche entre les ceps de chardonnay de plus de 20 ans plantés sur le Remich Goldberg. (photo Didier Sylvestre)
Anouk Bastian marche entre les ceps de chardonnay de plus de 20 ans plantés sur le Remich Goldberg. (photo Didier Sylvestre)

Sur les hauteurs de Remich, Anouk Bastian et son père Mathis cisèlent leurs vins en faisant l’effort de comprendre au mieux leurs terroirs. Celle qui ne partait pas forcément pour prendre la succession du domaine n’aura finalement porté que deux ans la robe d’avocate avant de ressentir le besoin de retrouver la fibre familiale vigneronne.

Anouk Bastian détonne dans le petit monde de la viticulture luxembourgeoise. Déjà, c’est une femme, et elles ne sont vraiment pas nombreuses sur la Moselle! Et puis, elle n’est pas formée sur l’archétype du vigneron paysan. Toujours très chic et tirée à quatre épingles, elle offre un port altier non empreint d’une certaine noblesse. Mais il ne faut surtout pas se fier aux apparences : la terre, elle connaît. Et sans doute mieux que nombre de ses confrères.

Pourtant, la viticulture n’était pas pour elle une évidence. Son père, qui est toujours présent au domaine, ne l’a pas contrainte à reprendre la propriété familiale de 18 hectares. « Il m’a conseillé de faire les études qui me plaisaient, j’ai donc obtenu une maîtrise de droit des affaires à l’université de Strasbourg », avance-t-elle. Après avoir exercé la profession d’avocate pendant deux ans au barreau de Luxembourg, l’appel des ceps s’est toutefois fait ressentir. « Je me suis dit que c’était le moment de revenir… »

Mais un domaine ne se reprend pas sur un coup de tête, même si l’on a grandi autour de la cave. Anouk Bastian est donc repartie sur les bancs de la faculté, à Reims cette fois. Après une année d’œnologie, elle s’est lancée en 2001. « Les premières vendanges, c’est un défi!, sourit-elle aujourd’hui. Après tout, elles ont toujours lieu pendant l’année scolaire, donc je n’y avais pas beaucoup participé auparavant. Et on a beau avoir la connaissance théorique, rien ne vaut la pratique. Les vendanges, il faut les vivre pour apprendre. »

Tirer la personnalité de chaque terroir

Elle évoque ainsi le savoir-faire empirique, qui ne se compose qu’avec le temps. Il faut lire la couleur de la baie, « lorsque les taches apparaissent », des pépins, « lorsqu’ils brunissent, la maturité approche » et aussi des feuilles, comme celles du pinot noir « qui prennent des teintes rosacées, rouges lorsque les raisins mûrissent ». La tige des grappes, également, est une source d’information : « Lorsqu’elles deviennent plus boisées, c’est un signe du mûrissement .» Sans oublier, évidemment, de goûter le raisin pour appréhender sa sucrosité.

« Il y a tellement d’informations à intégrer qu’il faut avoir l’esprit grand ouvert, prône Anouk Bastian. Entamer les vendanges est une décision extrêmement importante : il n’y en a qu’une par an! Alors il faut accumuler un maximum d’expérience et être flexible… ce qui ne veut pas dire que l’on ne fait jamais de fautes! »

Elle est modeste, car son domaine produit incontestablement parmi les meilleures bouteilles de la Moselle. Elle sait tirer la quintessence des terroirs dont elle dispose. Ses pinots gris issus du lieu-dit Foulschette, à Wellenstein, sont remarquables.

Élégance, finesse, fraîcheur…

Parvenir à isoler ainsi ses territoires implique une grande connaissance des sols. Anouk Bastian ne cache pas s’être beaucoup penchée sur la question. « Pour avoir une belle qualité de raisin, il faut prendre soin de son vignoble, explique-t-elle. En hiver, nous procédons à des analyses de sols pour déterminer ce dont il a besoin .» Ici, de toute façon, les engrais chimiques sont proscrit : les sols sont engraissés annuellement par des plantations de légumineuses tous les deux rangs. « Non seulement, c’est bon pour la terre, mais c’est bon pour la biodiversité puisque les fleurs attirent les insectes. »

Pour contraindre les racines à s’enfoncer profondément sous terre pour qu’elles tirent profit des éléments nutritifs qui permettront de renforcer l’effet de terroir, les rangées sont aérées avec une lame qui coupera les racines superficielles. « Chaque parcelle est travaillée de manière unique, affirme-t-elle. C’est un travail très personnalisé. »

Ce labeur à la carte a également cours à la cave. « On ne peut pas faire des assemblages avec toutes les parcelles, même si elles sont sur le même lieu-dit, a-t-elle constaté. Chacune a ses caractéristiques et elles ne s’entendent pas toutes ensemble. Elles ont leur caractère! »

Un caractère dont elle non plus ne manque pas. Est-ce un hasard si ces vins lui ressemblent? Élégance, finesse, fraîcheur… autant de termes qui s’appliquent autant à la vigneronne qu’à ses crus!

Erwan Nonet

Sur la route du bio

Un travail du sol très pointu, le recours a un engraissement naturel… tous ces axes de travail fleurent bon le bio, mais le domaine Mathis-Bastian, officiellement, travaille toujours en conventionnel.

Pas pour longtemps, explique Anouk Bastian  : « Notre démarche actuelle est la viticulture raisonnée, c’est-à-dire que nous n’utilisons rien qui ne soit pas nécessaire. Mais nous nous dirigeons effectivement vers le bio, c’est la suite logique. Nous entamerons la conversion à court terme, certainement d’ici quelques années. Nous avons juste besoin d’un peu de temps pour tout mettre en place .»

Ce passage serait un vrai évènement pour la viticulture luxembourgeoise, dans la mesure où le domaine deviendrait alors rien de moins que le plus grand producteur de vins biologiques du pays.

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