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Luxembourg : la méthamphétamine est une réalité


La méthamphétamine, qui a l'apparence de cristaux, est un stimulant qui appartient à la famille des amphétamines (Illustration : AFP).

L’analyse des eaux d’égout offre un moyen de quantifier la consommation de drogues. La première étude de ce genre au Luxembourg révèle que le crystal meth est plus consommé qu’on ne pourrait le croire.

Drogue de synthèse ultratoxique et nocive, le crystal meth semble avoir trouvé un nouvel eldorado de consommateurs : le Grand-Duché de Luxembourg. Il s’agit, en tout cas, de l’une des principales conclusions ressortant de la première étude réalisée au pays sur la base d’analyses des eaux usées effectuées à la station d’épuration de Pétange. Certes, la ville du Sud-Ouest et les échantillons qui y ont été prélevés ne sont pas forcément parfaitement représentatifs de l’ensemble du pays, mais les indicateurs relevés ont de quoi interpeller.

Vers une image globale de la consommation

Les chercheurs du LNS et du LIST souhaitent, «à moyen terme, dresser une image plus globale de la consommation de drogues licites ou illicites au Luxembourg, en élargissant leurs investigations à plusieurs stations d’épuration et à des campagnes régulières de prélèvement et d’analyses des eaux usées, a expliqué, vendredi, le Dr Serge Schneider, responsable, au département de médecine légale du LNS, de la plateforme de toxicologie analytique et chimie pharmaceutique. Des prélèvements ponctuels pour l’évaluation de la consommation récréative lors de festivals sont, par exemple, envisageables.» Le projet en question a été lancé afin de permettre aux autorités «un meilleur suivi de la consommation de drogues au Luxembourg grâce aux eaux usées», a indiqué le Dr Serge Schneider. «Au sein de l’Union européenne, plus de 93 millions de personnes ont déjà consommé une drogue illicite au cours de leur vie. Afin de limiter les risques sanitaires et socioéconomiques de ce marché, dont le Luxembourg n’est pas exempté, le suivi des tendances de consommation des drogues est nécessaire», a ajouté le médecin légiste.

Des urines révélatrices dans les eaux usées

Selon les spécialistes du LNS, les eaux usées constituent «une matrice prometteuse pour le dépistage des stupéfiants». Le Dr Serge Schneider explique pourquoi : «Les psychotropes sont rejetés principalement via l’urine des consommateurs dans les égouts. Il est ainsi possible d’en estimer la quantité consommée au sein d’une population raccordée à un réseau d’eaux usées par l’analyse ciblée des substances mères ou de leurs métabolites, les composés issus de leur dégradation par l’organisme.»

À l’échelle du nanogramme

À l’aide d’une technique d’analyse de pointe couplant la chromatographie à la spectrométrie de masse, les scientifiques ont recherché la présence de stupéfiants tels que la cocaïne, l’héroïne, l’amphétamine (speed), la méthamphétamine (crystal meth) ou encore la MDMA (ecstasy). Doté d’une très grande sensibilité, ce procédé analytique permet d’identifier et de quantifier les psychotropes dans des concentrations inférieures au nanogramme par litre d’eau.

La surprise crystal meth

Considérée comme la «cocaïne du pauvre», la méthamphétamine a été «popularisée» par la série Breaking Bad, dont le héros du film, atteint d'un cancer, se lance dans sa fabrication et son commerce (Photo : DR).

Considérée comme la «cocaïne du pauvre», la méthamphétamine a été «popularisée» par la série Breaking Bad, dont le héros du film, atteint d’un cancer, se lance dans sa fabrication et son commerce (Photo : DR).

Par ailleurs, l’ensemble des drogues analysées dans ce projet ont pu être décelées dans les eaux usées et il y a eu une surprise, selon le Dr Serge Schneider : «Alors que la cocaïne, l’héroïne, le THC (cannabis) et l’amphétamine sont régulièrement saisis par la police ou la douane, la détection de crystal meth surprend, car cette substance n’est que très rarement dépistée dans les saisies analysées au LNS.» Mais pour le reste, «en termes de quantité de drogues illicites consommées, les résultats confirment les données déjà existantes avec une prévalence de la cocaïne et de l’ecstasy sur l’amphétamine et la méthamphétamine.»

Un outil de données réaliste

De manière générale, «ces analyses ne donnent pas d’indication sur la qualité des drogues consommées ni sur le nombre de consommateurs à Pétange et alentours, mais seulement sur la quantité totale de drogues consommées», a encore spécifié le médecin légiste du LNS.
Avant, pour lui, d’annoncer que des analyses supplémentaires sont planifiées : «Ces résultats obtenus sur le site de Pétange soulignent l’importance du projet de recherche sur le plan national et international comme outil de données réalistes aussi bien pour les décideurs que pour les programmes de prévention contre les stupéfiants dangereux pour la santé.»
Enfin, le Dr Serge Schneider tient à rassurer le public : «Les concentrations mesurées des drogues dans l’eau sont extrêmement faibles et ne posent pas de problèmes de santé publique lors d’un contact avec les eaux fluviales.»

Claude Damiani

Une étude à 30 000 euros

(Illustration : Editpress)

(Illustration : Editpress)

Le projet, financé par le Fonds de lutte contre certaines formes de criminalité, a coûté environ 30 000 euros, selon le Dr Serge Schneider. Ce coût a été justifié par la volonté du Laboratoire national de santé «de fournir un outil complémentaire aux programmes d’observation déjà mis en place (saisies, Drug-checking…)». Le projet vise à comprendre l’évolution de la consommation de drogue au Luxembourg. C’est dans ce cadre qu’entre le premier suivi de stupéfiants dans les eaux usées de la station d’épuration de Pétange effectué par le service de toxicologie analytique et chimie pharmaceutique du LNS.
Ce genre d’étude a déjà été réalisé à l’étranger. Initié par le réseau européen SCORE (Sewage Analysis CORe group Europe), en collaboration avec l’observatoire européen des drogues (EMCDDA), ce domaine de recherche en pleine expansion est étudié dans près de 70 villes européennes.

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