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France : premier vote en prison pour des détenus


Depuis lundi, 5 184 détenus ont commencé à voter par correspondance. Ils représentent 10% de la population carcérale éligible au vote, à savoir les majeurs, Européens et ayant conservé leurs droits civiques. (photo AFP)

« Ça prouve qu’on n’est pas mis de côté » : par « devoir citoyen », des détenus votaient jusqu’à mercredi à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) comme dans les autres prisons françaises, une grande première à l’occasion des européennes.

« Vous allez prendre au minimum deux bulletins sur les tables. Vous glissez votre bulletin dans l’enveloppe bleue, et sur l’enveloppe blanche vous écrivez nom, prénom, lieu de détention et numéro d’écrou », explique le chef de la détention à chaque nouvelle entrée de détenu dans le « bureau » de vote.

Ici, pas d’urne ni de cabine mais un recoin faisant office de lieu d’isoloir. La directrice du bâtiment de détention « D2 », l’un des six lieux où le vote est organisé sur trois jours dans la plus grande prison d’Europe (4000 détenus), officie comme présidente de bureau.

Un « c’est bon » remplace le traditionnel « a voté » quand elle recueille les bulletins et fait émarger chaque votant.

Les enveloppes contenant les votes seront ensuite acheminées au ministère de la Justice, les bulletins placés dans des urnes et dépouillés dimanche soir.

« Voter, ça me tenait à cœur. On se sent concerné et utile comme à l’extérieur, on n’est pas oublié, c’est juste le cadre qui n’est pas le même », témoigne Paul*, 31 ans, en sortant du bureau. « Je savais pour qui j’allais voter alors ça a été très rapide », ajoute-t-il.

« Ce n’est pas parce qu’on est en détention qu’on n’est plus des citoyens français. (…) On a de nouveau notre avis », abonde Steeven, 28 ans, qui a déjà voté « à l’extérieur ». Pour faire son choix, il a suivi les débats à la télé. « De toute façon, on a pas grand-chose à faire en détention », souligne-t-il.

Amin, 24 ans, vote lui pour « la première fois de toute (sa) vie ». « Dehors, j’y pensais pas, je me sentais pas concerné. Quand on m’a dit que c’était possible ici, j’ai voulu directement ».

C’est « ce qui se passe en France avec le mouvement des ‘gilets jaunes' » qui a poussé Mamadou, 19 ans, jusqu’au bureau de vote de la maison d’arrêt. Également primo-votant, Mehdi, 19 ans, estime n’être « plus en marge de la société » après avoir accompli cet « acte et (ce) devoir citoyen ».

Pour Alexandre, 26 ans, « c’est juste normal de pouvoir voter ». « On est prévenus et pas encore condamnés donc en pleine possession de nos droits », appuie-t-il. Si cela n’était pas possible avant, c’est « peut-être par manque de volonté politique », remarque le jeune homme.

« Plein succès » 

Le vote par correspondance sous pli fermé est une nouvelle modalité introduite par la loi de programmation et de réforme pour la justice du 23 mars, qui vise à faciliter l’exercice du droit de vote des détenus.

Jusqu’à alors, les deux autres possibilités de vote – par procuration ou lors d’une permission de sortie – plus difficiles à mettre en œuvre, ne se sont jamais traduites par des taux importants de participation. Lors de la présidentielle de 2017, 809 détenus avaient pu faire une procuration pour voter et 200 s’étaient vus accorder une permission de sortir.

Depuis lundi, 5184 détenus ont commencé à voter par correspondance. Ils représentent 10% de la population carcérale éligible au vote, à savoir les majeurs, Européens et ayant conservé leurs droits civiques.

Parmi les admis au vote, une très large majorité d’hommes et de Français, même si treize nationalités au total sont représentées.

À Fleury-Mérogis, où 472 détenus sont inscrits, il a fallu « une très grosse organisation » et pas mal de pédagogie, souligne la « référente élections » de l’établissement, Claire-Amélie Bertrand.

Il a d’abord fallu « sonder » les 2500 détenus éligibles au vote, « cellule par cellule ». Les sensibiliser à l’Europe à travers des conférences et des activités culturelles. Pour le vote en lui-même, le « bureau » se déplace d’un bâtiment de détention à l’autre, pour éviter les trop grands mouvements de prisonniers.

« C’était une préparation colossale, mais de fait ça se passe extraordinairement bien », a constaté Laurence Pécaut-Rivolier, conseillère à la Cour de cassation et présidente de la commission électorale indépendante mise en place pour ce vote, lors d’une visite à Fleury-Mérogis mardi après-midi. « Le nombre de votants est exceptionnellement élevé, c’est un plein succès », a-t-elle salué.

* tous les prénoms de détenus ont été modifiés

AFP

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