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En Espagne, le calvaire des lévriers


Kristal, une volontaire, joue avec des lévriers à Alhaurin de la Torre en Espagne dans un refuge pour chiens, le 19 juin 2015 (Photo AFP)

Sa silhouette élancée file à toute allure pour attraper lièvres et lapins. Mais derrière la course élégante du lévrier, se cachent des drames de la maltraitance animale en Espagne.

Certains propriétaires entraînent leurs lévriers «en les attachant derrière une voiture et en roulant à 60 km/h, au risque de les traîner au sol», raconte, scandalisé, Eduardo Aranyó, coordinateur du Parti de défense des animaux (Pacma) pour l’Andalousie (sud).

L’Espagne est un des rares pays de l’Union européenne qui autorise la chasse avec ces lévriers, «Galgos» ou «Podencos», qui attrapent, tuent et rapportent le lièvre. En France, cette chasse est interdite depuis 1844. En Espagne, «il y a une profonde différence entre la ville et les zones rurales. A Madrid, il est très rare de voir un animal abandonné», explique Silvia Barquero, vice-présidente du Pacma.

«Le chien domestique est un être affectueux que nous aimons, que nous soignons. Mais pour les chasseurs, les chiens sont un instrument, comme un fusil ou des bottes spéciales», affirme un porte-parole du service de protection des animaux de la Guardia civil, Seprona.

La loi est indulgente. Attacher un lévrier à une voiture est «une infraction administrative» et ne devient délit qu’en «cas de mort ou de lésions graves» de l’animal, ajoute-t-il.

L’animal compte peu, car «celui qui chasse avec des chiens en possède au moins dix», ajoute Teresa Regojo, entourée d’une vingtaine de chiens dans le refuge de l’association «Lévriers en famille» à Malaga. Les éleveurs de lévriers «les font se reproduire sans aucun contrôle pour avoir un champion», dénonce-t-elle.

Chenils sauvages

A la fin de la saison de la chasse, ouverte de novembre à février, beaucoup de propriétaires se débarrassent de leurs chiens. Certains meurent pendus ou noyés.

«Il y a de moins en moins de pendaisons mais on continue à tuer chiots et chiens, en les jetant dans des puits parce que cela ne se voit pas, ou en leur cassant les pattes pour qu’ils ne reviennent pas», s’indigne la fondatrice de «Lévriers en famille», Vera Thorennar. Cette retraitée néerlandaise organise l’adoption d’animaux abandonnés dans d’autres pays d’Europe et aux Etats-Unis.

Des centaines d’animaux abandonnés se retrouvent dans les chenils municipaux, où beaucoup sont euthanasiés. Mais il existe aussi des chenils sauvages, où les chiens sont parqués en attendant la réouverture de la chasse.

«Les gens ne veulent pas payer un chenil normal pendant des mois. C’est un peu la coutume dans certaines régions», explique le porte-parole de Seprona.

A Guardiaro, à 125 km de Malaga, une cinquantaine de cabanes en bois et en ciment, coiffées de tôles ondulées, abritent une centaine de chiens de chasse de toutes races par une chaleur accablante, sans eau ni nourriture.

Eduardo Aranyó, du Pacma, a déposé plusieurs plaintes contre ce chenil «ignoble» et des propriétaires ont été condamnés à des amendes allant de 2.000 à 30.000 euros pour infraction aux règles sanitaires.

Le Seprona dit avoir démantelé le 5 septembre 2014, un grand chenil «avec des restes d’animaux dévorés par d’autres» à Velez-Rubio, en Andalousie.

Tradition millénaire

Plusieurs associations comme SOS Galgos et Lévriers du Sud estiment à 150.000 le nombre d’animaux abandonnés chaque année, dont jusqu’à un tiers de lévriers.

Pour les fédérations d’éleveurs de cette race, ces chiffres relèvent d’une «campagne de dénigrement».

Les fédérations de chasseurs ont refusé de répondre aux questions de l’AFP pour cet article.

Dans un ouvrage «Le grand livre des lévriers», l’ancien parlementaire et chasseur Antonio Romero défend les éleveurs et ce «sport, trésor millénaire».

Mais l’ex-députée européenne Michèle Striffler, auteur d’une proposition de réglementation européenne pour la protection des lévriers, estime qu’il «n’est pas possible, sous couvert de tradition, de tolérer ces maltraitances et ces tortures».

«Les mentalités évoluent et des condamnations commencent à tomber, relève cependant Teresa Regojo.

Ainsi, un éleveur et président d’association de chasse a été condamné en octobre 2013 à Tolède (centre) à sept mois et demi de prison pour avoir pendu deux de ses chiens.

«Des jeunes veulent sauver les lévriers et ça, c’est un bon signe», ajoute Vera Thorenaar, dont l’organisation compte de jeunes recrues.

AFP

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